VINGT-TROISIÈME MERCURIALE
Il faut régler ses actions conforme'ment à la justice , et s'observer sans cesse pour se censurer soi-même utilement.
Messieurs.,
Bien que la diversité de nos occupations soit infinie , et que l'arithmétique , toute ingénieuse qu'elle est, n'ait point encore assez trouvé de chiffres , ni de caractères pour en supputer le nombre , elles peuvent néanmoins se réduire toutes à deux : aux intérieures et aux extérieures; à celles qui concernent la vie secrète et privée , et à celles qui regardent la vie commune et civile. Mais comme, au sentiment d'un des plus
grands génies de rantiqulté , l'une et l'autre est, selon le bon ou le mauvais usage que nous en faisons , ou le centre de tout bien , ou la source de tout mal, ou le palais et le trône de la vertu, ou la caverne et la sentine du vice , k-^kiius kui upir^ç et-coi ivov; kki Aoyoç , toute l'étude aussî de la sagesse, tout le fruit de nos plus sérieuses rêveries, touies les maximes de la vraie et solide piété, ne consistent qu'au parfait règlement de ces deux importantes parties.
Les corps ])olitiques ont leur retraite et leur solitude aussi bien que les corps naturels : comme eux ils ont une double manière d'a^fir chez soi et hors de soi ; mais parce que c'est particulièrement ou de la culture, ou du peu de soin de la première que dépend toute leur grandeur ou tout leur abaissement, n'étoit-il pas absolument nécessaire que celui-ci , le plus illustre de l'univers , après s'être répandu et presque entièrement dissipé au-dehors, pour administrer la justice aux autres dans tout le reste de Tannée , mit enfin quelques moments en réserve pour se la rendre à soi-même, et, loin de l'embarras des affaires, se recueillir toutà-fait au dedans? N'est-ce pas dans ces jours consacrés à la discipline de cette auguste compagnie , que se forme un heureux concert des diflérentes occupations de ces deux vies ; des méditations de la solitaire et des actions de la publique, des avertissements extérieurs et des réflexions intérieures; et que, dans cette char-
mante hannonle, au même temps que des voix officieuses frappent amoureusement les oreilles, il s'en produit un a;^réabic écho et s'en excite des mouvements salutaires dans le cœur? IN'estce pas dans ces occasions célèbres que chacun, réfléchissant sur soi-même, après avoir entendu les règles de son devoir, se propose en même temps d'en suivre exactement toutes les maximes et prend des résolutions généreuses , dignes de sa magistrature ?
En effet, s'il est vrai que les biens de Fhomme sage sont renfermés en lui-même ; si son silence est plus utile que les conversations les plus savantes ; si c'est dans ce désert qu'il voit , comme dans un abîme de lumière , les choses dans leur source et telles qu'elles sont en elles-mêmes, c'est-à-dire toutes pures , toutes libres et toutes indépendantes du temps, de la matière et du lieu , ne pouvons-nous pas dire avec plus de raison , (|ue ces jours de retraite où l'on suspend le tumulte des affaires contentieuses, où il ne se fait (ju'une ténébreuse solitude dans les autres tribunaux du Palais, afin de ramasser tous les rayons de ce corps lumineux et de les réunir à leur centre , sont et plus importants et plus illustres que ceux dans lesquels Fautorité de cet auguste sénat, décidant de la vie, du bien et de l'honneur des hommes, semble avoir un emploi plus utile et paroître avec plus d'éclat ?
' Si dans ceux-là il travaille à rassurer les for-
MERCUllIALE. 449
tunes agitées, à ramener le calme dans les familles, à rétablir Tordre et la discipline dans TEglise et dans TEtat , par des oracles fameux et par des jugements célèbres dont le bruit glorieux se répand dans toutes les parties de funivers j dans ceux-ci il rassemble toutes ses forces, et, par mille réflexions qu'il fait sur sa conduite , il se forme une idée générale de droiture et de justice , pour servir de modèle à ses actions dans tous les autres temps. Il est aisé d'en conclure que comme les causes sont plus nobles que leurs effets, les principes plus étendus que les conclusions qui s'en tirent, et les arts plus recommandables que les ouvrages dont ils sont les règles, toute l'intégrité aussi et toute la gloire de tous les autres jours ne sont à proprement parler que de simples rejaillissements des lumières, et des généreuses délibérations de celui-ci.
C'est un ordre universel en toute la nature que ce qui est le plus précieux e^t toujours le plus caché , et quelque ornement qui brille sur la face extérieure des choses , toute leur force néanmoins et toute leur activité procèdent du dedans. Ce qui en paroît est beau , il a de l'éclat, il a du lustre; mais ce qui est invisible et couvert de ténèbres est ferme , solide ; c'est le germe , la vigueur et la base de tout ce qui reluit au dehors : abscfue eo ijuocl intrinsecùs latet.
Et si Ton doutoit qu'il n'en soit ainsi, d'où naissent les pierres exquises et les plus riches
Dcnia Talon. JI. 29
45o VINGT-TROISIÈME
minéraux que la nature semble former pour l'ornement du monde? N'est-ce pas dans cet endroit obscur et caché qu'elle laur donne ce degré , ce point de chaleur d'où ils empruntent leur brillant et leur prix ? IN'est-ce pas des veines et des mines les plus profondes que l'or, le soleil des métaux , tire son origine ? Toutes ces matrices ne deviennent- elles pas entièrement stériles aussitôt qu'elles s'entr'ouvrent et qu'elles commencent d'être exposées à la lumière du jour? A-t -on jamais vu fructifier les semences lorsqu'elles ont manqué et d'humeur et de fonds? Y a-t-il rien de si f'oible et de si peu de durée que les plantes qui ne tiennent qu'à fleur de terre ; et jamais ces grands arbres dont la hauteur est démesurée, auroient-ils porté leur cime orgueilleuse jusque dans les nues, si leurs racines n'avoient été aussi profondes que leur tige est élevée? Avec quel soin, avec combien de fibres et de membranes , sous combien de replis la nature n'a-t-elle pas enveloppé les parties nobles dans nos corps ! Y a-t-il symptôme plus mortel que de les voir découvertes? Ne nous fait -elle pas ainsi cette docte leçon : Que tout ce qui paroîl au dehors n'est rien qu'une simple figure , qu'une légère superficie , que de minces accidents ; mais que l'esprit qui informe est la chaleur qui anime ; que toute la force et la vigueur de la vie sont enfermées au dedans? Cette vérité est conforme à la pensée de Psillacus , lequel , ayant aperçu
MERCTRIALE. ^5l
un COI [)s sans pouls et sans mouvement ; le iugeant mort, encore qu'il ne parût extérieurement aucune blessure, que le visage ne fût point défiguré, (ju'il eût les mêmes traits, et qu'il fût le même en apparence : il faut, s'écria-t-il, qu'il eu soit sorti queUjue chose auparavant qu'il ait cessé de vivre; er cette résolution qui nous conduit au tombeau procède toujours du défaut et de la perte d'un souffle, d'un principe intérieur qui s'exhale et s'évanouit dans ce moment fatal qui termine la durée de ros jours : maxime certaine à l'égard de tous les êtres ; mais bien davantao-e à l'égard de l'homme , le plus noble de tous. Tout ce qui éclate de lui au dehors est-il comparable à ces qualités invisibles, à ces vives lumières , à ces beautés immortelles qui reluisent au dedans? Là, son âme agit indépendamment des organes ; là , devenue maîtresse des sens. reine de ses passions, et retirée de ces objets étrangers qui la tenoient captive , elle brise toutes ses chaînes, elle se possède elle même , elle jouit en liberté de ses propres biens : pour lors elle forme des inclinations généreuses; elle n'a plus d'amour que pour la vertu.
î*s'est-ce pas à peu près en cette manière que les choses se passent dans cgs occasions solennelles , lorsqu'après avoir purifié les ministres qui occupent les avenues et qui veillent à toutes les entrées de ce temple sacré , hors du bruit et du tumulte , dans un calme et dans un repos où
452 VINCtT-TBOISIÈME
rien ne règne plus que le silence; lois, dis-je, que cette première intelligence qui porte la parole de toute la compagnie, et dorit la bouche ne s'ouvre d'ordinaire que pour prononcer des oracles , vous remet devant les yeux vos propres délibérations, vous fait ressouvenir des grandes maximes enfantées dans ce lieu et respectées de tout Tunivers, pour confirmer en vos cœurs, par ce cercle parfait qui tous les ans retourne en soi-même , toutes ces belles et généreuses résolutions que depuis si long -temps vous y avez conçues ?
Pouvons-nous donc nous-mêmes nous acquitter plus fidèlement de ce juste devoir, qu'en vous exhortant de considérer de quelle importance sont le bon ménage et l'heureux emploi de ces précieux moments destinés à l'étude de cette science sublime qui vous fait connoître la justice par ses propres principes, et prendre, dans le sein de la loi dont vous êtes les interprètes , les sentiments de respect et de religion que vous devez à son autorité ?
Dans tous les autres jours les fonctions sont bornées à des objets particuliers; quelque exacte que soit la justice que l'on rend, ce n'en est qu'une parcelle et non le corps tout entier. Dans celui- ci , nous voyons les choses , non sous fécorce grossière des accidents qui les couvrent, mais en elles-mêmes, dépouillées de leurs imperfections. Si la blancheur, disent les philosophes , pouvoil
MEr.ClRIALI.. 45X
subsister toute seule sans être attachée à aucun sujet, sa perfection seroit infinie clans son genre, parce qu'en ce cas rien ne pourroit l'imiter; et de là vient que comme jamais rien n'est si beau que la beauté, ni si parfait que la perfection , ce que nous devons aussi envisager dans cette revue ne sont pas les choses justes, mais la justice; non celles qu'il faut régler, mais les règles même dont elles emprunlent leur droilure ; ce qui fait que, comme dans la haute réaion de 1 ame ou résident les idées que nous nous formons des êtres , nous voyons les beautés sans taches et les perfections sans défaut , ainsi , dans ce recueillement intérieur, nous découvrons les règles sans leurs obliquités , et la justice , sans les pièges qui l'environnent; car l'esprit , pour lors élevé au-dessus de toutes les choses terrestres , au-dessus de soi-même , n'a rien qui borne sa vue, et dans cette plénitude de lumière, il connoît clairement avec quelle fermeté l'on se doit fortifier contre la violence des grands et pour la protection des opprimés. Quelle émulation nous devons avoir pour le bien , quelle aversion pour le mal, quel zèle pour la dignité de cette compagnie, quelle pudeur pour tout ce qui est capable d'en souiller la sainteté et d'en violer la religion ! Une prudence sans artifice , une générosité sans faste, une modestie sans étude, une sincérité inflexible pour toutes les vérités connues, et une retenue incorruptible pour ccl-
les qui désirent le secret et le silence, sont absolument indispensables. Car si, dans les arts, les ouvriers ont besoin d'originaux pour la conduite de leurs ouvrages ; si Dieu même n'ag'it que selon les exemplaires qu'il a formés des choses qu'il veut faire : bien plus, si un bâtiment ne répond jamais à l'idée de l'architecte ; si , repassant son dessein, il y découvre toujours de nouvelles beautés qu'il ne sauroit parfaitement représenter au dehors; si, pour les mieux imiter, il a besoin de ne les perdre jamais de vue, parce que plus ou moins il en approche, plus ou moins son ouvrage est parfait , conunent pourrionsnous faire des choses justes si nous n'avions auparavant conçu l'idée de la justice? Il faut donc en tracer un plan général , en avoir continuellement le modèle et le crayon devant nos yeux, afin de procéder sûrement et de ne pas marcher au hasard, à l'aventure, avec la seule intention de bien faire , sans savoir en quoi consiste ce que nous appelons la Ire bien.
Il faut que nos actions soient mesurées sur une règle infaillible de laquelle on ne s'écarte jamais, ou rien ne serolt plus douteux que nos jugements, et rien plus inconstant que nos meilleures habitudes : elles resseinbleroient à ces fruits cueilhs en passant, dont le goût aussi bien que la mémoire se perdent avant qu'ils soient digérés ; ou plutôt à ces eaux puisées à la chute d'un torrent qui , ne coulant que par intervalle ,
MERCURIALE. f^SS
ne peuvent servir que par rencontre, à de certains moments , et sont cVautant plus inutiles que la première sécheresse les l'ait tarir. ^lais quand nos resolutions sont fermes et appuyées sur des fondements solides, il s'en forme dans nos cœurs une source d'eau vive dont les ruisseaux pouvant couler sans cesse, sont capables d'apaiser en tout temps Tinquiétude et la plainte d'une multitude de pauvres affligés qui demandent justice avec tant de soif Ainsi , ces grandes vérités nous montrent évidemment avec combien de raison ces revues générales et ces cérémonies critiques se renouvellent deux fois tous les ans. Car si, dans le temps où cette auguste compagnie n'é*toit composée que de personnes choisies et consommées dans l'exercice de la justice; si, lorsque ses oracles étoient révérés de toutes les nations : si , dans ces siècles heureux où la vanité et le luxe n'avoient encore osé aborder ce vénérable sanctuaire, elles étoient et plus fréquentes et plus sévères, quel besoin n'avons-nous pas à présent d'y avoir recours pour nous rafraîchir la mémoire de celte ancienne discipline et de ces premières institutions? C'est aussi par cetle considération que , contre l'usage des autres assemblées, on ne recueille aucun suffrage en celle ci , afin de laisser à chacun le soin de le porter contre soi-même, et, après un sérieux examen , de corriger en sa conduite ce qu'il y aura remarqué de défectueux.
456 M N GT-TR O l S 1 È ivl E
Sans ce recueillement intérieur, notre esprit seroit dans un mouvement perpétuel ; il chercheroit toujours et ne rencontreroit jamais ce qu'il cherche ; il agiroit sans ordre, sans mesure, et tourneroit à tout vent, sans jamais parvenir à cette tranquillité qui doit être la retraite des grandes âmes; d'où il arriveroit que ce Cju'il devroit le plus savoir seroit ce qu'il ignoreroit davantage, parce que la crainte de découvrir ses propres défauts le tenant toujours au dehors, lui fermeroit les yeux, Tobligeroit à se tromper, à se trahir, et à se dérober à soi-même.
Heureuse donc cette solitude qui nous instruit et nous remplit de vérités solides, nous donne une clarté admirable pour le discernement, une facilité merveilleuse pour nous délivrer de cette pesanteur qui nous rend tardifs et paresseux aux fonctions de nos charges ! C'est dans ce calme des sens, dans ce sommeil et ce silence des passions que notre cœur veille et travaille avec plus de succès ; c'est là qu'il écoute paisiblement les sages avis de la syndérèse , c'est-à-dire, de cette raison divine répandue en toutes les parties du monde ; de cet édit perpétuel si avant gravé dans nos âmes , que le crime même ni la mauvaise vie ne le sauroient effacer; de cette loi naturelle qu'une des plus grandes lumières de l'Eglise appelle /?^/2^//Y2/^ magnum , et grande secretum , et dont toutes les autres ne sont que de très-foibles et imparfaites copies. Cette loi est comme
une aiguille frottée d'aimant, toujours aj^itée jusqu'à ce qu'elle soit tournée vers son nord; c'est le ressort et le balancier de notre horloge dont nous devons continuellement observer les mouvements; c'est un flambeau domestique qui ne se peut éteindre : il en faut éclairer nos pas et en suivre toujours la lumière ; c'est une police universelle et une règle inflexible qui nous tracent la parfaite idée du bon juge et du magistrat accompli ; il en faut écouter la voix dans la solitude où elle se fait mieux entendre que dans le bruit et dans la foule des clients.
C'est là où, fermant la porte à tous autres objets, elle fait voir à celui qui s'abandonne à sa conduite, qu'il ne doit pas tant prendre garde s'il est apperçu de quelqu'un, que s'il l'est de luimême, et qu'elle lui apprend à craindre plus l'œil de sa conscience, toujours ouvert et toujours infatigable, que tous les yeux de l'envie et de la calomnie qui peuvent souvent être et trompeurs et trom' pés : quid prodesi non haberc conscium^ hahenti consci^ntiam. C'est là où elle le détourne autant qu'elle peut des grandes routes, pour lui faire prendre des sentiers écartés: le y^etit nombre étant toujours le plus innocent et le plus assuré, la multitude ressemblant à ceux qui nagent dans un torrent, ils ne vont pas, ils sont emportés; et se laissant conduire à l'exemple, à la coutume, ils tombent et se précipitent sur ceux dont, par une
malheureuse ëmulalioii, ils ont suivi les trace»
dans leur chute.
C'est là où elle nous exhorte à nous dégager de tout intérêt avant que d'examiner les causes qui nous sont commises , les yeux de la justice étant comme ceux de nos corps, qui doivent être sans couleur pour voir les objets colorés; et à nous souvenir de cette grande maxime de l'orateur romain, qu'il faut se dépouiller du personnage d'ami au même temps que l'on se revêt de celui déjuge, àl'imitation de Cléon, lequel, ayant été appelé au gouvernement public , fit assembler tous ses proches et ceux avec lesquels il avoit une plus étroite habitude , pour leur déclarer qu'il renonçoit dès-lors à leur amitié comme à un lien incompatible avec la liberté que devoit avoir la charge qui venoit de lui être imposée.
C'est là de rechef où l'on apprend à se corriger de cette impétuosité d'esprit qui fait agir sans règle et sans mesure, plutôt par humeur et par boutade que par raison et par justice. ïl faut être prompt à exécuter les choses , mais lent à les résoudre; les accomplir avec diligence, mais les délibérer à loisir. Cette rapidité qui nous fait précipiter notre jugement est un mal si commun, que peu s'en garantissent, rien n'étant si ordinaire que de se laisser prévenir; crédulité dangereuse et fort opposée à la retenue de Job , qui proteste d'avoir toujours examiné les affaires
MEIÎCLllIALr. 4%
avec beaucoup de scrupule et d'exactitude , avant <}ue d'ouvrir la bouche pour les décider : eau- ^ani quam rtesciebam , diligentissime investigabani (Job, c. 29, V. 16)!
Et coTTunent les juges de la terre, faciles à se laisser circonvenir, n'y apporteroient-ils pas celte précaution, vu que Dieu lui-même, qu'aucun artifice ne sauroit surprendre, ne voulut s'en rapporter aux plaintes à lui faites contre les crimes abominables de Sodome et de Gomorrhe , qu'après s'en cltre informé sur les lieux? Je descendrai, dit-il, et verrai si leurs actions répondent au bruit qui en est venu jusqu'à mes oreillesy afin que j'en sois assuré. Grand exemple pour arrêter la trop grande facilité à croire le mal , avant que d'en être convaincu ; belle leçon pour nous instruire à tenir toujours la balance droite et en équilibre, sans la pencher jamais plus d'un côté que de l'autre, qu'après des preuves sensibles et constantes î
Enfin, la dernière instruction que chacun recevra dans ce tribunal intérieur, est de ne considérer que Dieu et son devoir, sans avoir égard à ce que l'on dira; sans se mettre en ])eine de tous les bruits populaires : on ne semeroit jamais si l'on s'amusoit a observer les nues. Il faut avoir une sainte liberté «l'exercer sa charge et n'être pa-^ de ces chiens muets qui ne sauroient aboyer. Le juste est assuré comme un lion, dit le sage, et demeurera toujours ferme et intrépide : il s'op-
posera comme une muraille aux puissances du monde, pour la défense de Vopprimé; il résistera aux efforts des méchans par le zèle de la justice.
Le Seigneur m'a rempli de la vertu de son esprit, disoit le prophète ; il m'a rempli de justice et de force, afin de déclarer à Israël quelle est sa malice, et à Jacob quel est son crime. C'est la disposition où doivent être tous les juges, pour s'élever avec une constance digne de leur générosité, contre tous les dérèglements; pour les reprendre par leurs paroles, les réprimer par leurs châtiments , et surtout les condamner pa? leur exemple, puisque ce seroit un monstre plein d'horreur dans l'ordre politique, si le modèle qui doit empêcher les autres de se corrompre , étoit lui-même corruptible.
C'est donc dans ce retour sur nous-mêmes que nous apprendrons, beaucoup mieux que dans la philosophie morale , à mépriser toutes ces marques extérieures de vanité qui, bien loin de rendre considérables ceux qui les affectent , dégénèrent souvent en sujets de raillerie. Où cherchera-t-on la simplicité et la modestie, vrais apanages de la magistrature, si on ne les rencontre pas dans les magistrats? Qu'ils aient un train somptueux et magnifique; qu'ils se repaissent tant qu'ils voudront de la fumée de quelques titres imaginaires : ils se verront toujours beaucoup inférieurs dans ce faste ridicule , à une infinité de