‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \Chapitre 4 sur 45 · XIV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XIV AVERTISSEMENT

« M. FouquPt , l'autre est pour les affaires civiles de la « chambre de justice : le premier est M. Chamillard , (( maître des requêtes : l'autre est M. de Fontenay-Hot- <( man , aussi maître des requêtes , qui est allié de M. Col- {( bert (i). »

C'est ainsi que de misérables intrigues uiinistérielles sacri6èrent un grand magistrat au besoin d';'ssurer l'impunité d'un faussaire I On alla mené jusqu'à bannir de la Cour les personnes qui se permettoient de ne pas approuver cette conduite. En effet , madarne la maréchale de L'hôpital reçut l'ordre de se relrer, parce qu'elle avoit parlé en faveur de M, Talon (2). Dans tous les temps, de semblables passions ont eu le même résultat.

Ce seul fait dément donc sans réplique une assertion àes Mémoires de Fouquet ; cette assertion où il disolt : « Il est bon que l'on sache que M. Talon n'est pas dt^venu Ki mon ennemi pour avoir été fait procureur-général de « la chambre ; mais qu'il a été fait procureur-général de (( la chambre . à cause qu'il étoit mon ennemi capital (5). » Car si Denis Talon eût été son ennemi : si ceux que Fouquet appelle ses détracteurs l'a voient supposé capable d'asservir sa conscience à leurs desseins, certainement on ne l'auroit pas remplacé.

Ce n'est pas tout. Les persécuteurs de l'ancien surin-

(1) Soie lettre.

(2) Soi^ lettre de Guy-Patin.

(5) Pioduction de M. Fo\5quet . tom. 3, part. i.

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tendant desiroient le convaincre à la fois et du crime de pt'culat, et du crime de lèze-majesté ; mais Denis Talon ne parla que du premier dans son réquisitoire : ce crime est le seul qui lui parût constant ; l'accusation du second fut portée ensuite par Chamillard.

Enfin , Denis Talon avoit cessé d'appartenir à la chambre de justice dès le 5 décembre i663, et Fouquet ne subit son premier interrogatoire que le i4 novembre de l'année suivante.

M. Boucherat fut aussi renvoyé de cette chambre jDOf/r avoir parlé en faveur de l'ouquet, et n'avoir pas crié au gré de la Cour: toile, crucifige (i) î

Cependant , le prévenu fut seulement déclaré coupable de péculat ; au lieu de lui infliger le supplice de la potence , on se contenta , grâce à l'incorniptible intégrité de son rapporteur, Lefèvre d'Ormesson(.2), de le condamner à un bannissement perpétuel , à la confiscation de ses birns; et dans le même instant où l'on rendoit cet arrêt, Berrier tomba dans un accès complet de folie. (^ Il est « devenu fou , disoit madame de Sévigné , mais fou au « pied de la lettre ; c'est-à-dire qu'après avoir été saigné « excessivement , il ne laisse pas d'être en fureur; il parle

(i) 3i 5p lettre de Giiy-r'atin.

(2) Ni les menaces dis ministres qui vouloient faire périr Fouqn t, ni li's promes>e5 de la place de chanctlier, ne pun;ut lui f .ire suivre d'autre avis que celui que la véiilé lui dicloit. { Biogr, de Chaudon ei IJeiandine , au mot 1 auquel. )

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« de potences , de roues , il choisit des arbres exprès ; il « dit qu'on le veut pendre , et fait un bruit si épouvan- « table qu'il le faut tenir et lier. Voilà , ajoutoit-elle, <( une punition de Dieu assez visible et assez à point « nommé (i)l »

Mais après avoir un moment réveillé le souvenir de ces affligeantes intrigues, il faut surtout rendre hommage à la justice de Louis XIV. Jamais ce monarque ne montra mieux la haute idée qu'il avoit conçue de la majesté royale. Loin de la prostituer a venger les ressentiments de son ministère contre les magistrats qui avoient osé lui résister, il s'immortalisa lui-même en adressant un jour au petit-fils de M. Lefèvre d'Ormesson ces paroles mémorables : Je vous exhorte à être aussi honnête homme que le rapporteur de M, Fouquei : et dans la suite on le vit élever successivement MM. Boucherat et de Pontchattrain (2) à la dignité de chancelier de France i

(1) OEuvres complètes de Madame de Sévigné , dernière e'dit. , tom. 1 , pag. 97.

(2) M. de Pontcbartrain avoit ëte l'un des justes de Fouquet ; il embrassa l'opinion de M d'Orinesson. Lorsqu'il prêta son serment comme cliaiicelier, en 1699, le Roi lui dit: Monsieur, Je voudrais avoir une charge encore plus éminente à voua donner, pour vous marquer mon estime de vos talents , et ma reconnaissance de vos services.

Il est vrai que M. Voisin qui avoit opiné pour la peine de mort contre Fouquet , devint lui-même chancelier en 1714 ; mais on se souvient aussi qu'il refus » de sceller des It-ttres de grâce accordées par Louis XIV à un scélérat dont il importoit de laisser la condamnation s'exécuter. Le Roi demanda les sceaux , en fit usage , et les rendit ensuite à leur dépositaire. Au lieu de les recevoir, celuici les repoussa. Us 'iont pollués , dit le courageux serviteur. A ces

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Récompenser ainsi la probilé de ces deux magistrats, dans une afFaire où ses agents avoient trop souvent compromis Tautorité souveraine , c'étoit proclamer que , pour les princes comme pour les peuples. Tindépendancc et Vtquité des juges sont le premier besoin et la meilleure sauvegarde du trône.

Quant à Denis Talon , Sa Majesté le nomma son procureur-général aux grands jours d'Auvergne tenus en i665. Il remplit celte mission à la saiisfactioii publique, et c'est dans ce voyage qu'il dut probablement se leliciter d'avoir connu Domat (i).

Denis Talon concourut ensuite au perfectionnement des ordonnances de 1667 et de 1670. L éditeur du procès-verbal des assemblées tenues pour en examiner les projets , atteste qu'il « fit paroitre avec éclat dans ces « conférences, celte profonde érudition et celte solidité de « jugement qui Tavoient toujours fait regarder comme le H< premier avocat du royaume par son propre mérite, a comme il Tétoit déjà par sa dignité. >> On admire également, il est vrai, dans ce procès- verbal, et son savoir et Sd judicieuse prévoyance. Son opinion prévalut quelquefois, même sur celle du premier président de Lanioignon ; mais ces deux magistrats contribuèrent avec un zèle égal

mots , la colère cède à l'admiration dans l'esprit du monarque. Jetant soudain au feu les lettres qu'il venoit de sceller , Louis XIV s'écrie : Quel homme ! Et le chancelier lui répond ; Je reprench les sceaux ; le feu purifie tout.

(1) On sait que Domit étcit alors avocat du Roi au sicge présidlal de Clermont en Auvergne.

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à perfectionner ces glorieux monuments de notre ancienne le'gislation. Ils ne sacrifièrent point l'inte'rêt public au désir séduisant , mais presque toujours dangereux , d'introduire dans nos lois des améliorations hypothétiques. Par exemple , lorsqu'on examina l'article de l'ordonnance de 1670, où l'on proposoit d'ôter aux procureurs du Roi les épices et les droits dont ils jouissoient pour les décrets rendus sur leurs conclusions , M. de Lamoignon représenta que « ce retranchement ne seroit pas utile au bien « de la justice : qu'il y auroit peut-être plus d'inconvé- « nient à le faire qu'à laisser les choses dans l'état où elles « étoient ; » et partageant cet avis qui finit par être jugé le plus sage , Denis Talon ajouta :

« Il sera sans doute glorieux au Roi de faire que les i< juges aient les mains nettes et pures , et ne reçoivent <^ des parties aucuns salaires de leur travail ; mais il faut (' en même temps leur donner des gages proportionnés i< et capables de les faire subsister avec honneur; autre- « ment il est impossible qu'ils ne tombent dans la négli- (( gence et la prévarication ; qu'ils n'abandonnent Texer- « cice de leurs charges lorsqu'elles seront infructueuses ; « qu'ils ne cherchent à s'indemniser par des voies se- «. crêtes et honteuses , et ne commettent des concussions <( dans lesquelles ils ne garderont aucune mesure. Il est ¥. rare de trouver des personnes d'une vertu si épurée , « qu'elles méprisent leurs intérêts et se veuillent dévouer (( au public par le seul motif de l'honneur et de la vertu, « sans attendre aucune récompense (1). »

(1' Prorès -verbal des conférences tenues pour l'examen de l'Ordonnance de 1670, pag. 110.

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La nécessité d'améliorer notre législation ecclésiastique et civile ne cessa d'clre l'objet de ses métlitatioiis et de ses efforts. Jamais il ne découvroit un abus sans chercher aussitôt le moyen d"y reniédler. Quand on lui représcntoit les difficullés de son entreprise : cela n'es' pas sans remède ^ répondoit-il , si Von veut s'y appliquer sérieusement ; et la plupart des édits de son temps furent les fruits de sa persévérance. Nous eu avons pour preuve le manuscrit d'uu mémoire par lui remis au Roi. Il y représentoit aussi que toutes les universités du royaume et la meilleure partie des collèges avaient besoin de réformation, (C Comme il n'est pas expédient , disoit-il , que tant de u gens s'adonnent à Tétude , il faut diminuer partout le <( nombre des écoles , plutôt que de les multiplier. »

Denis Talon ne s'afBigeoit pas moins , dans ce mémoire, des inconvénients qu'il voyoit résulter de la diversité des coutumes.

« Si on s'appliquoit avec soin à les concilier, ajoutoit-il, « et cet ouvrage seroit le plus grand, le plus utile qu'on (( pourroit jamais entreprendre: hors Tarticle des droits « de ^e^s^ et peut-être celui du partage des successions, « je suis persuadé qu'on parviendroit fi établir une juris- « prudence uniforme dans tout le royaume; et il est cer- (( tain que les dernières réformations des coutumes ayant (( été faites il y a cent ans, plusieurs ont besoin d être <i révisées; car il en est qui contieiment des dispositions « ou tout-à-fait absurdes , ou conçues en des termes que « l'on ne sauroit entendre. En nommant donc pour cela « des commissaires également savants dans le droit civil

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