‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 81 sur 86 · LA THÉOLOGIE SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

LA THÉOLOGIE SCOLASTIQUE

moyen de bien faire et de se garantir de scandale ; mais toutes ces questions curieuses et ces épines qui consistent en des distinctions qui se résolvent par des arguties , qui ont ])our principes rinvcntion et le langage des hommes, sans lesquelles» ou plutôt dans l'ignorance desquelles la vérité de notre religion est compatible, doivent être bannies de TEglise , réservées à ceux qui n'ont point d'autre occupation , qui abusent de leur suffisance et l'emploient à mauvais usage.

T^œ vohis legisperitis, quia tulistls cla^em scientiœ, ipsi non introistis, et eos , qui introibonf , prohibuistis. ( Saint Luc , cap. 1 1 , v. 52.)

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ELOGE DE M. DOUTAT,

Prononcé au Parlement , le lendemain de la Saint- Martin, 12 novembre 161 1, par monseigneur Nicolas de Verdun, premier président.

Messieurs,

Pour tenir parole aux gens du Roi de ce que je leur ai promis , et dire tout ensemble , après la lecture de cette ordonnance , quelque chose qui vous puisse servir, je me représente qu'il y a tantôt un an que Dieu appela feu M. Doujat ,

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quand il vlvolt conseiller en cette Cour, et m.ç dispose quant et quant , non à vous parler de sa mort, car ce seroit une espèce de parricide de rouvrir la plaie qu'elle fit en nos cœurs, mais plutôt à louer sa vie , ramassant les cendres d'un si vertueux personnage éparses par cette Salamine, pour en faire une figure de laquelle les linéamens puissent être en admiration et vénération à nous tous pour jamais.

Un ancien disoit que les louanges des morts étoient des leçons pour les vivants ; et comme jadis ceux qui savoient les noms des demi-dieux payens , que Ton appeloit Dactiles, s'en servoient aux mauvaises rencontres , aussi je pense que ce sera fort à propos que nous , qui avons connu combien étoit grande la vertu, du défunt, nous la ramentevions aujourd'hui, pour nous garder de mal faire à l'avenir. Et certes, il est d'ailleurs bien raisonnable de montrer par quelque honorable éloge , que celui qui a si longuement et si vertueusement conversé parmi nous, vit encore en notre mémoire par son mérite , et que nous couronnions nos morts comme les autres ont fait les leurs. Une chose me fait craindre, qui est que mon sens ne puisse percer jusqu'à sa vertu, ce que mon àme y a conçu; car sans doute le sujet est plus grand que mon esprit. Mon devoir et ma connoissance passent ma force et ma capacité ; et toutefois , quand il me souvient d'avoir lu qu'en une assemblée de la

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Grèce , le chantre Lacon , ne pouvant achever rhymne qu'il avoit entreprise en Thonneur d'Apollon , une ciç^alc descendit sur sa lyre , et suppléa à son défaut, je commence à espérer du secours d'en haut, et à croire que cette âme bienheureuse, prenant mon vouloir pour un plus grand pouvoir, et mes efforls pour des eflets , favorise du Ciel où elle est, ce que je fais en sa louange.

Mais par où commencerai-je ? sera-ce par son origine et l'extraction de ses ancêtres ? nommerai-je son père, M. Jean Doujat, ce docte jurisconsulte et fameux avocat du Parlement, ou son aïeul, M. Louis Doujat, qui a été le premier avocat pour le IVoi au grand conseil? Ils étoient doués l'un et l'autre de plusieurs grandes et éminentes parties. Avocats diligens et cliaritables , éloquents et véritables , deux forts arcboutans dans les affaires du Palais , l'un poiu* les pauvres et simples particuliers, contre la malice des paroles et l'oppression des plus puissants ; et l'autre contre et pour le fisc , selon qu'il en jugeoit en sa conscience et que les occasions s'en présentoient; de sorte que des perfections de ces deux excellents hommes, je pourrois illustrer la nativité du défunt, et fonder sa noblesse dessus eux.

Il me souvient , que le défunt disoit quelquefois lui-même , que l'origine charnelle n'ajoute jamais à la dignité des hommes , que quand iLs

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ne la mettent point en compte. Et fraillcars, la noblesse, à proprement parler , n'est autre chose qu'un certain avantage que prend chaque espèce en ce qui lui est naturel, par-dessus les autres individus , de manière que , comme entre les éléments, ceux qui ont le plus d'activité; entre les étoiles , celles qui ont plus de clarté ; entre les Anges , ceux qui pénètrent plus avant en la contemplation divine ; aussi entre les hommes , ceux-là qui doivent être estimés les plus nobles, font une plus excellente et vertueuse opération , et puis nous trouverons dans le naïf récit de ses actions particulières, tout ce que les autres cherchent dans la fumée de leurs aïeux.

Je ne discourrai pas aussi comment il fut allié aux Fumées, aux Brinons, aux Ghartiers , aux Montholons et à d'autres maisons des principaux de cette ville , me contentant de répéter sur ce sujet ce que note un grand de ce temps, après Tarabe Almadel : Que ceux qui se sont insinués dans les grandes familles, ont été vraisemblablement, par un astre d'influence supérieure que les rabbins nomment en leur Apotolême, gens royales au deuxième chef.

Non plus vous représenterai-] e , que Dieu avoit ajouté au bonheur et à l'avantageuse rencontre de sa naissance et de son alliance , le contentement d'un mariage chaste et fortuné , voire signalé de trois choses : d'une grande et longue paix, d'une douce et perpétuelle confor-

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mité (l'espril, et d'un (ils iniique. M.îis une autre ciiose ne se doit pas omettre ici et entre nous ; qu'il naquit à Paris , en cette grande ville, capitale du plus beau royaume de la terre, le domicile de nos Hols et le siège florissant de leur empire ; le trône sacré de la justice , le temple commun de toute la France, Toeil de l'Europe , et le miracle du monde ; ce que je ne dis point par flatterie géniale indulgente à ma nation; mais plutôt par une vérité notoire, par l'évidence de plusieurs eiïéts permanents , et parce que les étrangers même qui en ont écrit, ont avoué que comme entre toutes les créalur3s de Dieu, la plus noble est l'homme, entre les hommes, les chrétiens, et entre les chrétiens, les François, aussi entre les François ce sont ceux qui naissent a Paris. A Paris, dis -je, où, comme l'Inde a cette prérogative de porter des arbres odoriferans , la Sein Khégie de produire de belles perles , et l'Aquilon de donner de l'ambre , aussi on voit ordinairement les originaires de cette ville s'adonner plus particulièrement à la piété , à l'obéissance et à la justice.

Il étoit beau , et cette perfection n'étoit pas à mépriser, car, outre que ceux qui portent sur le visage les faveurs de la nature , semblent avoir quelque légitime puissance sur les autres , il est certain que la beauté du corps est un don particulier de Dieu, et un grand argument de La beauté de l'àme ; d'où vient qu'en l'Ecriture, TEs-

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prit Saint nomme beaux ceux qui sont bons, et plusieurs ont cru que ceux qui tenoient de la beauté des imaoes des Dieux la vénération , devoient être vénérés par les autres.

Oserai- je dire qu'il sembloit d'autant plus , beau, qu'il paroissoit petit? Je ne sais, mais il me souvient bien que Tertullien , au livre qu'il a fait de la couronne du soldat, se moque de ces payens qui croyoient que plus leurs démons étoient hauts de taille , plus ils avoient de puissance ; et j'ai autrefois remarqué que Dieu envoyant le prophète Samuel chercher un roi qui pût gouverner son peuple bien aimé , lui commanda surtout qu'il considérât davantage les j petits hommes.

Mais à Dieu ne plaise que je m'arrête à tout cela, car encore que tout ce qui est parfait comme étoit tout ce dont j'ai parlé, soit estimable aussi, si est-ce que ces choses qui arrivoient au défunt sans lui, et n'étoient pas purement siennes, ne doivent prendre aucune part à ses louanges , et puis, il seroit impossible de faire passer ce discours plus avant , sans outrepasser les bornes prescrites à mon office. C'est pourquoi je représenterai seulement ce qui est propre à cette action, digne de ce lieu, et utile à nous tous, et commencerai par là que le défunt avoit bien été institué; c'est à savoir: à la piété et aux lettres humaines tout ensemble ; apprenant en même temps la loi de Dieu et les livres des hommes.

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