‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \Chapitre 13 sur 45 · CINQUIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

CINQUIÈME DISCOURS

Eloge de M. le chancelier Boucherat (i), à la présentation de ses lettres.

Messieurs,

Quelque raisonnable que soit la coutume de faire en certaines occasions Féloge des grands personnages ; bien que Thommage qu'on leur rend, quand on parle de leurs qualités héroïques,

(i) (( Boucherat (Louis) monta par tous les degre's, dit Morëri, au comble des honneurs de la rebe. Il fut correcteur des comptes, puis conseiller au Parlement, commissaire aux requêtes du Palais , maître des requêtes et intendant de justice en Languedoc , Ile-de-France et Champagne , et dans les arme'es de Sa Majesté ; commissaire pour l'exe'cution des édits de Nantes en plusieurs provinces, et commissaire aux états de Languedoc et de Bretagne ; conseiller d'honneur au Parlement, conseiller du conseil royal des finances, un des conseillers d'état choisis par le Roi pour assister au sceau, lorsqu'après la mort du chancelier Seguier Sa Majesté voulut sceller elle-même ; enfin, chanceHer de France et garde des sceaux, nommé le i*"^ novembre i685. Il mourut le 2 septembre 1699, âgé de quatre-vingt-trois ans, quatorze jours. »

En lui annonçant sa nomination, Louis XIV lui dit : La place de chancelle?' est le prix de vos longs services ; ce n'est pas une grâce , c'est une récompense. Elle n'eût pas été pour vou<i , si tout autre l'eût mieux méritée.

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quand on fait le récit de leurs actions illustres , soit la plus précieuse récompense du mérite et de la vertu , et que par là on excite à les imiter ceux qui, se trouvant dans la même carrière, marchent sur leurs traces , ces discours ne laissent pas d'être d'autant plus difficiles que la vanité ne se persuade presque jamais que les parfums qu'on lui offre soient assez exquis , et que la flatterie garde si peu de mesures , qu'elle s'épuise en des louanges excessives. Il en résuite d'une part que les panég)riques ennuyeux qui n'ont aucun fondement de vérité , ne s'acquièrent point de créance dans l'esprit des auditeurs , et que de l'autre on offense souvent les personnes qui remplissent les premières places, lorsque > pour tracer leur portrait, on s'attache à la ressemblance, et qu'en expliquant les talents qui les rendent recommandables , Ton demeure dans les bornes d'un juste tempérament.

Mais cet écueil n'est à craindre que quand on est obligé de donner de l'encens à des idoles que le seul caprice de la fortune élève aux charges les plus éminentes, et qui se laissent tellement enchanter par la prospérité et par le succès de leurs entreprises téméraires , qu'ils auroient besoin qu'un esclave assis à leur côtés parvînt à les faire rentrer en eux-mêmes, et à diminuer Torgueil que leur inspirent leur triomphe imaginaire et le faste extérieur qui les environne.

11 n'en est pas ainsi quand un ancien officier

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devient le chef de la justice , après avoir passé par tous les différents degrés de la magistrature ; surtout lorsq l'il reçoit ce bienfait de la main du plus grand et du plus sage des rois , et que le choix du prince n'est pas seulement accompagné d'une approbation générale , mais qu'il a été en quelque manière prévenu par les vœux et les suffrages du sénat et du peuple. En effet, à qui ce poste pouvoit-il mieux convenir qu'à celui qui , par la longueur de ses services , se trouvant presque à la tête du conseil , ne laisse pas d'avoir la force et la vigueur nécessaires pour remplir les devoirs et soutenir le poids de cette suprême dignité ? Sa piété sincère et solide n'est point un masque trompeur, ni un artifice pour éblouir les yeux du vulgaire. Que n'a-t il point fait en faveur de la religion , des pauvres , des hôpitaux et des curés sur qui tombe la charge d'administrer les sacrements et de prêcher l'E vangile , dont plusieurs sont réduits dans une honteuse indigence par des abb?s, des moines et des chapitres? Ne vient- il pas de mettre le sceau à une déclaration générale , conforme aux arrêts prononcés en cette audience , qui condamne l'abus pernicieux d'abandonner les paroisses à des prêtres mercenaires , et qui attribue enfin une subsistance médiocre aux pasteurs qui servent à l'autel ? N'est-il pas parfaitement instruit de tout ce qui regarde la police de l'Eglise, l'observation des canons, la juridic-

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tion des évéques , les droits et les prééminences de la régale, Tusage légitime de nos libertés, et des ménagements convenables pour entretenir, dans une entière correspondance , le sacerdoce et la royauté ? N'a-t-il pas approuvé les résolutions vigoureuses prises dans cette auguste compagnie, et les jugements célèbres qu'elle a rendus pour réprimer les entreprises de Rome , et maintenir l'ancienne doctrine de nos Pères enseignée par Gerson , et confirmée par les conciles de Constance et de Baie?

Sa suffisance n'a pas seulement pour objet les matières contentieuses ; il aime les Muses et les sciences; il les cultive et les protège; et bien qu'il soit surchargé depuis long-temps d'un nombre infini d'occupations laborieuses, il s'est toujours réservé quelques moments de loisir pour converser avec ses livres dans la retraite de son cabinet ; et cette noble érudition , jointe aux charmes d'une éloquence naturelle , brille et se remarque et dans les discours qu'il prononce en public, et dans sa conversation familière ; et nous ne doutons point qu'après avoir contribué à rétablir l'étude du droit civil, il n'emploie ses soins et son autorité, pour rendre aux autres membres des universités leur ancienne splendeur.

Etoutre qu'ila donn^ des marquesde sa capacité dans toutes les charges d ont il a été successivement revêtu; que par sa pénétration, soutenue d'une activité infatigable, il a démêlé sans peine les affaires

les plus Importantes et les plus épineuses, ne saiton pas la réputation qu'il s'est acquise dans les provinces dont l'administration a été commise à sa vigilance? la Champagne, la Guyenne, le Languedoc, la Provence et la Bretagne lui ont fourni une ample moisson de gloire ; elles ont été des témoins irréprochables de son désintéressement et de sa prudence. C'est là où , au milieu de l'orage et pendant que les fondements de la monarchie paroissoient ébranlés, il a fait éclater son courage et donné l'exemple d'une inviolable fidélité, ne s'étant jamais écarté dans de fausses routes; c'est là où, par son adresse et par sa douceur insinuante, il a trouvé le secret de calmer les esprits les plus emportés. C'est là aussi qu'il a fait voir que, quand on est animé d'un véritable zèle , ce que l'on doit à l'intérêt et au service du roi n'empêche pas qu'on ne travaille avec succès au soulagement des peuples ; et n'estce pas ce qu'il a pratiqué dans les conjonctures les plus délicates, ayant toujours évité le péril où l'on s'expose lorsqu'on affecte une contradiction opiniâtre et capricieuse , et la honte dont on est menacé lorsqu'on s'abandonne à toutes les bassesses d'une complaisance servile?

Aussi n'a-t-il jamais applaudi aux projets d'une réformation trop sévère qui rend les juges esclaves des termes de la loi, qui les assujettit à des peines rigoureuses et leur ôte la liberté de bien faire et de soulager l'innocence opprimée, en leur

prescrivant des formules scrupuleuses qui dégénèrent en de vaines subtilités. De là vient que, quand on propose d'apporter remède à quelque dérèglement; bien loin d'être entraîné par des niouvements impétueux d'indignation et de colère qui abattent , renversent et retranchent tout ce qui paroît tant soit peu défectueux et superflu, sans jamais rien construire de régulier ni qui soit appuyé sur des fondements solides, il ne sort de sa bouche que des avis également équitables et tempérés; persuadé qu'une nouvelle jurisprudence, quelque plausible qu'elle paroisse, ne se doit introduire qu'avec beaucoup de discernement et de circonspection ; qu'il ne faut rien omettre pour combattre le relâchement, conserver Tordre et la discipline dans toutes les parties de l'Etat, afin de faire que les magistrats soient habiles et assidus, et d'empêcher que l'ignorance, l'intérêt ou la cabale ne ternissent la splendeur et ne déshonorent la pureté d'un si auguste ministère; mais qu'il est quelquefois plus expédient de dissimuler et d'avoir de l'indulgence , que d'exciter beaucoup de bruit, beaucoup de scandale, et de diffamer, par des reproches injurieux, ceux qui tombent en des fautes légères. Il sait, selon la pensée d'un ancien, qu'il vaut mieux se défendre avec le bouclier contre le torrent du luxe et des mauvaises mœurs, que de se servir du tranchant de l'épée pour arrêter le cours du vice et du libertinage; et qu'en un mot, quand les désordres

ne paroissent pas tont-à-fait monstrueux, qu'ils sont anciens et qu'ils ont jeté de profondes racines, c'est assez de ne pas permettre qu'ils croissent et se multiplient, et qu'on se peut d'autant moins flatter de l'espérance de les abolir sans ressource, que du retranchement des uns il en renaît souvent d'autres plus nuisibles et plus dangereux. Il sait d'ailleurs que quelque chose qu'on attende delà prévoyance des législateurs les plus éclairés , quelques précautions qu'ils y apportent, leurs ordonnances les plus saintes, les plus salutaires, et leurs décrets armés de menaces et de paroles foudroyantes, seront bientôt éludés s'ils imposent à l'infirmité humaine un joug trop pesant, et ne sauroient avoir d'exécution et de durée qu'autant qu'ils s'accommodent à la portée et au besoin des officiers et des ministres qui les doivent observer. Faut-il donc s'étonner que des sentiments si raisonnables et une conduite si judicieuse, lui aient attiré les applaudissements de tous les gens de bien?

Les grands génies s'échappent quelquefois ; la chaleur de leur tempérament les emporte ; ils sont sujets à des chutes et à des disgrâces. Ici nous ne remarquons rien qui ne représente l'idée d'un parfait magistrat. Il s'est avancé pas à pas sur une ligne droite ; ses démarches ont été si régulières, sa vie si pure et si innocente, que la rhétorique n'a pas besoin d'employer des ombres et des couleurs pour couvrir ses défauts ou excuser

5es emportements ou ses foiblesses. Et n'est- on pas forcé, au contraire, d'avouer que , quelques postes qu'il ait remplis, il s'est toujours distingué par son mérite, et que, dans le cours d'une longue carrière , il s'est acquitté de ses devoirs avec une exactitude et une vigilance admirables? Non content de satisfaire aux obligations essentielles de sa profession, combien de personnes de toutes sortes de conditions n'a-t-il pas assistées de son crédit et de ses conseils î Combien de querelles étouffées dans leur naissance, et de procès qui, ayant passé par différents tribunaux, sembloient devoir être immortels, terminés en peu d'heures par son entremise et parses soins officieux ! Combien de fois a-t-il chassé la discorde et rétabli ia paix dans des maisons illustres, par ses remontrances et par son autorité î Et cette inclination bienfaisante dont les effets ont été tellement répandus qu'il peut dire avec l'apôtre: Omnibus omnia factus sum (i Cor., c. 9, v. 22), ne lui a-t-elle pas concilié de toutes parts, du respect, de l'affection et de la déférence ? ne se peut-il pas vanter d'avoir été, dès les premières années, dans la famiharité et la confiance des plus grands personnages de notre siècle? Cependant, au milieu de ces avantages, il a conservé une extrême modération; on ne Ta point vu se repaître de songes et de visions, former des intrigues pour sortir de son rang et s'élever par le seul appui de la faveur. Il ne paroît point jaloux de ses senti-

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ments, affecter un pouvoir absolu dans les déKbérations où il préside.

N'est-ce pas par cette même vue qu'il s'est garanti des vestiges d'une fierté présomptueuse , de toutes les illusions que l'orgueil et la vanité inspirent aux âmes vulgaires , lorsque le hasard d'un mouvement irrégulier les tire de leur centre , et les pousse dans une région où les fausses lueurs qui les environnent, les aveuglent plutôt qu'elles ne les éclairent? Mais cette modestie incomparable, profondément gravée dans son cœur, n'a rien de bas, de rampant ou de sordide ; il a soutenu avec vigueur les droits et les prérogatives des charges dont il a été revêtu. Bien loin de s'enrichir et de profiter par des voies injustes et odieuses, il a souvent relâché une partie de ses intérêts dans les choses douteuses ; il n'exige pas des autres ce qu'il se prescrit à luimême, et il s'est imposé l'heureuse nécessité de suivre les règles austères d'une exacte bienséance.

Quoiqu'il tire son origine d'une ancienne famille dont on vous vient d'expliquer toutes les branches, et où, pour ne rien répéter, nous remarquons entre autres un officier du parquet qui s'est souvent signalé en cette audience , dans le temps que l'on n'aspiroit à ces postes qu'après avoir exercé les fonctions du barreau , et donné des preuves d'une probité exemplaire, d'une intelligence consommée; cependant il n'a jamais fait parade de cet éclat extérieur et étrajiger: il

sait qu'une longue suite d'aïeux couverts de palmes et de trophées, et qui se sont rendu la pourpre héréditaire , ne sert de guère à leur postérité, si elle n'a pas le courage de les imiter; qu'une vertu éminente est la véritable, l'unique source de la noblesse ; et quand il a choisi trois gendres de race patricienne, il a bien moins considéré les images de leurs ancêtres que leur intégrité, leur suffisance, et les autres talents qui les rendent recommandables.

A quoi l'on peut ajouter que si l'étude, le travail et l'expérience lui ont frayé le chemin à cette foule d'emplois dont il s'est acquitté avec tant de succès, c'est dans le conseil roval des finances qu'il a acquis le comble de la perfection et de la science nécessaire à un premier officier de la couronne. C'est là où les rayons du soleil se montrent à découvert, et où l'on ne rencontre point de vapeurs et de nuages quiretardcntrépanchement de la lumière ; c'est là où la justice, assise sur le trône , prononce des décisions immuables, des oracles qui ne trompent point, et dont l'équité suprême est admirée de toutes les nations.

La plupart des souverains languissent dans une honteuse oisiveté. Au lieu de tenir le limon du vaisseau, ils se déchargent sur ceux qui les approchent, des fatigues inséparables de la royauté: ils ne voient que parleurs yeux, et souscrivent aveuglément à tout ce qu'on leur inspire; ils ne paroissent jamais à la tête de leurs armées ;

à peine sont-ils avertis de ce qui se passe dans leur conseil: et pendant qu'ils se reposent dans le sein de la mollesse et de la volupté, pendant qu'ils vieillissent dans une espèce d'assoupissement et de léthargie , la vérité ne trouve point d'entrée dans les palais qu'ils habitent, et ils ne sauroient entendre les plaintes , ni pourvoir aux nécessités de leurs sujets.

Le monarque qui préside à nos destinées tient une route bien contraire. Il travaille sans relâche pour affermir au dehors la paix de l'Europe , et pour augmenter au dedans l'abondance , par la facilité du commerce , rendre son royaume florissant et ses peuples heureux, soulager la misère des uns, garantir les autres d'injure et d'oppression; surtout il s'applique avecune piété, avec une ferveur admirables, à réunirdans une même créance, etréconcilier à l'église, tous ceux que de fausses préventions en avoient depuis long-temps séparés. Pour achever cet ouvrage qui n'a d'objet que l'intérêt du ciel, il n'estpoint d'obstacles qu'il ne surmonte par sa persévérance , et il emploie les moyens qu'il estime les plus prompts, les plus innocents et les plus efficaces. Rien n'échappe à sa pénétration clairvoyante; il possède dans un si haut degré les ressorts et les secrets de la politique, que dans les événemens les plus imprévus et les conjonctures les plus délicates, la force et la vaste étendue de son génie lui font toujours prendre le meilleur parti, et lui suggèrent des issues et des expédients qui

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étonnent les personnes les plus habiles et les plus expérimentées. Et quelque surprenants que soient les effets de sa valeur, qui le rend d'autant plus redoutable qu'il ne trouve point chez ses ennemis de remparts ni de bastions qui résistent à l'effort de ses armées victorieuses, c'est pourtant aux desseins qu'il conçoit dans son cabinet, qu'il médite à loisir et qui demeurent cachés sous le voile d'un secret impénétrable, pour ensuite, parvenus à leur maturité, éclore dans la saison convenable ; c'est, disons-nous, à ces résolutions également prudentes et généreuses, tellement concertées qu'on y voit reluire une prévoyance presque divine, que nous sommes redevables d'une partie de ses conquêtes et de ses triomphes. Et n'est-ce pas ce qui fait que les ministres qu'il honore de sa confiance , qu'il appelle pour délibérer en sa présence, se trouvent d'abord forcés d'admirer la profondeur de sa sagesse et la solidité de son jugement ? Toutes les paroles qui sortent de sa bouche sont autant d'enseignements et de préceptes ; ils en recueillent la plus sûre et la plus excellente de toutes les instructions ; et comme il s'exprime avec une douceur, avec une bonté charmante; qu'il ne détermine rien qui ne parte du fond d'une raison épurée et d'une intelligence sublime : pour peu qu'on reçoive ses ordres à leur source, et qu'on profite des leçons d'un si grand maître, il est aisé de se rendre capable des emplois les plus

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difficiles et les plus importants, surtout lorsque Ton entre dans ce sanctuaire où l'on traite ce que Tacite appelle les mystères de l'empire.

C'est de ce séminaire qu'en suite d'une communication intime et si nous osons dire familière, il a jusqu'ici tiré les chanceliers de France, après avoir été convaincu de leur mérite par ses yeux et par sa propre connoissance ; et cette dernière promotion est d'autant plus glorieuse, qu'elle n'a point été précédée de brigues ni de sollicitations ; qu'elle se trouve agréable à toute la France; qu'elle met en des mains pures et innocentes, la garde des lois et le plus précieux dépôt de l'autorité souveraine , et qu'elle établit pour chef de sa justice, celui qui l'a toujours administrée avec beaucoup de zèle, d'exactitude, de désintéressement et de capacité.

Et outre qu'ayant été pendant quarante-cinq ans, Tun des principaux membres du parlement, et étant devenu le doyen des conseillers d'honneur, il est pleinement instruit des règles générales et des maximes du palais; la vénération qu'il a témoignée en tant d'occasions pour cet illustre corps, dont il sait que les décisions et les arrêts doivent être inviolables, et l'estime dont il honore les particuliers qui le composent, lorsqu'ils se distinguent par des qualités éminentes, sont des présages heureux qui nous assurent qu'il ne se formera point à l'avenir de météore qui offusque la sérénité de l'air et qui

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empêche que l'astre du jour ne verse sur nous ses influences favorables; que rien ne sera capable d'altérer Theureuse tranquillité dont nous jouissons; que le sénat verra plutôt accroître que diminuer ce pouvoir que les ordonnances lui attribuent; qu'on n'entendra point de tons discordants , et que nos bonnes intentions ne seront pas ckidées par les obstacles, les retardements et les détours d'une jalousie maligne, qui n'approuve que ce qu'elle propose, et qui condamne et rebute tout ce qui passe par un autre canal. Et ce qui dissipe nos craintes et redouble nos espérances, c'est que le génie qui nous gouverne souhaite avec une extrême ardeur, que ceux qui i\'ndent la justice en son nom , tiennent la balance dans un parfait équilibre. Quand il examine leur réputation, il joint à ses vives lumières ce que la voix publique lui apprend ; il ne se laisse pas surprendre ou prévenir par des impostures ; il démêle si bien partout le fort et le foible , et l'artifice de la sincérité; il distribue les charges et les récompenses avec tant de discernement, qu'il n'est point de grâces que les gens de bien ne doivent attendre de sa protection et de ce choix judicieux qui veut que les services , la science et la vertu soient les degrés pour monter aux premières dignités de l'Eglise , de la milice et de la robe.

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