‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \Chapitre 36 sur 45 · DIX-HUITIÈME MERCURIALE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME MERCURIALE

De la vérité. — Haine de la clissimulalion et de la flatterie.

Messieurs,

Cette religieuse cérémonie qui nous assemble tous en ce lieu, avant que de nous restituer à la fonction de nos charges , ne se renouvelle tous les ans avec une modeste pudeur , que pour faire sur nous-mêmes une revue générale qui puisse tenir lieu de censure pour le passé , et d'avertissement pour Tavenir. Cet ancien et long usage semble avoir tiré sa source de la doctrine de Socrate , qui n'appuie toute sa j)lnlosophie que sur cet unique fondement : qu'il devoit

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prendre garde à lui-même et observer les autres^ t^iTûijvro. tuuTov kxi tov? «aacu?. C'est uii Doste, dîsoit-ii , et un retranchement qui lui a voient été marqués par le ciel ; il étoit si étroitement obligé à leur garde , qu'on l'aurait appelé en jugement pour rendre compte de son silence , et condamné comme un déserteur infidèle, si, par une molle et lâche complaisance , il eût manqué de se plaindre , dans les occasions , tant particulières que publiques, du relâchement des mœurs.

Mais si jamais l'on a eu besoin de lumière, c'est particulièrement dans la conduite qu'il faut garder en cette correction. Comme celle du ciel y qui est le premier ouvrage de la Divinité , est un guide fidèle pour chercher la vérité par l'expérience des sens , celle aussi de la raison , qu'on peut appeler un rayon de la sagesse éternelle , est un flambeau brillant qui nous découvre le chemin par où nous pouvons monter à des connoissances bien plus sublimes , et qui aboutissent toujours au bien commun.

Aussi , l'unique dessein de cette auguste assemblée est de faire revivre cette lumière ou de l'entretenir par la lecture des ordonnances , par une sérieuse réflexion , par une sage prévoyance de tout ce qui peut offenser la dignité et ternir l'éclat de la magistrature, non pour éviter le reproche de prévaricateurs et d'injustes, mais pour servir d'exemple aux peuples , pour nous exposer à leurs yeux comme des juges incorruptibles et

désintéressés , et nous faire souvenir qu'encore que les maux soient comme des accidents nécessaires dans la nature , malheur toutefois à ceux qui n'apportent pas toutes les précautions possibles pour s'en garantir; à ceux qui ne peuvent se dépouiller de leurs premières habitudes , m résister à la tyrannie des sens qui les entraîne l Ils sont prévenus d'une mauvais honte ; elle les empêche , non-seulement de souffrir des remontrances , mais même de soutenir la face d'un homme de probité. Ils regardent sa retenue , sa pudeur et sa modestie comme autant de bouches qui leur reprochent les défauts dont ils se sentent coupables ; d'où il arrive , dit Philon , juif, qu'une si innocente conversation leur est à charge , et qu'elle ne passe chez eux que pour un fardeau importun. Aussi, le législateur des Hébreux n'a-t-il appelé la main des sages lourde et pesante, que pour insinuer que les paroles de ceux qui font profession d'une vertu austère , sont si vives et si pénétrantes, qu'elles vont jusqu'à diviser Tàme d'avec l'esprit, et à se faire jour jusque dans le fond des consciences.

Mais notre délicatesse nous a rendus si faciles à nous offenser de tout , qu'il ne nous reste plus <|uela figure extérieure de cette rigoureuse censure qui ramenoit si heureusement et si insensiblement les esprits à leur devoir Les effets en sont supprimés , abolis , et cela par un concert si unanime , qu'au lieu de poser avec une généreuse li-

berté, une forte digue àrimpéluosité de ce torrent et aux désordres qui le suivent , non-seulement nous y donnons les mains par une lâche condescendance , mais nous cherchons des prétextes et des exemples pour les excuser.

Cette complaisance mutuelle qui, sous les noms spécieux d'union et de concorde, flatte le libertinage et les mauvaises mœurs , détruit entièrement la discipline. Elle se glisse sous une apparente civilité, comme un poison d'autant plus pernicieux qu'il n'a rien d'aigre ni d'amer; ruisseaux funestes de deux sources également corrompues: d'une extrême chaleur pour nos intérêts, et d'une secrète jalousie qui nous fait regarder avec plaisir les chutes et les erreurs de ceux qu'avec une honnête émulation nous n'avons pu surmonter. Nous voulons avoir du crédit et que l'on nous considère comme des personnes qui méritent d'être sollicitées, qui ne manquent pas d'industrie pour faire réussir les affaires qu'elles protègent; et nous regarderions comme une espèce de servitude , la rigueur qui nous obligeroit à tenir la balance si droite , qu'on ne pût rien accorder à la faveur ni aux prières de nos amis. Ainsi, nous n'avons garde de condamner en autrui ce cjue nous pratiquons tous les jours. Pour parler des dérèglement du siècle , il faut être exempt de tout reproche, et le soin que nous prenons de pallier les fautes de nos confrères , n'est pas tant un effet de bienveil-

lance et de douceur, qu'un besoin que nous avons d'une semblable indul<^ence.

Que dirons-nous surtout de ceux qui ne désirent de remploi que pour les petits intérêts qui y sont attachés, et dont la principale application est de mettre des arrêts au ^relle ? Si queUjUffois ils sont témoins de quelque chose de sordide qui tombe sous leurs yeux, ils le dissimulent et Tensevelissent dans un honteux silence, parce qu'ils ne veulent choquer personne; parce qu'ils craignent de paroîire trop austères , et de perdre ainsi la pratique qui leur vient par l'intrigue des greHiers et des procureurs. Que si Ton multiplie les vacations des commissaires, et que, pour favoriser l'expédition, on travaille à plusieurs bureaux sur la fin de l'année; bien loin de s'élever contre cet abus , d'en former des plaintes et d'en solliciter la réformation , ils ne désirent rien tant que de voir autoriser cet usage afin de s'en prévaloir à leur tour. On a beau renouveler à toute heure le murmure qui s'augmente tous les jours contre l'arrogance , contre les tours de souplesse et les concussions des clercs et des sous-clercs ; tout cela fait si peu d'impression dans leurs esprits, qu'au lieu de chercher des précautions contre ces ennemis domestiques qui déshonorent la robe et corrompent la pureté de leur ministère, ils éludent avec adresse tous les expédients que l'on propose pour arrêter le cours d'un mal si dangereux.

Pent-on ignorer que rabréviation des procès ne soit une des plus essentielles parties de la justice, et que Ton ne sauroit, quand ils sont instruits , user de trop de diligence pour en avancer le jugement ? Qui pourra toutefois approuver rindifférence de ceux qui , n'ayant d'autre vue que de rapporter leurs instances, ne donnent aucune attention aux autres affaires, s'ils n'y sont engages par quelque pressante et puissante considération ? De là ce peu de contradiction que l'on apporte à toute sorte de grâces, de privilèges et de nouveaux établissements ; de là la facilité , pour ne pas dire Tillusion , dans la réception des officiers; de là ce renversement de la discipline , par l'impunité de ceux qui , étant con- j vaincus de Tavoir violée, se mettent à l'abri sous les auspices d'un puissant protecteur ; de là enfin , le mépris de la cause publique , souvent abandonnée pour ne trouver personne qui sollicite ou qui s'intéresse en sa faveur.

Bien donc que ces défauts regardent seulement ceux à qui l'autorité et le crédit ont frayé le chemin de ces désordres , on ne doit pas espérer plus de secours et de fermeté de ceux qui n'ayant qu'une légère teinture du droit civil , et moins encore de lumières dans la jurisprudence française , se trouvent revêtus de l'éclat de la pourpre , mais privés des qualités requises d'un magistrat. Au lieu de cinq ou de trois ans d'étude; au lieu des examens sévères et des rigou-

reuses épreuves qui se pratiquent clans toutes les autres conditions, nous voulons que des jeunes gens prennent des licences au soitir du collège et prêtent le serment d'avocat, non pour en faire la fonction, mais pour retenir le double d'une matricule, ensuite passer dans les charges et être adoptés dans cet auguste sénat, sans avoir ni paru sur les rangs, ni fréquenté le barreau , ni employé leur temps qu'en bonne chère, qu'en jeux, qu'en promenades, qu'en voyages et autres semblables divertissements. Que peuton attendre d'une telle préparation? Quoi donc! après une partie de leur âge consommée en libertinage, pourront-ils en un instant devenir sérieux et acquérir la modération, la suffisance nécessaires à un bon juge? Accablés sous le poids de leurs propres défauts, pourront-ils réformer les autres, eux qui ont si grand besoin d'être eux-mêmes corrigés? Ainsi la foiblesse , l'intérêt ou la crainte nous ferment d'ordinaire la bouche, et n'ayant pas assez de courage pour combattre à découvert la licence, les mauvaises mœurs, nous donnons de l'encens pour en recevoir; et au lieu de nous expliquer avec sincérité et de nous redresser mutuellement par des avertissements salutaires , par une contradiction raisonnable, nous nous trompons par des déférences et des civilités réciproques. Cependant, cette dissimulation qu'un grand homme du dernier siècle appeloit l'abrégé de la politique

scientîœ civilis compendium , n'est pas seulement Fennemi irréconciliable de la probité ; elle est aussi la vertu des courtisans et le partage des esprits timides. Accoutumés à la servitude, ils cachent , sous un front ouvert et un abord gracieux , un poison de haine et d'envie d'autant plus à craindre , qu'il est plus couvert et mieux déguisé : frontes aperit , mentes tegit ; et parce que ce déguisement produit trois sortes de différents effets, les philosophes l'ont divisé en trois différentes espèces. Car tantôt il lie la langue et glace le cœur; et ce silence étudié, ils le nomment taciturnité : tantôt il emploie de fausses couleurs , ou tire le rideau pour pallier le vice, lui ôter une partie de sa laideur ou en détourner notre vue; et c'est ce qu'ils appellent dissimulation: tantôt enfin il travaille à mettre nos actions dans un beau jour, afin de leur donner plus d'éclat , et de faire paroître modestes et incorruptibles ceux qui, dans leurs résolutions, se laissent plus conduire par l'intérêt , ou par l'ambition, ou par le caprice, que par l'amour de la vérité et par un pur zèle de la justice ; et à cette dernière espèce ils donnent le nom de simulation. Elles ont toutes ensemble pour fondement cette pernicieuse doctrine que rien n'est plus nuisible au succès de nos desseins qu'une vertu solide ; r-en f>lus utile ni plus avantageux que son ombre, l' irtutis fanm et opinio homini ndjumerito , i'irtus ipsa impedimeiUo. Mais cette contenance

L'tiidiëe est un masque trompeur indigne d'une âme du premier ordre qui ne cherche d'autre récompense , en faisant bien , que la gloire d'avoir bien fait. JScc ijuidi^uam minus corn cuit (^uàm subdola illa calliditas tmiiiiis connnlihus magna.

Ceux qui en usent autrement et qui mettent toutes sortes d'équivoques et de réticences mentales en pratique, ont ce malheur, qu'on n'ajoute aucune foi à leurs paroles, quand même ils prennent le parti de la vérité, et qu'on ne se défie pas moins de ce qu'ils ne disent pas que de ce qu'iU disent.

A-t-on jamais vu, dit Théodoret, les membres s'imposer les uns aux autres; la vue dresser des pièges à l'odorat, etl'odoiat au goût ou à l'ouïe.^ Que devons-nous donc dire de ceux qui, bien que tous membres d'un même corps, ne se peuvent garder la même fidélité et la même déférence? Qu'y a-t-il, au sentiment de Plutarque, de plus fertile en paroles que l'amitié, quand elle trouve l'occasion de donner des louanges ; mais qu'y a-t-il de plus stérile et de plus retenu qu'elle, quand il est question de censures et de remontrances? Cette retenue est telle et si grande, que souvent nous sommes obligés d'apprendre la vérité de la bouche de nos ennemis. Comment donc pouirions-nous nous défendre d'erreur, nous à qui nos meilleurs amis, bien loin de parler avec sincérité, s'occupent de telle sorte à flatter notre inclination, que c'est à qui

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séduira notre esprit d'une façon plus agréablej" Nemo ex aninii sentcntiâ siiadet dissuade t(jue , sed adulandi certamen est^ et unum amicorum omnium ofjïcium. y una contentio quis blandissime fallut.

Mais un magistrat comptable au public de tous les désordres qu'il pourroit arrêter par sa résistance, et obligé par serment de s'opposer au progrès des mauvaises mœurs ; s'il est homme juste, si sa vie est sans reproche, s'il voit la discipline publique violée par l'introduction de quelque nouveauté dangereuse, peut-il se dispenser d'élever sa voix et de paroître aux premiers rangs dans les occasions difficiles et périlleuses , à moins de s'exposer à la malédiction que le prophète a prononcée contre soi-même , pour avoir gardé le silence, lorsque sa conscience le pressoit de parler: vœ mihi, quia tacuiÇIs., c. 6, v. 5.)! Ne vaudroit-il donc pas mieux être accusé de rusticité, que soupçonné de finesse, et devenir, suivant le proverbe des Hébreux , plutôt la queue d'un lion que la tête d'un renard : esto potius cauda leonibus quàm caput vulpiumF Cette liberté néanmoins doit être assaisonnée d'une telle et si grande modération, que si l'on est forcé d'user de remèdes caustiques, il faut toujours y mêler un peu d'huile et de baume pour en adoucir l'amertume, étant certain qu'une vérité prononcée à contre-temps et avec aigreur, sera plutôt reçue comme une injure que comme une remontrance , et irritera bien plus les esprits qu'elle

ïîc IcsraniLueia à leur devoir. La fable de Cassandre est une illustre figure de cette vérité. Corrinie elle avait refusé faUiance d'Apollon, le dieu de Iharmoriie , qui enseigne Tari de plaire, de s'accommoder aux inclinations des hommes et de flatter leurs désirs, toutes ses prédictions, quoique véritables, furent méprisées, et son ministère déshonoré. T^eritas sernper adjuit, sed jides de fui t.

Mais , quoi qu'on puisse dire pour décrier Taigreur et Fàpreté de la censure; pour sévère et piquante qu'elle soit, elle est toujours beaucoup moins dangereuse que la douceur du poison delà flatterie. Il est bien plus avantageux, dit Salomon , de souffrir les reproches d'un sage , que de se laissertromperpar la complaisance d'un méchant; un regard sévère est capable de faire rentrer les plus libeitins en eux-mêmes, cette austérité étant presque toujours une marque certaine d'un cœur doux et bienfaisant : per iristitiam vulids , corri^ltur nninius ddifujucniis (Eccle. , c. 7. v. 4 ) î ou, comme porte une autre version: in IrlsUlià vullûs bonum estcor. Malheur à vous , dit le fils <le Dieu à ses disciples, lors({u'on vous comblera de bénédictions ; craignez beaucoup plus le calme et la bonace que l'orago et la perséculion!

Nous savons que ralTabilil'* et la complaisance sont des (jualités non -seulement innocentes, mais vertueuses; qu'il se rencontre des âmes naturellement douces, et qui n'ayant, comme cer-

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tains animaux, ni fiel, ni aiguillon, ont beaucoup plus de facilité à excuser les défauts qu'à les punir, et que, suivant ainsi le penchant de leurs inclinations, elles agissent sans artifice et ne cachent rien de pernicieux; mais nous savons aussi que nous n'avons régulièrement point d'ennemis plus redoutables que ceux qui nous flattent et nous comblent de louanges. Ils se réjouissent de nos fausses démarches ; ils feignent d'approuver notre conduite; ils nous inspirent de mauvais conseils, pour s'en prévaloir, pour s'acquérir du crédit à nos dépens , et jeter les fondements de leur gloire sur la ruine de notre réputation. Les applaudissements qu'ils donnent à toutes nos actions ressemblent à ces nuages dont la riche confusion de couleurs charme les yeux qui les regardent, mais qui, venant bientôt après à se crever, se répandent en vapeurs noires, infectes et désagréables; c'est-à-dire, en un mot, que tous ces éloges , dont on affecte de nous parfumer, se convertissent en railleries, en médisances et en toute sorte de mauvais offices et de trahisons : qui loquuniur pacem cum proxiino suo , mala autem in cordihus eorum ( Ps. 27, V. 3).

C'est par ces voies obliques de la duplicité et par le secours du mensonge, que les esprits artificieux travaillent à faire réussir leurs desseins. Ils les couvrent des noms spécieux de justice et d'équité, pour séduire les âmes crédules qui se fient aux

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apparences, et se rendre, par ce moyen, les maîtres absolus de tout ce qu'ils entreprennent. Que si les aHaires n'ont pas le succès qu'ils avoient espéré, ils en rejettent le triste événement sur la tète de leurs confrères, et croient avoir assez satifait à leurs engagements, quand ils ont témoigné à ceux dont ils soutenoient les intérêts, le déplaisir qu'ils ont de n'avoir pu réussir, ajoutant à l'oreille ce que la jurisprudence des Hébreux avoit si étroitement défendu : j'ai jugé en votre faveur, mais mes collègues vous ont condamné : que pouvois-je faire davantap^e? Ils Font emporté par le nombre. Perfides détours, dignes de la malédiction prononcée par l'Ecriture contre les fourbes et les calomniateurs : médisance fine, délicate, et en cela d'autant plus pernicieuse, qu'avec un certain mélange du vrai avec le faux, et une addition de circonstances contraires à la vérité, elle trouve le secret de blâmer les intentions les plus pures, les actions les plus innocentes! Et la simplicité de nos ancêtres a été si peu exempte des atteintes de cette malignité secrète , que M. le procureur-général Bourdin, illustre par sa suffisance et son intégrité ; lui qui , assis sur l'un et l'autre banc du parquet, a toujours exercé la censure sans dissimulation, sans complaisance, et avec autant de courage que de sévérité , faisoittous les jours à Dieu cette prière qui! choisit enfin pour sa devise : Domine, libéra animam meam à labiis

iniquh, et à linguâ dolosâ. ( Psaim. 119, v. 2), Mais qui n'admirera les regards favorables que le ciel, nonobstant tout cela, ne laisse pas d'avoir pour nous ? Ils sont tels et si glorieux, que nous pouvons dire sans rougir, que si la vérité et la justice régnent encore en quelque endroit de la terre , c'est particulièrement en ce lieu qu'elles se sont retirées comme dans un asile assuré. Cette auguste assemblée, composée de magistrats presque tous autant recommandables par leur érudition que par l'intégrité de leurs mœurs, ne le cède en rien ni à la majesté de l'Aréopage, ni à la splendeur du sénat romain. La probité et la belle gloire sont les deux inébranlables colonnes de ce temple sacré , dans le sein duquel ne se forme aucune délibération où l'on ne reçoive avec grande approbation toutes les propositions concernant la discipline publique. Le vice y trouve si peu de protecteurs et la vertu si peu d'adversaires, que l'artifice le cède toujours à la sincérité, et la prudence du siècle à une candeur innocente. Que si quelques-uns, bien qu'en petit nombre , y tiennent une route contraire , leur conduite devient si suspecte , qu'à peine ouvrent-ils la boucbe , qu'ils jettent la défiance dans les esprits et ne s'attirent que de l'aversion et du mépris.

Avant que l'oisiveté , la débauche et la bonne chère eussent corrompu le tempérament (\es kommes , les herbes et les simples que la nature

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nous fournil avec abondance , snffisoienl à notre guérison. Hippocrate , Dioclè'S, Chr^sippe et tous les autres n'étoient que ses interprètes et ses ministres, pour les appliquer, dans les occasions extraordinaires, selon Texi^^eance et la condition des maux; mais Asclépiade, plus orateur que médecin , pour renverser les maximes de ces grands génies, inventa un régime de vie dont le succès étoit autant incertain et ]iérilleux que Tivsage en étoit plaisant et agréable : peinture naïve de notre présonq^tion et de notre caprice, qui veulent être les arbitres et les règles de notre fa- (jon d'agir, et nous faire regarder les conduites les plus relâchées et les moins austères, comme les plus sures et les meilleures , à cause de leur facilité : Fa^cniibus cunctis ut essent vcra , (juœ fa- €illima eranl.

Louange a Dieu.

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