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« Patin , a gagne un grand procès à la grand '-chambre « contre le fine de Lorraine . pour les villes de (]lermont, (( Stenay et Jamets. M. Talon a fort parlé contre la inai- « son de Lorraine, et a dit que ces gens -là n'éloient « desrendus ni de (Iharleniagtie , ni de Godefroy de « Bouillon , mais seulement d un Ge'r ard d'Alsace , et a « conclu au proGt du prince de Condé, qui a été lui- « même en remercier M. Talon (i). »>
Dès ce moment, ce magistrat vit s'accrDÏtre chaque jour sa célébrité. L'estime qu'inspiroient ses vertus donnoit plus d'éclat à sa renommée oratoire. On se félicitoit de la faveur dont il jouissoit à la Cour. « Mardi dernier, « dit un de ses contemporains , M. Talon entretint le « Roi dans son cabinet . seul à seul , trois heures entières ; i< nouvelle qui réjouit ici tout le monde, sur ce que « M. Talon est un excellent personnage qui ne donnera « jamais que de très-bons conseils au Roi (2). »
Bientôt il fut nommé procureur- général de la chambre de justice , et cette distinction dut le flatter d'autant plus, que Louis XIV avoit voulu composer cette chambre des magistrats les plus honorés de son temps. C'est qu'en effet il u'auroit pas suffi , pour atteindre le but de cette institution, d'en confier le succès à des hommes d'une intégrité ordinaire. Il falloit plus qu'une vertu commune pour s'acquitter noblement d'une tâche si pénible ; car il s'agissoit d'examiner la gestion de tous ces traitants ac-
(1) 199- lettre,
(?) Guy-Patin, 244e lettre , du 18 mars 1661.
Xlj AVERTISSEMENT
coutumes depuis trop long-temps à dëlourner à leur profit la meilleure partie des impôts levés sur le peuple, et l'on avoit vu se former ainsi, d'une manière extrêmement rapide, des fortunes dont le faste étoit un véritable sujet de scandale.
Promoteur de celte sainte réformation , Denis Talon résolut cV attaquer et de combattre indistinctement et sans complaisance^ tous ceux qui se trouveroient prévenus de malversations (i). C'est assez dire combien dut lui susciter d'ennemis cette détermination vertueuse. Néanmoins , il en poursuivit raccomplissement avec une courageuse probité. Fidèle au sentiment de son devoir et n'écoutant que la voix de sa conscience , sans doute il lui importoit peu de paroître quelquefois trop sévère; son unique soin fut d'être toujours impartial et juste.
Mais puisqu'on ne sauroit parler de cette chambre de justice sans se rappeler et la disgrâce de Fouquet, et l'affection que l'amitié lui garda malgré son infortune , il ne faut pas non plus oublier que Denis Talon commença les informations contre cet ancien surintendant des finances ; ce souvenir fera ressortir, beaucoup mieux que nos éloges, l'indépendance de son caractère et son intégrité.
Les amis de Fouquet s'efforçoient à persuader qu'il étoit innocent , et l'exemple de leur vive sollicitude est trop rare pour n'être point admiré. Qui ne s'attendrir oit
(ij "Voyez ci-après son premier discours
, pag. 12.
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aux touchantes inquicHudes de Pélisson , de La Fontaine et de madame de Sévigné ! Toutefois , madame de Sévigne convient elle-même, en parlant du premier interrogatoire subi par le prévenu, qu'oAZ V aurait bien embarrassé si on avoit été biefi habile et bien éveillé (i). Il suffit d'ailleurs de lire les documents de cette longue j)roc(jdurc , pour se convaincre qu'il existoit contre lui des charges nombreuses et graves , et le devoir du procureur-général étoit de les recueillir et de les produire. Mais lorsque les premiers mémoires de Fouquet démontrèrent qu'une prévention criminelle lui avoit fourni contre ce dernier plusieurs pièces fausses , son indignation égala tout à coup son zèle. Denis Talon voulut connoitre et faire punir d'une manière exemplaire celui qui avoit osé concevoir l' affreuse pensée de transformer son ministère déjà si redoutable, en uq ministère de haine et d'iniquité. Pour prévenir les effets terribles de son juste courroux, on s'empressa de le remplacer. « Voici , écrivoit Guy- « Patin, une nouvelle dont peu de gens se doutolent. « M. Talon a été remercié et l'on a révoqué sa commls- « sion de la chambre de justice , en le renvoyant au ]\iru lement : on dit que voilà une marque très-évidente de (( la faveur de M. Colbert auprès du Roi. Il a réussi à faire « ce coup, à cause de M. Berrier, son premier commis , « qui avoit été menacé par M. Talon , pour quelques « faux mémoires qu'il lui avoit délivrés contre M. Fou-
K quel Au lieu de M. Talon , le Roi a fait deux
<^ procureurs - généraux , dont l'un est purement pour
(i) Dernière édition des OEuvies complètes de Mad.ime de Sévigne, loin, i , pag. 75.