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niais un pur fruit <le sa vertu, dont il n'est redevable qu'à soi -même: tout ce qu'on a ramassé (\f^ plus rare et de plus pompeux pour orner ce modèle, est peu capable de persuader ; car ce sage est demeuré tellement obscur et caché, que les sectateurs de cette doctrine sont obligés d'avouer qu'après l'avoir très-long-temps cherché , il ne s'est trouvé que dans leurs livres, qu'ils ont remplis de belles visions et d'agréables peintures. Et combien de fois avons-nous vu des personnes très-sages, qui faisoient une haute profession d'honneur et de probité , accablées de toutes sortes d'infortunes ! A combien d'embûches et de supercheries l'innocence ne se trouve-t-elle pas tous les jours exposée ! N'étoit-ce donc pas avec raison que le prophète royal faisoit autrefois cette plainte : Propter dolos posuisti eis{Ps. ']2y V. 18)?
Mais, sans examiner si la morale a des préservatifs assez puissants contre l'infamie , la prison, l'exil et la pauvreté ; si elle peut mettre ses disciples on état d'affronter la mort, et les rendre insensibles aux plus cuisantes atteintes de la douleur, il est constant que la plupart de ses conseils et de ses préceptes ne sont que des remèdes palliatifs susceptibles seidement de guérir un mal léger, quand celui qui le souffre n'est affligé que par bienséance ou par coutume, et ne cherche que des prétextes ])our se consoler. En effet, t|uelle prudence pcul éviter les contradictions et
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les traverses qui retardent, détruisent même et ruinent entièrement les meilleurs desseins des plus gens de bien? La plupart de ceux qui nous approchent, soit clients, soit amis, soit domestiques, sont autant d'espions dont l'unique but est de nous surprendre. Il ne faut que la raauyaise conduite d'un élève pour flétrir notre réputation ; il suffît qu'un discours le plus innocent et une action la plus juste soient mal interprétés , pour susciter des querelles, des éclaircissements ; et si l'équité ne nous a pu permettre d'être favorables à un courtisan, voire même à un de nos confrères, ils ne cherchent rien avec tant de soin que quelque occasion de nous nuire. Cela étant, quelle intégrité, fut-elle la plus austère et la plus pure, se pourra jamais mettre à couvert de la calomnie ? Combien de peines et d'inquiétudes donne souvent aux plus modérés, la conduite d'une famille ! Combien d'accidents et de pertes dans les biens de la fortune! Combien d'autres plus sensibles, lorsque le public est attaqué, que la magistrature reçoit quelque déchéance, que nous voyons l'honneur et la dignité d'un corps dont nous sommes les membres, s'altérer et même s'évanouir insensiblement entre nos mains, et que tous nos efforts demeurent impuissants et incapables de résister à la rapidité du torrent qui nous entraîne !
Comment donc n'être pas ému, ébranlé de son assiette ordinaire, quand on est assiégé de toutes
parts, fie tant de redoutables adversaires? Comment se figurer qu'il dépende absolument de nos soins et de notre industrie d'adoucir tous nos dégoûts, de bannir tous nos chagrins, d'êire à Tabri de tous les événements, et de jouir, au milieu de la tempête et de la corruption du siècle, d'une pureté sans tache , d'une parfaite tranquillité ?
Néanmoins, quelque crainte que nous avions de ne pouvoir tenir ferme contre un si grand nombre d'ennemis conjurés à notre ruine, un des plus éloquents pères de TEglise n'a pas laissé d'entreprendre un traité auquel il donne
pour titre : -ri ro^ eawro» f4.vi a,hx.v)Ta. ouhf^ Tj-apces ixeiÇciç hriaTc/j ^
c'est-à-dire que celui qui ne s'offense point ne peut d'ailleurs jamais être offensé : nemo lœditur^ nisi à seipso : ouvrage illustre , dans lecjuel ce grand patriarche de Constantinople ne prétend pas seulement justifier, par les maximes de l'Evangile , mais encore par les principes de la philosophie, que rien n'est plus injuste que d'accuser la Providence de l'adversité des bons et de la prospérité des méchants, pui.sque ces derniers n'ayant qu'une vaine apparence et un éclat trompeur, il arrive toujours qu'au milieu de leurs délices et de cette foule d'adorateurs qui les environnent, l'impétuosité de leurs désirs, la tyrannie de leurs passions et les reproches de leurs consciences les rendent si misérables, qu'ils se trouvent exposés aux plus cruels supplices qu'une
âme puisse souffrir, puisqu'ils deviennent semblables a ces fragiles roseaux que le moindre souffle de vent est capable de briser.
Ceux, au contraire, qui font un bon usage de ce que le vulgaire regarde comme de grandes calamités, quoique ce ne soient que des aiguillons pour éprouver et réveiller en même temps la vertu languissante , demeurent aussi fermes que des rochers qui , tous les jours battus des flots de la mer, résistent sans s'ébranler aux plus rudes assauts de la tempête : preuve évidente que lo dérèglement de notre esprit et les rébellions de notre cœur, sont les seuls ennemis que nous avons à combattre ; et que si , par le secours de la raison, nous trouvons le secret d'épurer nos affections terrestres, il ne nous sera point difficile , non-seulement de conserver la liberté et de jouir d'un bonheur solide, mais encore de nous élever au-dessus de la région où se forment les foudres et les orages, de nous rendre invulnérables, et de vivre dans une paix si profonde, que la discorde, au sentiment de l'Apôtre, inséparable de la convoitise, en soit pour jamais exilée.
Mais , pour demeurer plus convaincu de la vérité de ces propositions , il faut premièrement avouer que rien ne peut, dans la nature, agir que sur son semblable ; le fer ne se mine que par la rouille ; les fruits de la terre ne se gâtent que par l'intempérie de l'air; l'excès des pluies,
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nne trop longue sécheresse, une grêle impétueuse, une opiniâtre gelée, sont autant de présages de la stérilité et d'avant -coureurs qui ruinent Tespérance des moissons ; les insectes, rongent les feuilles des arbres et répandent leur venin sur les fleurs : en un mot , il n'y a point de corps animé qui ne souffre quelque altération dans le changement des saisons et ne soit sujet à quelque infirmité , sans qu'aucun soin l'en puisse garantir. Combien de maladies prennent naissance , de la foiblesse ou de la conformation du tempérament! Combien d'autres tirent leurs sources de l'intempérance , de la bonne chère , des veilles et des plaisirs immodérés î Cependant, quelque violentes que soient ces secousses, elles ne passent point la sphère de leur activité ; et notre âme , également impassible et immortelle , n'en peut ressentir la moindre piqûre, si elle ne se laisse séduire , ne se dégrade et ne s'ensevelit dans la matière.
Disons plus : comme les maux ne se guérissent que par leurs contraires, rien est-il plus capable de rétablir la vigueur et la santé que la frugalité , le travail et le retranchement de toute sorte de superfluités , et conséquemment de la vanité et de l'ambition qui sont, dit un Père de TEglise , de toutes les fièvres les plus dangereuses et les plus malignes? Nous savons qu'il est naturel aux hommes de chercher leur félicité ; mais il y en a peu qui ne se trompent dans le
choix de la route qu'ils doivent suivre pour y parvenir. L'amour-propre est un guide infidèle qui ne manque presque jamais de les égarer et de leur faire prendre le change , pour les écarter de leur véritable fin. Y a-t-il rien de plus capable de troubler notre repos , que le désir insatiable d'amasser des richesses ? L'avarice n'estelle pas une des plus fatales sources de tous les crimes , aussi bien que des querelles et des procès qui troublent les familles et la société civile ? Les uns entreprennent des voyages de long cours , s'exposent à tous les périls de la mer, aux plus violentes ardeurs de la canicule et de la zone torride ; les autres travaillent à se procurer des biens , par des voies indirectes et illicites : la plupart prostituent et engagent honteusement leur liberté , pour un profit médiocre et fort souvent incertain. Mais , outre que cette soif opiniâtre n'a point de bornes, ne voit-on pas d'ailleurs que tous ceux qui n'accumulent leurs trésors que par le seul principe d'une sordide parcimonie, ou pour enrichir leurs héritiers ; que les autres plus magnifiques , qui ne désirent de grands revenus que pour satisfaire à leurs profusions et vivre dans l'abondance et le luxe : comme ils ne gardent aucune mesure, comme tout ce qui le: ir est utile leur paroît honnête , comme il n'y a rien de si sacré qu'ils ne mettent en commerce et dont ils ne tirent tribut; s'ils tombent dans l'aversion publique, s'il leur arrive des taxes,
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des banqueroutes ou des naufrages , ils sont euxmêmes les artisans de leurs disgrâces, et, dans l'impatience et Taviditë du gain , ils creusent de leurs propres mains, le précipice qu'ils pouvoient éviter par leur modération.
Mais , pour comprendre en un mot tout ce que nous pourrions remarquer avec plus d'étendue sur ce sujet , il sulHra de dire que , le vice étant le seul adversaire avec lequel nous devons être dans un perpétuel divorce, el dont la défaite n'est pas moins pénible que glorieuse, il nous faut tenir continuellement sur nos gardes , pour ne pas nous laisser surprendre par les amorces de la volupté, et éviter les autres pièges où nous tombons tous les jours par imprudence et par fragilité. Y a-t-il rien, ni amour, ni haine, ni espérance, ni crainte , ni compassion , ni fureur, ni autres semblables passions, que cet ennemi domestique ne mette en usage pour démonter les ressorts de la sagesse et nous plonger dans le libertinage ? Aussi , elles sont les seules causes de toutes nos inquiétudes, quand , au lieu de nous renfermer dans les bornes que nous prescrit la raison, nous nous échappons en des extrémités i vicieuses, et que tantôt nous craignons les périls même les plus éloignés, comme si toute la nature étoit conjurée pour nous j>erdre: tantôt nous formons des desseins aussi étendus et aussi vastes que si nous étions immortels et devions jouir, pondant un nombre infini de siècles, des
plaisirs et des biens que nous avons assemblés avec tant d'empressement et de peine, pour vëriiier à notre honte cet ancien reproche : Omnia taiiquàni mortales timelis^ et omnia tanquàm inimortales concupîscilis.
De combien d'écueils et de précipices faut-il s'échapper pour s'élever à une grande fortune ! La moindre fausse démarche n'est- elle pas souvent fatale à ceux qui s'engagent dans un chemin glissant et dans des routes inconnues? Mais si nos projets n'ont pas le succès que nous en avions attendu : si, après beaucoup d'efforts inutiles pour obtenir des grâces, nous avons le chagrin d'en voir d'autres qui nous sont préférés , pourquoi murmurer contre le ciel qui n'a pas exaucé nos vœux !^ Pourquoi nous plaindre avec tant d'aigreur, d'un refus que nous nous sommes attiré par l'ambition et le désir des choses nouvelles, et dont il étoit facile de nous épargner l'amertume, en demeurant satisfaits de notre condition? Ces grandes vérités trouvent partout leur application , Messieurs , mais particulièrement dans la personne de ceux qui remplissent les premières magistratures. Assis sur le plus auguste tribunal du monde , ils doivent l'exemple au public. Aussi, avons-nous cet avantage, que fusage de la plupart des choses où le reste des hommes cherche de la satisfaction et ne trouve que de la lassitude , du dégoût et du repentir, nous est tellement interdit par notre pro-
fession , (jue nous ne \o. pouvons pratiquer avec bienséance. D'ailleurs, nous sommes assurés que la litlérature et la probité, le désintéressement et la modestie , caractères essentiels d'un bon ju^e, ne peuvent, sans son consentement, lui être jamais arracbés : il ne faut pas craindre non plus que Ton manque au respect qui lui est du , si lui-même ne s'en rend indigne , ne déshonore son ministère, et ne s'attire du mépris par sa mauvaise conduite , sa paresse et son insuffisance.
Non-seulement les peuples, mais les personnes même de la plus sublime condition seront toujours prodigues de leurs civilités et de leurs déférences, envers ceux qui peuvent être quelque jour les arbitres souverains de leur fortune, de leur honneur et de leur vie : An contemnitur qui imperium, quifasces habet, nisi hurnilis et sordidus et qui se ipsuni contemnit.^l âis si, par un sentiment contraire, il survient, en quelques rencontres, des obstacles qui nous empêchent de telle sorte de satisfaire à notre devoir, qu'attachés à l'observance scrupuleuse d'une formalité dont il n'est pas permis de nous départir, nous ne pouvons quelquefois secourir l'innocence opprimée , ni empêcher une injustice ; si nos charges souffrent de la diminution , soit dans leurs fonctions, soit dans leurs privilèges , ou dans leur prix ; si tous ces changements et la manière en laquelle ils se font, sont, dans l'opinion commune, autant de
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plaies mortelles et irréparables qui dëcliirent la robe et ruinent ceux qui en sont revêtus ; si enfin, ni le courage , ni l'adresse ne peuvent fléchir l'ordre du destin, ni détourner ces mauvaises influences, peut -on dissimuler que le relâchement qui , depuis quelques années , s'est imperceptiblement glissé parmi les juges , n'ait été le principal motif de cette révolution ? Avec quelle licence et quel mépris de Tautorité souveraine ne reçoit-on pas tous les jours dans ce sanctuaire , et sans aucune dispense , des enfants à peine sortis de leur puberté ! Que sont à présent les informations de vie et de mœurs , et les examens de la capacité des officiers , que de pures actions de cérémonie dans lesquelles les ordonnances sont impunément violées? Fait-on aucun scrupule de révéler le secret des délibérations , ni de particulariser et d'expliquer en détail toutes les opinions , voire même de les déguiser , et de rendre odieuses les choses les plus innocentes , par de malignes interprétations ? S'il tombe d'en haut quelque chose de rude et de foudroyant , ne sont-ce pas souvent des exhalaisons du dedans qui forment ces nuages, et nos propres mains qui en préparent la matière , qui en donnent les avis ? Et quand il n'y auroit que l'excès auquel les charges étoient montées ; quand il n'y auroit que le débordement du luxe et de la vanité , et l'idée que l'on avoit conçue que la magistrature étoit un titre d'impunité ; si
avec tout cela on joint, et l'aversion de toute sorte de censure , et la résistance à corriger les abus et les scandales qui ofTensoient et l'honnêteté publique et les bonnes mœurs, n'étoit-il pas facile de prévoir que cette molle complaisance attireroit tôt ou tard une sévère , une sérieuse réformation ?
Si donc nous croyons avoir reçu en cela quelque notable préjudice ; si cette purgation nous semble trop amère et trop caustique ; si les arrêts, ces oracles de la justice, bien loin d'être à l'épreuve, reçoivent tous les jours de fréquentes atteintes ; s'il ne reste plus qu'une ombre légère de l'autorité du sénat : pour tirer quelque fruit et une instruction salutaire de ces petites disgrâces, permettez-nous, Messieurs, de n'en point rechercher d'autre raison, sinon que la sévérité de ces hommes illustres dont nous occupons les places, jointe à cette profonde érudition qui leur conciliait la vénération des peuples et l'estime des têtes couronnées, sont des qualités rares en notre siècle. 11 semble qu'on veuille subroger en leur place le faste, la politesse, la jalousie et la présomption qui nous font adorer nos pensées, et nous empêchent de déférer aux sentiments des plus sages. Si Ton y ajoute qu'il est impossible, sans peine, sans travail et avec des talents médiocres, d'acquérir beaucoup de crédit et de réputation; que les fautes et les emportements des particuliers rejaillissent sur tout le corps, et lui impriment
des taches ditBciles à effacer, tous les petits desordres cjiii passent en coutume et se multiplient par rindulgence, ne sont-ce pas autant d'ennemis qui nous affoiblissent de telle sorte, au dedans et au dehors, qu'on nous pourroit appliquer ce reproche que Dieu faisoit entendre aux Hébreux par la bouche d'un prophète : Perdiiio tua , Israël ( Ose. , c. 1 3 , v. y ) ?
Ce n'est pas. Messieurs, que nous prétendions faire l'apologie de toutes les nouveautés qui changent les ordres anciens, qui semblent diminuer la gloire et ternir l'éclat de cette illustre compagnie. Qui ne sait combien est souvent nuisible l'excès des choses même les meilleures.^ Qui ne sait combien briève est la durée des lois, quand elles ne sont pas approuvées par ceux qui les doivent mettre en pratique, quand elles ne s'accommodent pas à leur infirmité ? Qui ne sait, outre cela, que le Parlement, qui, dans tous les temps, a été le plus ferme et le plus solide rempart de la monarchie, et qui, avec une extrême vigueur, en a, dans les occasions les plus difficiles, soutenu les fondements ébranlés , a les mêmes avantages que ces grands astres dont la lumière est si pure et si utile à tout l'univers , qu'ils ne souffrent jamais de longues éclipses, et qu'on ne sauroit ni en alfoiblir le pouvoir, ni en détruire la subordination , ni en déconcerter l'harmonie, sans faire une brèche fatale à la majesté de l'empire ? Qui ne sait enfin que rien
n'est plus opposé à la prompte expédition des afTaires et au bien de la justice, que de réduire en servitude cette reine des vertus, en Tassujétissant à des règles si étroites, qu'elles blessent souvent Téquité ; que de révolter les parties contre leurs juges , et par-là , au lieu d'exterminer la chicane, de lui donner une nouvelle carrière, et de multiplier les procès, par la facilité avec laquelle, sous ombre de Tomission d'une syllabe, on rétracte souvent , et sans connoissance de cause, des arrêts contradictoires?
Mais pourquoi sVtonner si, dans ce grand nombre d'ordonnances toutes saintes, qui n'ont d'autre but que de réparer les ruines d'une longue caducité, de bannir du temple des jugements toute sorte de profanations, de trafic et d'impureté , il en échappe quelques-unes un peu rigoureuses, et qui, produisant un effet tout contraire à l'intention du législateur, s'adouciront dans In suite par des tempéraments et des interprétations favorables ? D'ailleurs, de quelle manière que les choses se conduisent, le meilleur est de fermer les yeux, par une prudente dissimulation, au joug qu'on nous impose, en attendant l'opportunité de quelques moments favorables : Tenipore opporturio ( Act. , cap. 24 , v. 25 ). Il vaut mieux demeurer dans un respectueux silence, plutôt que de s'échapper en des plaintes inutiles, qui ne peuvent servir que de prétexte pour nous rendre de mauvais offices et décrier
notre conduite : parti d'autant plus honorable à prendre que, si nous sommes les truchements et les interprètes de la loi, c'est un trésor dont la garde nous est commise ; nous devons le rendre au public tel que nous l'avons reçu, sans permettre qu'il soit altéré entre nos mains , ni qu'il se fasse un alliage de l'or avec l'argent, ni de l'argent avec le cuivre : c'est une monnoie qui nous est confiée comme à de prudents et fidèles dispensateurs, pour la distribuer en détail, et qui, portant l'image du prince, doit avoir cours dans toute l'étendue de son empire , quand même elle seroit légère et de mauvais aloi.
Il faut donc , avec une extrême condescendance , joindre tous nos efforts pour, sincèrement et de bonne foi , exécuter nous-mêmes et faire observer aux juges subalternes, aux ministres inférieurs , les ordonnances tant anciennes que modernes ; il faut, outre cela, que le zèle gravé dans notre cœur pour le service du plus grand Roi du monde , paroisse en toutes occasions, autant par nos actions que par nos paroles, et ne pas surtout moins témoigner de soumission et d'obéissance pour les articles qui choquent l'intérêt de nos charges, que pour ceux qui ont reçu notre approbation : ils se trouvent proportionnés à nos forces et conformes à nos sentiments ; car il est certain que l'adresse d'un expérimenté pilote consiste souvent à se laisser emporter à l'impétuosité de la tempête et à suivre
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le courant de Teau , pour arriver plus heureusement au port.
Mais , encore que la vertu soit un préservatif infaillible contre toutes sortes fie dangers, celuilà cependant ne se doit point estimer invulnérable, à qui Ton n'a point porté de coups; mais celui qui, en ayant reçu plusieurs, n'en a point été blessé: in^ulnernbile non est quod non feritur, sed quod non lœditur. Ceriius robur quod non vincitur, quam quod non lacessiiur. Càni dubiœ sint vires inexpertœ^ et certlssima firmitas habeatur, quœ omnés incursus respuit. Peut-on dire, en effet, que ce soit la marque d'un grand courage de vivre dans la mollesse et l'oisiveté, sans s'être jamais exposé aux périls? N'est-ce pas au contraire le caractère d'un génie héroïque, d'avoir soutenu plusieurs combats, et d'en être toujours sorti victorieux ? Toute la prudence d'un sage ne peut empêcher que la calomnie ne lui lance des traits redoutables, qu'on ne conçoive de funestes desseins contre lui ; mais cette épreuve lui sera toujours glorieuse : comme rien ne sauroit entamer sa constance ni ébranler sa fermeté, méprisant les injures, il peut se garantir de toutes sortes d'outrages , et se mettre en état que les plus grandes infortunes seront aussi peu capables de lui causer de l'émotion, d'altérer le calme et la sérénité de son esprit, que les blasphèmes et les sacrilèges, de donner la moindre atteinte à la Divinité.
Cet avantage pourtant est particulièrement réservé à ceux qui savent modérer leurs désirs , et qui , trouvant plus facile de se contenter de peu que de se tourmenter sans relâche pour augmenter leur bien, et parvenir à de plus hautes dignités, font aussitôt cette belle réflexion : Que les richesses immenses, ni les premières charges ne se pouvant ni acquérir, ni conserver qu'avec un grand soin , un long et pénible travail , et souvent par des démarches pleines de bassesse et d'infamie , il vaut beaucoup mieux aller terre à terre, et avoir moins d'élévation et plus de sûreté. Aussi, rien ne peut nuire aux esprits de cette trempe. Comme ils n'adorent point la fortune , et que , bien loin d'en rechercher les faveurs , tous les présents qui viennent de sa main leur sont toujours suspects, ils n'en craignent ni les revers » ni les vicissitudes ; d'où il arrive , qîi'après avoir employé toute leur étude à dompter leurs passions, ils s'attachent si étroitement à leur devoir, que la vertu seule occupe leur pensée : elle est le premier mobile de toutes leurs actions, l'unique flambeau qui les éclaire; et, leurfaisantconnoîtrele prix de chaque chose, elle renferme leurs trésors dans le sein de leur âme, comme dans le séjour de la tranquillité.
Ils honorent, comme ils le doivent, les princes de la terre ; mais , parce que leurs respects ne sont point intéressés,ils n'ont rien de rampant ni de servile. Egalement éloignés de toute sorte de lâchetés.
<!«' foiblesses et d'emporlenients , ils conservent, sans sVmouvoir, toute l'adresse et la vigueur nécessaires pour défendre le parti de la justice et repousser la violence ; ils regardent toutes les choses qui nous paroisscnt les plus alTreuses, avec si peu d'agitation et d'un œil si intrépide, qu'ils ne conçoivent aucune indignation de se voir enveloppés dans un naufrage et exposés aux plus rudes , aux plus sinistres accidents , parce qu'ils sont assurés que ce qui leur est nuisible en particulier contribue au bien commun , fait partie de Tencbaînement des causes premières avec les secondes, et concourt à l'économie de l'univers. Enfin, ils tiennent pour maxime que rien ne doit déplaire à un citoyen du monde, de tout ce qui plaît à la Providence qui le gouverne : Placeat hojnlnl , quidijuid Deo placuit.
De là vient que, si d'un côté il est difficile de trouver une vertu si épurée , et d'atteindre à une si sublime perfection, les efforts néanmoins que Ton fait pour y parvenir ne peuvent être qu'utiles et glorieux. La satisfaction intérieure que Ton ressent de n'avoir rien à se reprocher, de ne rendre ni sa voix ni son silence tributaires , et de posséder en quelque façon une espèce d'indépendance, ne peut être qu'un agréable fruit, une noble récompense du soin que Ton a pris <le ne point faire des vœux injustes et de ne souhaiter de moisson plus fertile , ni de revenu plus
assuré que celui de la frugalité et de la tempérance.
Que l'on remarque donc que les chagrins et les inquiétudes qui nous tourmentent, ne viennent presque jamais d'aucune cause étrangère : leur source est dans notre âme, et c'est de là qu'ils sortent, en foule, autant de fois qu'elle s'abandonne ou à de fausses opinions , ou à des mouvements injustes et déréglés ; ce qui a fait dire à un Père dé l'Eglise : Sua cuique pœna est inordinatus animus. C'est de ce désordre intérieur, de ce combat, ou plutôt de cette révolte des passions que prennent naissance tous les maux qui nous arrivent. Mais si nous avons assez de force pour apaiser ce tumulte, si nous ne manquons pas de courage pour entreprendre de déraciner toutes les inclinations vicieuses qui nous portent au libertinage, et pour n'abandonner jamais l'ancienne discipline ; si nous pouvons borner notre ambition , au désir de nous acquitter exactement des fonctions de nos charges ; si, par une louable émulation, nous nous efforçons d'atteindre et même de surpasser les plus avancés dans l'intelligence de la loi et dans la pratique de la vertu ; si enfin nos actions ne démentent pas nos paroles; si notre zèle , conduit par la prudence, n'a d'autre but que de rectifier les mœurs déréglées, de rétablir la splendeur et la dignité du sénat, tôt ou tard ces bons desseins se trouveront suivis d'un
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succès favorable : tous les obstacles qui traversent d'ordinaire de si justes intentions se dissiperont d'eux-mêmes ; ils disparoîtront avec autant de facilité que ces petits nua^^cs qui s'opposent, pour quelque temps, aux rayons du soleil. D'accord alors avec nous-mêmes , et renonçant à toutes les liaisons d'intérêt ou d'amitié qui nous engagent souvent, sans y penser, à trahir notre honneur et notre conscience, nous ne souffrirons plus la moindre tache capable de flétrir notre réputation et d'obscurcir notre gloire ; il nous restera trop peu d'ennenus à combattre pour qu'il ne soit pas aisé de repousser leurs efforts , de confondre leur insolence; et le triomphe , la victoire nous seront tellement assurés, <jue nous jouirons de ce repos laborieux, de cette joie intérieure , qui sont les véritables caractères d'une vertu héroïque, toujours inséparable d'une parfaite félicité.
Louange a Dtet.
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