MERCI IU\LE
personnes qui révèreroient leur caractère et mettroient tous leurs soins à cultiver leur bienveillance, s'ils denieuroient dans cette gravité sérieuse qui fait le plus glorieux ornement et le plus noble fleuron de leur dignité.
Quand il n'y auroit , par conséquent, que ce grand crédit et cette approbation publique que nous attire l'amour de notre profession, ne seroitce pas un très-puissant motif pour nous exciter à notre devoir, et à nous acquitter dignement des fonctions de nos charges ? Et si , pour ne nous arrêter pas à l'opinion d'autrui , nous voulons consulter nos propres sentiments, quel mépris ne concevons-nous pas en nous-mêmes de ceux (si toutefois un magistrat est capable de cette lâcheté ) qui n'agissent que par cabale ou par intérêt , qui donnent tout à la faveur et au sang, qui se laissent prévenir par des considérations basses et ridicules , et qui gauchissent, pour esquiver les grandes routes de la véritable équité ? Ne les condamnons-nous pas en secret ? Si nous n'avons pas assez de vigueur pour leur résister tiiface, ne murmurons - nous pas contre eux ilans notre cœur? Ne censurons-nous pas avec indignation la négligence de ceux qui , préférant leurs divertissements à l'exercice de leur charo-e {)aroissent si rarement au palais , qu'on se pei suade qu'ils n'y viennent jamais sans affectation • '-[ qui, après avoir consommé le temps en promenades et autres occupations autant inutiles
que peu séantes à leur profession, n^apportent enfin à leur place qu'une présence locale et corporelle , sans aucune attention ? Pouvons-nous , au contraire , refuser notre vénératix^n et notre estime à ceux qui , prenant une conduite toute opposée , et marchant toujours sur une même ligne, se rendent recommandables au public , tant parleur suffisance que par leur vertu et leur assiduité ?
Cet honneur que nous rendons à la probité des uns , et cette aversion que nous concevons contre l'indignité des autres , ne sont-ce pas autant de signes qui nous avertissent que ce qui concilie des éloges et une réputation solide, procède du dedans ; que quelque soin qu'on apporte à cacher les ressorts d'une conduite intéressée , aies couvrir d'un voile spécieux, on en découvre tôt ou tard le déguisement et l'artifice ; que Tunique secret pour ne craindre aucun reproche, pour acquérir la véritable gloire inséparable des grandes actions , est d'être en elfet ce que l'on veut paroître en public; que la réputation à laquelle nous aspirons avec tant de jalousie , n'est qu'une ombre passagère , un écho fugitif; qu'elle ne peut être , à raison de cela , éloignée ni du corps qui l'a produite, ni de la voix qui l'a formée ; et qu'ainsi , lorsque nous rencontrons des taches et des défauts dans le tableau que nous exposons aux yeux des hommes , il vaut beaucoup mieux les réformer doucement
par quelques traits de pinceau , que de prétendre fasciner la vue des spectaleurs , en ménageant un faux jour, ou par quelcpr.'iulre m<)>en.
Pour vaste et pour sublime que paroisse cette science; pour belles et utiles que soient les leçons qui nous sont dictées dans cette école , elles ne sont toutefois ni laborieuses à apprendre, ni difficiles à retenir. Rien n'est pins essentiel à Thomme que ses lumières ; elles lui viennent malgré lui quand il n'a pas soin de les exciter ; c'est l'aliment et la nourriture de son esprit; c'est sa nature, c'est sa vie ; semblable à Dieu, qui ne se nourrit et ne vit que de ses pensées, dans lesquelles il goule toutes ses délices, et rencontre toute sa félicité.
Non-seulement cette science est de toutes la plus facile, puisqu'on peut l'acquérir sans élude; c'est aussi de toutes la plus aisée à prati(]uer. Etant acquise, on n'agit pas seulement par babitude, mais en quelque façon par nature. Elle produit dans nos esprits les mêmes effets que les vœux solennels dans l'àme des personnes consacrées : ils demeurent si constants dans leurs promesses, Dieu verse tant de grâces et de bénédictions sur leurs exercices , <pje quelques sécberesses, quelques difficultés, quelques combats qu'ils souffrent dans leurs rudes et pénibles fonctions, ils conservent toujours invlolablement la sainteté de leur premier dessein.
Telle et semblable est la fermeté des résolu-
tions conçues en ces jours, dans lesquels il se fait comme un renouvellement de vœux, pour l'observance des lois et des ordonnances de cet illustre tribunal. C'étoit avec raison qu'un ancien disoit , que dans toutes les assemblées publiques assiste une divinité invisible qui observe les droites intentions des justes , et les mauvais conseils des méchants : Sacer inter nos spiritus sedet , honorum malorum nostrorurn obserçator et custos. Bien que cet oracle se puisse appliquer à la présence de Dieu ou des intelligences qui gouvernent l'univers, son interprétation néanmoins semblera plus juste , si nous disons que cet esprit sacré , qui ne nous perd jamais de vue , n'est autre que l'œil de la conscience , témoin fidèle de toutes nos actions, qui nous inspire de la vigueur pour les bonnes , et de la honte pour les mauvaises ; aussi , jamais les avertissements de cette vigilante sentinelle ne sont plus assurés, que quand nous les appliquons sur nous-mêmes. Les pensées et les intérêts d'autrui sont des mystères cachés et des abîmes de ténèbres; mais , pour ce qui regarde l'examen de nos desseins , et la pente de nos inclinations du côté du vice ou de la vertu, elle ne peut jamais se tromper ; sa lumière est d'autant plus pénétrante , qu'il y a plus de nuages qui la couvrent.
C'est de là qu'il arrive que les remontrance§ qu'on nous fait n'ont jamais tant de force que celles que nous nous faisons à nous-mêmes; car, si
elles sont générales , personne ne se les applique ; si elles descendent au particulier, souvent elles le diffament plutôt que de le réformer , de sorte qu'il s'en oft'ense comme d'une injure , et ne pense pas tant à son amendement qu'à sa vengeance. Si elles sont douces , ce sont des remèdes palliatifs qui flattent le mal au lieu de le déraciner ; si elles sont aigres et piquantes, on les regarde , ou comme un effet de la bile et du chagrin de celui qui les fait, ou comme une austérité affectée , pour se concilier la réputation d'un censeur qui se consacre au public.
Bien plus : combien de vices inconnus et de désordres cachés à la plus rigoureuse critique ! Combien de fois la complaisance ou la crainte nous ferme la bouche, lorsqu'il seroit le plus nécessaire de parler! Ajoutons que ces remontrances ne se faisant que dans des temps éloignés entre lesquels tombent de très-grands intervalles ; pour utile qu'en soit la censure , la mémoire s'en perd, l'impression qu'elles ont faite dans les esprits s'efface ; ainsi , cette bonne semence , pour n'être pas cultivée, ne porte jamais de fruit. Que SI , au contraire , pour remédier à cet oubli , on les renouvelle souvent, la répétition en devient, ou importune, ou à mépris : les uns en conçoivent du dégon t ; les autres s'y accoutument comme à des choses indifférentes.
Mais , quand la correction vient de nousmêmes, et que, pour y parvenir, nous faisons
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un sérieux examen de notre conduite , afin d'en découvrir les moindres défauts; alors, nos observations sont justes , nos remarques sincères, notre inquisition irréprochable , nos reproches non suspects , nos remèdes salutaires, et nos réflexions toujours accompagnées d'une chaleur féconde , qui produit un nombre infini d'admirables effets.
Si tout le monde est un temple, tous les appartements de ce redoutable édifice en sont les autels ; mais ce lieu retiré en est comme le sanctuaire. Sur ceux-là, on présente tous les jours des offrandes pour obtenir , dans son oppression, un secours qui ne manque jamais d'être accordé, puisque toujours on y prononce en faveur de l'innocence et de la vérité ; mais dans cette partie intérieure , dans ce conclave secret , qui n'est ouvert qu'à ceux qui sont revêtus de la pourpre du sacerdoce , et qui ont en garde le dépôt de ce feu sacré, l'on y rencontre, comme dans l'arche, les tables de la loi, et l'on y célèbre les plus secrets mystères de la justice. Bien que Dieu soit continuellement occupé au gouvernement du monde, il a pourtant sa retraite , qui n'est autre que son essence dans laquelle seule se pénètrent les ressorts cachés de tout ce qui se fait au dehors ; cette retraite est le sanctuaire auquel David , après avoir formé divers jugements sur Les apparences extérieures des choses . étoit contraint d'avoir recours pour en décou-
vrir les causes : Dornx intrem in sanctuariurn Dei ( Psalrn. 72, v. i-y ).
I/on en peut dire de même, à proportion de la justice , divinité visible qui a établi son trône dans ce Palais auguste. Dans tous les autres endroits elle agit ouvertement , partout on entend les oracles de ses arrêts , partout on recueille les fruits de son intégrité , partout on voit éclater ses foudres ; mais de pénétrer les raisons de ses conseils , ni les motifs de ses délibérations, il n'y a que ce lieu sacré où chacun s'examinant, se fait rendre compte à soi-même de toutes ses procédures et de ses propres jugements. Et quel motif plus puissant, non - seulement pour travailler exactement à cette revue, mais pour se tenir toujours enrègle et pour ne sortir jamais de mesure , que cette immensité infinie, cette majesté incompréhensible , et cette présence redoutable qui tient la première place dans cette maison de conseil, et dont les yeux sont toujours ouverts sur nos moindres actions et plus secrètes pensées? Quel plus vif aiguillon pour ne s'écarter jamais de son devoir, que son image visible et toujours présente à notre esprit en la personne de notre invincible monarque , modèle achevé de toutes les vertus héroïques, lui qui, parles vestiges de ses fameux exemples, nous trace le chemin que nous devons suivre ! La vigilance continuelle, et l'assiduité infatigable avec laquelle il gouverne ; la prudence éclairée avec laquelle il conduit tous ses pas , et
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cette fermeté inflexible pour la justice, qui fait la règle de toutes ses actions ; tous ces titres de gloire, et ces avantages insignes ne semblent-ils pas concourir en sa personne , pour conspirer à Tenvi a ne faire de tout son royaume qu'un royaume de paix et d'équité ; ses actions immortelles, plus persuasives mille fois que les déclamations des plus éloquents orateurs , ne semblent-elles pas renouveller en faveur de ce lieu sacré, la belle et mémorable prière que le plus sage des rois prononça à la consécration du temple de Jérusalem ? Ne semble-t-il pas élever sa voix pour demander avec lui que les saintes ordonnances, otages, ou plutôt articles fidèles de laconfédération et de l'alliance du prince avec le peuple, et du ciel avec la terre , soient toujours religieusement observées qu'elles remplissent de leur son tout l'espace intérieur de cet auguste sanctuaire ; qu'elles occupent tous les soins de ceux qui ontl'bonneur de s'asseoir surles fleurs de lys; que tous les sacrifices en soient agréables, et toutes les supplications exaucées ; que les fondements de ce temple ne puissent jamais être ébranlés ; que toutes les foudres qui menacent les têtes criminelles en soient à jamais écartées , et que ses vœux soient comme autant de nuées fécondes élevées en l'air, qui retombent sur cette illustre assemblée en pluie de grâces et de bénédictions , afin qu'on lui puisse donner ces beaux éloges , ces épithètes avantageuses , dont un grand personnage s'est
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servi pour taire le portrait de la bonne conscience , et qui semWent comprendre , en peu de mots , l'abrégé de tout ce long discours : JBona conscieniia iitulus religionis , templum Salomonis, ager benedictionis , hortus deliciarum ^ amœnum reclinatorium , arca fœderis , thésaurus régis , aula Dei ^ liber signatus et clausus in JDeo.
Louange a Dieu.
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