‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 103 sur 105 · FIN DES LIVRES DE LA NATION POLONAISE · texte numérisé non relu

FIN DES LIVRES DE LA NATION POLONAISE

1 C'est le nom d'une grande solennité populaire célébrée jusqu'à nos jours dans plusieurs conlrées de la Lithuanie, de la Prusse et de la Kourlande, en commémoration des Aïeux. Cette solennité, dont l'origine remonte aux temps païens, était jadis appelée la fête du bélier; elle était alors présidée par un vaydelote, prêtre et poëte, et dont le nom (kozlarZi guslarz*} exprimait ce double caractère. Dans les temps présents, depuis que le clergé, d'accord avec les propriétaires, a cherché à déraciner un usage accompagné de pratiques superstitieuses et d'un luxe souvent blâmable, le peuple célèbre la fête des Aïeux mystérieusement dans les chapelles ou les maisons abandonnées, auprès des cimetières. On v dresse communément un festin composé de toutes sortes de mets, de boissons, de fruits, et Ton y convie les âmes des défunts. Il est à remarquer que l'usage de fêler ainsi les morts semble commun à tous les peuples idolâtres : la Grèce aux temps héroïques, la Scandinavie et jusqu'aujourd'hui les îles du Nouveau-Monde en offrent des exemples. Nos Aïeux cependant offrent cette particularité que les cérémonies païennes s'y trouvent singulièrement mélangées avec les rites du christianisme et se pratiquent en commun. Le hasard ayant placé le jour des Morts et la fête en question à peu de distança l'un de l'autre, le peuple croit que ces mets, ces boissons et ces chants apporteront un soulagement aux âmes du purgatoire. L'objet solennel de cette fête, la solitude des lieux, l'heure nocturne, ses rites fantastiques, parlaient jadis vive-

* La gusluy ou ie monochordc slavon, tire aussi son origine delà fête des Aïeux, tellement les idées de sacerdoce et de poésie étaient confondues dans la naïve imagination de nos pères, slaves ou lettons. Le même mot signifiait aussi enchantement ou sortilège.

i66 NOTES.

ment à mon imagination : j'écoutais les légendes, les fables et les chansons sur les défunts qui revenaient avec des prières ou des avertissements ; et dans toutes ces monstrueuses fictions je pouvais démêler une certaine tendance morale et certaines leçons données d'une manière populaire et palpable. Le drame des .lieux offrira des scènes dans le même esprit. Quant aux hymnes religieuses , aux sortilèges , aux invocations, elles sont pour la plupart fidèlement et parfois littéralement empruntées à la poésie traditionnelle, (f*)

Depuis que M. Miekiewicz a publié ces quelques détails sur les croyances des anciens Lilhuanes, une foule d'explorateurs, historiens, archéologues ou romanciers, se sont élancés sur les traces du poêle et nous ont révélé toute cette sombre théogonie sacerdotale avec les emprunts qu'elle a faits aux mvthologics slavonne, grecque et Scandinave. C'est à Dernalowlcz, Kraszewski et Narbult surtout que l'on doit les travaux les plus sérieux sur ce suiet. D'une part on y voit figuier Kruminé, ou Nia, déesse des moissons, sa fille Nïola, enlevée par le sombre Poklus, dieu des enfers, et la descente de Kruminé dans son royaume souterrain ; l'aventure de Kaicas, dieu de la guerre,* et de la gracieuse Milda, déesse de la beauté ; Kaunisy fruit de leurs amours, cet enfant ailé qui tyrannise les dieux et les hommes et qui donne son nom à la ville de Kowno, la Cythère ou Paphos lithuanienne, si souvent invoquée dans les chants de notre poète. D'une autre pirt on dislingue parmi les divinités de premier ordre Liethua, déesse de la liberté , qui a transmis son nom à la Mthuanie et qui avait pour attribut un chat; évidemment la Freya des Scandinaves ; les Murghiv ou les ombres des

Î;ucrriers morts pour la patrie, chevauchant sur les nuages, irisant ripaille et bombance dans les jardins bienheureux, situés à l'extrémité nord de la voie lactée , le Walhalla des Lithuanes. Il v a là un double rcllet de 1 Iliade et de i'b'dda. LeTrimurti indien n'a pas été ouMié. Pramjimas, le Destin, le fatum des anciens, le dieu immobile, inexorable, nui règne dans les profondeurs du ciel; Okkapirmas , le Temps ou Saturne, qui préside aux mouvements des corps célestes ; Wissagi&ias, l'Omniseiencc, celte loi providentielle qui veille sans cesse à la conservation de l'univers, tels sont les trois noms de l'Être suprême, de ce Dieu unique, Dewas, dout

• Le signe c'-j-) exprimera désormais pour noua les pôles qui «QUI dl la main de M. Hiçkiewicz,

NOTKS. 4SI

nos ancêtres paraissent avoir possédé In notion II plus distincte et la plus épurée parmi tous les peuples de l'antiquité. Ferkunas , le dieu lançant la foudre, Jupiter, et Sotivaros , le soleil, Apollon, le dieu des poètes, des médecins et des bergers, étaient des dieux d'un ordre inférieur et, de môme tjue les hommes, soumis aux arrêts du Destin. Lestradilions d'un déluge universel, d'une famille choisie par les dieux pour régénérer la race humaine, d'une arehe voguant sur les flots, de l'arc-en-e», messager du heau temps, symbole d'alliance entre la terre et les deux, se retrouvent aussi dans 1rs souvenirs desLilhuanes, avec des circonstances tout à fait analogues, et souvrnt avec les expressions mêmes de la Bible. Ce serait une étude du plus haut inléièt que celle de In filiation de ces dogmes, en rapport avec les autres religions de l'an* tiquilé : elle nous convaincrait encore davantage de cette vérité : que si toutes les mythologies se ressemblent, c'est qu'elles reposent toutes sur un fond vrai , sur une révélation divine antérieure a tous les temps connus, transmise à l'origine des peuples, et qui se serait altérée et corrompue à mesure que l'esclavage et l'ignorance étendaient leurs ténèbres sur la raison des hommes. Dans la tradition des Lilhuanes, aussi bien que dans toutes les autres, on pourrait retrouver des débris de cette révélation primitive, a travers toutes les fictions monstrueuses et les erreurs mythologiques, fruit de la domination sacerdotale. C'est ainsi que sous l'enveloppe grossière du fétichisme indien on découvre l idée d'un dieu unique, avec les triples attributs de Puissance, Amour et de Sagesse, sous lesquels il nous apparaît dans l'Évangile. C'est ainsi que les ombres géantes, qui se meuvent à travers l'infini d'Hésiode, en nous rappelant la rébellion et la chute desanges, ont quelquefois les proportions fantastiques du Satan de la Bible. Mais cette comparaison, qui jetterait un jour non*veau sur les origines lithuaniennes , encore si confuses et si problématiques, serait plutôt l'objet d'un ouvrage spécial, et nous nous contenterons d'indiquer les traditions qui peu* vent se rattacherai! texte de M. ftliçkiewicjs, et qui serviront à l'expliquer.

La notion de l'immortalité de l'àme était, comme celle de la Divinité, beaucoup plus précise chez les Lilhuanes que chez la plupart des idolâtres. Vers le mois d'octobre on célébrait la mémoire des Aïeux , c'est-à-dire des parents, des anus, des bienfaiteurs morts ou absents , et l'on servait des festins en leur honneur. C'était la fête de Viélona, dresse d*

l'immortalité, de la vie future, de la vie au delà du tombeau. L'emblème de cette divinité était un signe appelé Pemixlos, que l'on traçait sur tous les pains cl gâteaux qui lui étaient consacrés : c'était un cercle surmonté d'une croix ou plutôt d'une clef mythique et figurant à peu près l'empreinte que voici £. Chez tous les peuples le cercle fut l'image de 1 éternité : un cerceau fermé , un serpent se mordant la queue, signifie toujours dans les hiéroglyphes égyptiens l'éternité ou l'infini , et la croix fut pour toutes les nations et dans tous les temps l'emblème du salut, c'est-à-dire d'une meilleure espérance après la vie. Astarté, la plus ancienne des divinités connues, one without a tomb, comme l'appelle Manfkkd, est toujours représentée sur les bas-reliefs avec un sceptre surmonté d'une croix. Sur les pierres du temple de Sera pis, à Alexandrie, démoli par les soins de l'empereur Théodose, on a trouvé des signes identiquement semblables à celui dont nous avons parlé, et la statue de Sérapis de Canope, déterrée par Antoine Bosio, l'auteur de Borna subterranea, avait ce signe empreint sur ses vêtements, de même que le dieu mexicain, exhumé dans la province Akuzamilh, qui semble avoir la même signification. (Voyez Fr. Noël, à l'article Sérapis). A Rome , sur l'obélisque érigé devant l'église Saint-Jean-de-JLatran, à côté de la Scala-Santa, on distingue entre autres hiéroglyphes une ressemblance de croix ; on a vu le Tasse lui-même, expliquant au peuple romain ce signe mystérieux et s'appuyanl sur le témoignage de Nicephor : « Quietiam hieroglyphicarum litterarum luterprelendaruin periti, charaetereiii sub crucis forma vitam fuluram significare dixerunt. » (Lib.XII, c. 26.) — C'était le temps de la plus grande gloire du poêle chrétien, et le peuple accueillait ses paroles comme celles d'un prophète ou d'un dieu.

La clef mythique dans la main de chaque divinité signifiait le genre et l'étendue de son pouvoir ; sagesse aux mains de l'Hermès égyptien ; ordre des saisons et cours du Nil ou fécondité , aux mains d'Osiris ou de Jupiter-Ammon ; expiation et châtiment, aux mains de Typhon; éternité à celles de Sérapis. Le même attribut £ se nomme chez les Indiens Kuri c'est l'un des emblèmes de Wishnou, dont il signifie le culte. Souvent ce signe était profondément gravé sur les pierres tumulaires des Lithuanes : en Poméranie, en Luzace et, selon le témoignage de Wormius, jusqu'au Danemark, où les frontières slaves et celles des Normands se

touchaient , on trouve souvent de pareils tumnlus, rouverts d'inscriptions runiques et décorés de la clef mythique de Viélona. (Voyez Monumenta Danica.)

La fête des Aïeux était céléhréé par les Lithuanes et par les Russes dépendants de la Pologne. Le mot slavon Dziady, qui servait à la désigner, signifiait ancêtres, vieillards ou mendiants; tandis que le mot lithuanien, Chauîtyares, voulait dire fête des entrailles noires, à cause de la couleur des mets que Ton préparait pour les défunts. Ces mets étaient au nombre de douze : on les plaçait sur une table couverte d'une nappe grossière, les boissons étaient disposées dans des amphores autour de la salle du bauquet : on s'assemblait en silence.

Alors, dans l'absence d'un vaydelote, mage, ou prêtre lithuanien, le vourchaytis, le plus ancien de la famille ou de la commune, connaissant les formules sacrées du rit des Aïeux , faisait Pinvocalion en ces termes :

« Ames des trépassés, dont cette maison se souvient, aïeul et aïeule, père et mère, parents, cousins et amis je vous invite au banquet de tons les ans, désirant qu'il vous soit agréable. Tout ceci vous est destiné, mangez et buvez. »

Puis, après quelques instants de silence, lorsque l'invocation avait produit son effet , et lorsqu'un frisson involontaire avertissait les assistants de la présence des esprits, le mage ajoutait :

« Asseyez-vous ; et faites votre repas avec le consentement de la Divinité. »

A ces mots succédait un nouveau silence , durant lequel les morts aspiraient la vapeur qui montait au-dessus des plats fumants et mouillaient leurs lèvres dans les coupes pleines et les vases consacrés. Dans ces moments, le moindre bruit était considéré comme un présage funeste : l'aboiement d'u u chien , le tintement d'une cloche, le cri d'un oiseau suffisaient pour jeter le trouble dans le sein des convives; car on savait que les esprits désertaient aussitôt la salle et retournaient dans leurs tombes, pour ne plus reparaître que l'année suivante.

Le repas fini, le mage leur faisait en ces termes ses adieux, au nom de l'assemblée : « Partez, âmes des trépassés ; mais avant, donnez-nous votre bénédiction, et donnez la paix à celte demeure : allez où le destin vous attend , et souvenezvous de ne faire aucun dommage à notre jardin ni à nos

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champs, à tios maisons ni à nos pâturages, s'il vous arrivait de les traverser avant la fin de l'année. »

C'était donc une manière de conjurer les esprits, (comme disaient les anciens, ieprecari), au moyen des mets et des offrandes ; un contrat passé avec les morts au moyen duquel on s'affranchissait pour une année entière des tributs qu'ils ne manqueraient pas de prélever eux-mêmes sur les moissons et les troupeaux des vivants si l'on négligeait de se les rendre favorables. Malheur au propriétaire ou tenancier qui aurait exclu de sa ferme ou de son château la fête des Aïeux ! ses granges étaient brûlées par la foudre, «es récoltes écrasées par la grêle, ses bestiaux frappés d'épizootie. Tous les sinistres et tous les malheurs possibles venaient fondre sur les biens et la famille du délinquant : car la vengeance des esprits se mesurait à leur immoralité.

Après le repas des morts , le repas des vivants. Les hommes se retirent pour quelques minutes, et les femmes, de concert avec les vaydelotes enlèvent les plats, retournent la nappe et couvrent la table des mets les plus exquis, de gâteaux de froment, marqués d'un pemixlos, de vases de lait et d'hydromel. Alors commence un repas qui se prolonge jusqu'au lendemain. Les premières coupes sont épanchées sur la terre en guise de libations, et tous les convives, hommes et femmes, maîtres et serviteurs, doivent successivement porter la même coupe à leurs lèvres ; ce qui ra pelle la circumpotatio des Komains. Fuis, les mets consacrés sont déposés sur les tombeaux des morts, dans les temples et les cimetières, où les pauvres de la commune, qui portent aussi le nom de dziady, viennent les recueillir, et participent ainsi au régal des Aïeux.

* Souvent les poêles, au lieu de chercher dans le monde extérieur ou dans le domaine du merveilleux la source de leurs inspirations , dirigent sur eux-mêmes cette faculté intuitive qui les sert si bien lorsqu'ils veulent s'identifier aux passions d'autrui ; souvent ils entreprennent de retracer l'histoire de leur propre vie, qui n'est pour la plupart d'entre eux que l'histoire intime de leurs pensées et de leurs sentiments.

Alors naît le drame individuel et subjectif; ce drame éternel et le plus vrai de tous, qui se passe dans le cœur de l'homme, dont le poêle est en même temps le héros et le narrateur. Alors il compose ce livre de la vie , dans lequel il vient jour par jour, feuillet par feuillet , déposer le résultat

des impression* qu'il a reçues du monde extérieur, sous le rayonnement immédiat des circonstances qui les ont fait éclore ; ou tracer le tableau de ce monde plein de trouble et d'agitation qui se trouve au dedans de lui-même. Chaque poêle inspiré, chaque homme de génie a composé son drame intime, cette biographie du cœur, beaucoup plus attachante que les récils des passions et des faits extraordinaires : Chateaubriand, dans René; Dyron, dans Child-IIarold et Manfred; Goethe, dans Faust et Werther; Miçkiewicz, dans les Aïeux. Si ces ouvrages nous intéressent plus vivement que tous les autres, s'il nous est impossible de les < j m i ter une fois entrepris, c'est que nous y voyons l'homme lui-même, l'homme avec toutes ses hésitations e"t ses faiblesses, qui nous parle sans cothurne et sans masque tragique, mais qui nous montre à nu les palpitations d'un cœur déchiré par la souffrance ou tressaillant de joie : c'est que souvent nous y reconnaissons une image de nous-mème, mais idéalisée, agrandie dans la pensée du poêle, comme dans un miroir magique qui embellit

tout ce qui vient s'y refléter Ces poèmes sont l'œuvre de

toute une vie dont ils sont la première et la dernière pensée : composés à de grands intervalles, vingt fois interrompus et vingt fois repris, ils ont toujours, comme l'homme lui-même, quelque chose d'incohérent et d'incomplet : on y voit des lacunes qui ne seront jamais remplies, des irrégularités qui font

douter parfois du génie de leur ouvrier Telles seront aussi

les pages que nous mettons sous les yeux du lecteur. Le poëme des Aïeux s'ouvre par la seconde partie, par cette Veillée des morts qui donne son nom à tout l'ouvrage, et dans laquelle, le héros de la pièce, qu'il s'appelle Gustave, Konrad, ou Miçkiewiez, n'apparait que sur le second plan, et ne remplit qu'un personnage muet. La première partie, qui devait renfermer les premières années de l'auteur, ses impressions de collège, ses premières amours, dont le reflet s'étend, mélancolique, comme un parfum matinal, sur tous ses écrits à venir, n'a probablement jamais été composée: un chiffre seul iudique sa place dans les œuvres du poète polonais. Espérons qu'un jour il complétera l'ensemble de ce magnifique édifice , qu'il rétablira l'harmonie dans ces diverses parties, et qu'il ne le laissera pas inachevé, comme ces basiliques immortelles que leur architecte a dédaigné ou n'a pas eu le temps d'accomplir.

5 La jeunesse de IL Mickie wiez, comme celle de la plu*

m NOTES.

part des poêles, a été maladive et pleine de souffrances. Des maux physiques, engendrés par la faiblesse de sa constitution, préludaient à ces peines du cœur, qui bientôt devaient bouleverser toute son existence. Une fois le bruit de sa mort s'était tellement répandu et accrédité qu'un de ses voisins, paisible habitant deNovogrodek, l'ayant aperçu, pâle et défait, au milieu de la campagne, se mit à fuir à toutes jambes en faisant le signe de la croix, et courut annoncer à ses concitoyens, qu'il avait vu le spectre, le fantôme de M. Miçkiewicz. Cet incident, puéril en apparence, lui suggéra l'idée du prologue et peut-être de tout le poëme des Aïeux.

Un reflet de celte maladie qui faillit le conduire au tombeau se trouve aussi dans l'Introduction de Thadéc Soplitza, pour laquelle nous renvoyons le lecteur au second volume.

* « Il n'y a rien qui soit plus insupportable pour un malheureux, disait lord Byron , que la consolation banale renfermée dans ces mots : « Je vous l'avais bien dit » : remède pire que le mal. Le même sentiment se trouve reproduit à la page 194 des Aïeux.

* Voyez la conduite du comte Horeszko , grand panelier de la couronne, envers Jacques Soplitza, simple gentilhomme, dam le roman de Thadée , livre X.

6 Tout ceci est parfaitement d'accord avec la tradition lithuanienne. Les âmes des enfants morts en bas âge erraient dans la région supérieure des vents et n'étaient admises à la vie éternelle qu'après plusieurs incarnations successives et après avoir atteint le degré de maturité nécessaire h leur destinée finale. Ce dogme est celui de la perfectibilité des âmes ou de la métempsycose et suffirait seul pour démontrer l'origine indienne des Lilhuanes.

* Le dogme de la rémunération, nous l'avons dit plus haut, est implicitement renfermé dans les croyances lithuaniennes.

« De belles femmes, des habits magnifiques, bonne chère, sommeil paisible sur des couches moelleuses, santé parfaite, gaîté constante, rires et jeux, telles sont les délices qui attendent les bienheureux au delà du tombeau. Leur faculté de jouir s'élèveà la centième puissance pour éprouver toutes ces voluptés «

Puis ailleurs : « Les ombres des guerriers morts pour la patrie (lesMurghi) habitent la demeure des dieux, à l'exilé-

mité septentrionale de la voie lactée : elles partagent leurs feslios, boivent leur alus » (breuvage qui ressemblait beaucoup plus à l'aie des Anglais qu'à l'ambroisie des Hellènes); et par un trait qui achève ce tableau de béatitude et qui peint éncrgtquernent le caractère des Lilhuanes, « elles régneront sur les Allemands ! »

D'une autre part, voici le sort des réprouvés : « Les dieux leur reprendront tout ce qu'ils possèdent, ils les tortureront si bien avec l'effroi des châtiments que les maudits hurleront et gémiront en se tordant les mains au milieu d'affreux supplices »

8 « La poésie slavonne, a ditM.Miçkiewicz à l'ouverture de son cours, est pleine du chant des oiseaux et du bourdonneoement des insectes. » Tout est vivant, animé dans la nature : les fleurs parlent, les chênes rendent des oracles, la terre, les cieux e! les mers sont tout peuplés d'âmes et d'esprits invisibles. L'apologue est la forme de prédilection du conte populaire : les conteurs ne se gênent pas pour mettre les oiseaux dans l'intimité et même dans la famille des hommes : c'est ainsi que dans le poëme de Libussa une hirondelle est la sœur d'une dame de la cour : c'était la nature divinisée, le panthéisme lithuanien : « Oiseaux, mes frères, hiroudelles, mes sœurs, » disait aussi saint François de Sales

0 Superstition locale. Quand vient le beau temps, l'arcen-ciel descend sur les marais et sur les plaines inondés pour faire remonter les eaux vers leur source aérienne, les nuages. Sa force d'aspiration est telle qu'il entraîne des lacs tout entiers avec leurs poissons. « N'approchez pas de Varcen-ciel , dit le proverbe, car il vous saisirait et vous entraînerait dans le ciel. »

10 Ce Joseph n'est il point Yardent réprouvé de la ballade Je l'aime ? Voyez le deuxième volume.

11 C'est une pensée de saint Augustin, qui revient comme un pieux adage à différents endroits du poëme.

151 Depuis un demi-siècle, la Pologne offre d'une part le tableau de la persécution la plus inexorable; de l'autre, celui d'un dévouement sans bornes, d'une opiniâtre persévérance dont on ne trouve des exemples que dans les temps primitifs du christianisme. 11 semblerait que les rois ont comme Hérode le pressentiment d'une révélation nouvelle et

tic leur chute imminente : on dirait que le peuple croit toujours avec plus de force en sa prochaine résurrëfctfob.

Le martirtologe polonais renferme plusieurs générations et d'innombrables victimes ; des scènes sanglantes se passent lur lotis lès points de notre pays et des terres étrangère^. Le poème que nous publions aujourd'hui retiferthe qliclnttea scènes partielles de ce grand drame , quelques traits dè la persécution d'enfants soulevée par l'empereur Alexandre.

Vers 1 82 2 ^ la politique du tzar, ennemie ué lotité liberté , prit une direction pius constante, et jeta le rriasque fdttgarit de libéralisme qu'elle s'était imposé. C'est alors que l'on sus* cita contre toute la race polonaise une persécution universelle, qui devenait de plus en plus violente et sanguinaire ; c'est alors que l'on vit paraître sur la scène le sénateur Novosillzoff, trop célèbre daus les fastes de la Lilhuanie. Celle haine instinctive et féroce du gouvernement moscovite contre . les Polonais, il se chargea de l'établir en principe, Je la faire envisager comme prudente et salutaire; il la prit pour base de ses opérations ; et pour but , il se proposa la destruction finale de la nationalité polonaise. Alors toute l'étendue de pays eulre la Prosna et le Dniéper, entre la Baltique et la liaiicie, fut organisée et murée a l'instar d'une immense prison ; toute l'administration fut montée comme un appareil de torture destiné à la Pologne, dont la roue était attelée lie deux monstres, du tzaréwitscb Constantin et de NovOsiitzOfT. Le systématique Novosiltzoff en fit d'abord l'essai sur let enfants et la jeunesse des écoles, afin de détruire dans son germe l'espérance des générations futures. Il établit le quartier-général de son inquisition à Vilno, capitale scientifique des provinces russo-lithuaniennes. Il y avait alors cotre la jeunesse de l'université diverses associations littéraires, ayant pour but le maintien de la langue et de la nationalité polonaises , que le traité de Vienne et les privilèges impériaux avaient garanties à la Lilhuanie. Ces associations, craignant les soupçons que le gouvernement russe concevait sur leur existence, avisèrent à se dissoudre avant qu'un oukase eût pu les frapper. MaisNovosiltzofï', quoiqu'il fût arrivé à Vilna une année après leur dissolution, fit accroire au tzar qu'il les avait trouvées en pleine activité; représenta leurs studieuses préoccupations comme une révolte permanente contre le gouvernement, fit incarcérer quelques centaines de jeunes gens, improvisa sous sa direction immédiate des cours militaires pour juger les délits des étudiants. JMns là

procédure moscovite, les coupables sont privés de tous les moyens de défense, car souvent ils ignorent de quoi ils sont lecusés , leurs aveux sont dénaturés , tronqués, exagérés dans le rapport de la commission , selon le bon plaisir de ses membres. NdvOsilt2ôff, délégué par le tzaréwilsch Constantin avec des pouvons illimités, était à la fois accusateur, jugé et bourreau. 11 cassa plusieurs écoles en Lilhuanie, avec la prescription aggravanle de considérer tous les jeunes gens qui les avaient fréquentées corhme frappés de mort civilôj dé ne lés admettre à aucunes fonctions , aucun emploi civil . et de les exclure de tous les établissements publics et particuliers où ils pourraient terminer leurs études. Un ièl oukase, empêchant les jeunes gens de s'instruire, est sâns exemple dans l'histoire et n'a pu être fabriqué que par un tzar moscovite. Après la suppression des écoles, les élèves furent condamnés par ccnl aines aux mines dé Sibérie , à la brouette, à l'incorporation dans les régiments asiatiques. Dans le nombre, il y avait des enfants appartenant aux meilleures familles lithuaniennes (V. p. 26i, . Vingt et quelqués étudiants et professeurs turent déportés en exil perpétuel au fond de la Russie, atteints et convaincus de nationalité polonaise. Parmi tant de proscrits , un seul parvint à se soustraire à sa condamnation

Tous les auteurs qui ont parlé de ces temps de persécution et de martyre s'accordent sur ce point, que dans l'affaire des étudiants de Vilna it y avait quelque chose de mystique et de prodigieux. Le caractère profond , affable , mais inflexible de Thomas Za* , coryphée de la jeunesse ; la pieuse résignation , l'amour fraternel de ses compagnons de captivité , le châtiment de Dieu, qui poursuivait évidemment les bourreaux , ont laissé une profonde impression sur l'esprit (le tous ceux qui ont pris part à ces événements et qui en furent les témoins , et semblent nous transporter dans les temps des miracles et de la foi primitive.

Ceux oui sont bien au fait des événements précités rendront à rameur lé témoignage que les scènes historiques ét les caractères des personnages agissants sont consciencieusement retracés, sans exagération et sans addition aucune. Et, en effet, que lui servirait dé feindre ou d'exâéérfcr ? $erâit-ee pour exciter dans le cœur de ses compatriotes la haine des oppresseurs, ou pour inspirer à l'Europe de la pitié ? Que sont toutes les calamités aucienues eu comparaison de <% qui se passe aujourd'hui en Pologne, sans que lés peuples de l'Europe en ressentent ni pitié ni terreur pour eux-mêmes !

I/auteura voulu seulement conserver à son pays un souvenir fidèle de l'histoire lithuanienne durant ces quelques années. Il n'avait pas besoin d'exciter parmi ses compatriotes la haine des barbares étrangers , qu'ils connaissent trop bien depuis des siècles pour ne pas les délester. Et les pitoyables nations de l'Europe, qui ont pleuré sur le sort de la Pologne comme les femmes et les enfants de Jérusalem sur le tombeau du Sauveur, n'entendront de notre part que les paroles mêmes du Sauveur : « Filles de Sion , ce n'est pas sur mot, mais sur vous-mêmes que vous devez pleurer. » (f)

,s Ce chronogramme rappelle l'épitaphc que lord Byron a fait à sa trente-troisième année, dans la nuit du 22 janvier 1821. « C'est ici que naquit Konrad » écrivait l'auteur de Wallenrod dans un cachot , attendant sa déportation en Russie : ne roulait-il pas dès lors dans sa pensée le plan de ce poëme, qui précéda l'insurrection polonaise de même que l'éclair du glaive annonce la blessure et le sang ? Le vingtneuf novembre 1830 a vengé le premier novembre 1823. Dans cette inscription est renfermée toute la pensée de la IIIe partie des Aïeux,

11 Jegota est le prénom héraldique d'Ignace Domeyko, camarade et compagnon d'exil de notre poète. Dès 1822, magister en droit à l'université de Vilna, il s'établit l'année suivante à la campagne et devint, comme il le dit lui-même, « le meilleur agronome de la Lilhuanie. » C'est au milieu de ses soins agricoles, dans le palatinat de Novogrodck, que l'arrêt de proscription est venu) le frapper; transféré à Vilna, bientôt après il partagea l'exil de noire poète, aux côtés duquel il fit le voyage de Crimée. Emigré depuis la guerre de Pologne, il fréquenta l'école des mines à Paris : aujourd'hui, à Coquimbo dans le Chili, il vient d'établir un laboratoire de produits chimiques.

L'abbé Ltcowicz appartenait à cet ordre illustre, fondé parKonarski,à qui l'on doit la régénération de la langue et des lettres en Pologne, que les jésuites n'avaient rien négligé pour altérer et corrompre. Il était pïarisle, d'une stature de géant, de mœurs douces et affables. Il parlait peu, mais son âme était pleine d'enthousiasme et capable de s'élever aux plus héroïques dévouements.

16 Freiend était Volhynien : poëte agréable, joyeux compagnon, c'était, pour nous servir d'une expression vulgaire, le

boute-en-train de l'université. On raconte de lui mille traits plaisants : son caractère du reste a été fort bien retracé par M. Miçkiewicz. Il est resté de lui plusieurs triolets.

17 Sobolewski (Jean) , de Bialystok, était un des meilleurs élèves de PInstilut pédagogique, et promettait un excellent

I>rofesseur de mathématiques transcendantes. Incorporé dans e corps du génie russe, il est mort vers 1827.

'• Les feld-jaeger, ou les chasseurs du tzar, sont des espèces de gendarmes. Ils ne chassent communément que les personnes suspectes de patriotisme. Ils sont montés sur des kibitka, c'est-à-dire sur des chariots en bois, sans ressorts et sans la moindre ferraille, creusés en forme de cylindre et plus hauts devant que derrière. Byron fait mention de ce véhicule dans le Von Juan en ces termes :

« A cursed sort of carnage without springs,

Which on rough rouds leaves scarcely a whole bone. »

Onomatopée très-expressive et très-exacte définition. Le feld-jaeger a coutume de se manifester la nuit ; il fait main basse sur la personne désignée sans jamais lui révéler le but de son voyage. Le kibitka est muni d'une clochette de poste. Tout autre qu'un Lilhuane aurait peine à se figurer la terreur qui règne dans toute maison devant laquelle retentit la clochette du feld-jaeger. (f)

18 Thomas Zan était , nous l'avons dit , l'âme, le chef des sociétés secrètes qui ont conservé dans le sein de la jeunesse lithuanienne le feu sacré du patriotisme. Il avait une taille élevée et pleine de dignité', les traits du visage fortement accentués et légèrement marqués de petite vérole, le teint pâle, les yeux pleins d'une mélancolique expression et d'énergie. Sa ligure ressemblait par moments à celle du Sauveur, dans le portrait que Publius Lentulus, gouverneur de Judée, envoya au sénat romain.

Sa voix était pleine d'entraînement et de chaleur et lui avait fait donner par ses camarades le surnom d'Apollon. La force de caractère et la mélodie, telles étaient les deux qualités que le ciel lui avait départies et par lesquelles il exerçait sur tout ce qui l'environnait une irrésistible puissance de fascination.

Les élèves de l'école supérieure de Vilna devaient, on le sait, ôter le chapeau devant tous les officiers russes, les fonctionnaires publics, les espions déclarés et même les

m NOTES.

maisons de leurs surveillants. En échange de leur salut) ils ne recevaient souvent qu'un regard de mépris ou môme un coup de coude. Une pareille insolence de la part d'un y prince russe Obolenskoï, capitaine des gardes impériales, fut châtiée d'un soufflet. L'étudiant donna son adresse et déclara se nommer Dawidowski. La police fut mise à la poursuite du coupable, mais à l'adresse indiquée, on ne trouva que Dawidowski le savetier, qui fut tout étonné de recevoir l'illustre visite dont il était l'objet. Le. bruit se répandit que le

Knce russe avait reçu un coup de savate sur la joue ; mais Heur du soufflet anonyme voulut réclamer la paternité de son œuvre et proposer un duel à l'officier des gardes. Ce fut Za x qui l'en détourna : il savait qu'au lieu de duel c'étaient les fers qui l'attendaient, vingt-cinq ans de boulet dans les casemates ou de service dans les régimens russes. Des perquisitions furent faites : l'officier des gardes eut le front de chercher parmi les académiciens assemblés celui qui l'avait couvert d'infamie; mais quoique tous connussent le nom du coupable, ce nom ne fut point révélé. Ce nom, on peut le dire aujourd'hui, puisqu'il est celui d'un brave et d'un insurgé, c'est celui oe notre ami Jegota.

Ce fut la première occasion de rupture entre les étudiants de Vilna et les autorités russes , qui désormais ont nourri des pensées de vengeance contre tout le corps de l'Université. Bientôt les persécutions commencèrent, des listes furent trouvées chez Jankowski , étudiant de Swisloez, qui faiblit devant les bourreaux; d'bonnèle étudiant qu'il était, devint délateur et couvrit son nom d'un opprobre éternel. Les prisons, les couvents et les édifices publics de la ville se remplirent de pauvres enfants dont tout le crime était d'avoir chanté quelques hymnes patriotiques. (1er novembre 1823.) NovosiltzolF accourut de Varsovie, et l'instruction commença. Zan, au retour d'un voyage, courut se jeter de lui-même dans le cachot; il déclara «que lui seul était] le promoteur et le chef des associations; que les étudiants, ses complices, n'avaient fait qu'obéir à ses conseils et céder à son influence; que la plupart n'avaient signé qu'à contre cœur l'acte d'association rédigé par lui ; qu'il réclamait enfin pour lui seul le châtiment que lui seul avait mérité. » On lui demanda celle déclaration par écrit, et il n'hésita pas à y apposer sa signature. Un pareil héroïsme étonna jusqu'à ses bourreaux. Novosiltzofî essaya de le séduire par des offres brillantes; niais Thomas Zan ne demanda que la prompte exécution

N'OTES. 479

dfl son arrêt. On ne se contenta pas d'une seule victime : douze philomates et neuf philarêtes furent exilés en Sibérie; il y eut quatre professeurs destitués; et cela, selon la teneur de l'oukase du 14 septembre 1824, « pour avoir voulu propager l'insensée nationalité polonaise. » Parmi les professeurs était notre historien J. Lelcvel, parmi les philomales, notre poêle Adam Miçkiewicz. Zan fut conduit dans les fers à Orenbourg, sur les conBns de la Russie asiatique mais il avait par son noble dévouement sauvé tous ces jeunes gens

3ui rentrèrent au sein de leurs familles, désormais frappées 'interdiction. 11 avait fait comme le Sauveur, dont ses traits portaient la divine ressemblance. Et toutes ces atrocités se commettaient sous le règne de l'empereur Alexandre, de ce dandy mélancolique qui taisait du sentimentalisme allemand me M™ Krudener, ou du libéralisme français avec Talleyrand ! J'aime mieux Nicolas : celui-là au moins n'est pas un hypocrite ; c'est l'homme du discours adressé h la municipalité de Varsovie, il est naïvement et franchement barbare.

Zan aussi était poëte : il écrivait des vers faciles et gracieux; il faisait des chansons; comme nous, il composait des articles ; mais ce n'est pas là qu'il faut aller le chercher : car la poésie que bien d'autres mettraient dans leurs écrits, il l'a mise, lui, dans ses actions. Bien des fois il a chanté sous les verrous, et les prisonniers répétaient en chœur l'bymue commençant par ces mots : « Chante pauvre oiseau avant que la nuit vienne, etc. »> II a laissé plusieurs ballades parmi lesquelles on distingue le Sorcier Twardowski. Un article dans le Brukowieçy le Charivari de\ ilu;i , intitulé : Ma vie et ma mort, lui a valu des éloges et des persécutions. Voici quelques strophes composées dans les derniers moments de sa captivité, dépouillées, il est vrai, de tout le prestige de l'expression et du rhythme :

« Qu* nous sert l'éloquence! Aujourd'hui ce n'est plus la grandeur. Lorsque la patrie nous appelle, taisons-nous, frères, taisons-nous ! — Voici les juristes, nos amis; tendezleur aussi la coupe. Demain nous apprendrons le droit , aujourd'hui c'est leur droite qu'il nous faut.

« Servez-vous du compas , de la balance, du mètre , pour les corps inanimés; mesurez vos forces à vos desseins, et non pas vos desseins a vos forces ; — car là où les cœurs brûlent, le courage est le compas de l'enthousiasme , le bien public eu est l'échelle, et deux sont moindres que l'Unité.

« Jadis Àrchimède, lorsqu'il mesurait les routes de Punivers, l'étendue de la terre et des cieux, était pauvre luimême et n'avait où reposer ses pieds. — Aujourd'hui que celui qui veut comme Newton ébranler le monde sur sa base, nous compte , amis et frères , et qu'il dise si nous sommes assez nombreux!! »

Depuis longtemps, selon la teneur même de son arrêt, Zan aurait dù être rendu à sa famille, à sa patrie ; cependant, patun acte d'illégalité barbare, on le retient jusqu'aujourd'hui captif dans la capitale de la Russie.

Voici par quel trait Joseph Slraszewicz termine la biogra-

£ie de notre héros. (V. Les Polonais et les Polonaises de révolution du 2dnov.) «Quoique absent dans la dernière lutte, Zan fut un des héros du beau mouvement de 1830, dont il avait dix ans à l'avance préparé les éléments. Plus d'une fois son souvenir fut invoqué au milieu de celte grande crise ; et comme en France, où le rôle d'appel garda si longtemps le nom du premier grenadier, Latour- d'Auvergne, même après sa mort, dans l'insurrection lithuanienne, quand l'on demandait quel était le premier soldat, le premier patriote de la contrée, toutes les voix répondaient : « Zan ! »

ï0 Novosiltzoff était louche : ses traits portaient l'empreinte de l'ivrognerie et de la débauche. Voici le portrait que Mochnaçki en fait dans son Histoire de l'insurrection polonaise. « Buveur par tempérament , athée et matérialiste par conviction , voleur comme tous les proconsuls moscovites , au fond du cœur le plus immoral des hommes, il était cependant un des plus fermes piliers de la propagande religieuse. On disait, et non pas sans fondement, que Novosiltzoff, outre son caractère politique, avait encore une autre mission de la part de celte caste moscovite qui s'est promis à elle-même l'entière extirpation du nom polonais. S'il en était ainsi (et il est difficile de croire l'opposé) il faut lui rendre celte justice qu'il s'acquittait de son mandat avec l'acharnement et la perspicacité d'un vrai Moscovite. Il pressentait la révolution, car il avait compris la nature de la Pologne telle que l'avait faite le congrès de Vienne, etc. »

Novosillzofîest mort en 1828, et son épitaphe a été faite par un patriote octogénaire, le digne Niemcewicz.

« Lorsque le type de tous les ivrognes , le laid Novosiltzoff, se présenta sur les bords du Styx, Caron le repoussa avec sa rame et lui dit : « Tu ne passeras pas, à moins que lu ne trouves un monstre de l'enfer plus laid que toi-même, »

81 Félix Kolakowski de Hoiyr était, malgré.'son tempérament maladif, plein d'esprit ei de gaieté. Ses chansons faisaient la joie de ses camarades, sa plaisanterie incisive faisait rire toujours , n'attristait jamais. Il savait contrefaire en perfection la voix des professeurs, entre autres celle du recteur Malewski : et une fois la séance levée, c'était lui qui prenait la parole. Il fut envoyé avec Wiernikowski àKhazan, où il put se perfectionner dans les langues orientales. En 1827, il fut rappelé à Saint-Pétersbourg, où il mourut deux années après.

" Voilà le quatrain que Miçkicwicz a composé sur Suzin et qui peint suffisamment son caractère :

« Il y en eut de braves, il y en eut de timides ; mais se taire en prison et se plaire en prison, Suzin seul put y réussir. »

** Le diable , d'après les traditions populaires , se lient communément dans la boue. Pélican, recteur de l'Université après Malewski, était originaire des marais de Pinsk.

M Les prisonniers que Ton fait sortir au grand air après une longue détention éprouvent une sorte d'oppression qui ressemble à l'enivrement. (f)

** Un propriétaire qui vient s'établir dans une nouvelle maison célèbre en Lithuanie une solennité appelée Inkrutowiny. Tous les actes de la vie domestique sont de même accompagnés de certains rites religieux. (f )

*6 Ces vingt kibilka transportaient en Sibérie les enfants des collèges de Keydany et de Kroze. La place dont il est question est située entre l'église de Sainl-Kasimir et l'Hôtel* de-ville, où viennent aboutir les trois rues principales : de la porte Oslra, du château et de l'Allemagne.

*7 On serait bien étonné en France si on était forcé de recourir aux fers de vingt livres et aux menottes pour appeler

sous les drapeaux les futurs défenseurs de la patrie En

Russie on enlève le.; recrues la nuit, on les garrotte, on les bâillonne, et le lendemain on leur rase la tète ; peu s'en faut qu'on ne leur applique un chifTre à l'épaule!...

M Joseph Kowalewski était de l'Institut pédagogique et se faisait remarquer par son aptitude au travail. Sur les instances du mit/a desTatars, envoyé d'abord à Khazan, il fut autorisé à faire un voyage chez les'Mogols et les Ma rui jours, afin de rédiger l'histoire des différentes tribus tartares. Au-

4*2 NOTRS.

jourd'hui i! se trouve à Pékin, en Chine, comme interprèle, et jouit d'un revenu considérable.

89 Son nom , par respect pour les martyrs de Vilna , restera un mystère.

50 Que Jaukowski ne s'est jamais vendu , nous en avons la preuve dans sa captivité et dans sa déportation communes avec les autres pbilarètes. Jusqu'aujourd'hui il est détenu à Voronèje, au fond de la Russie. Mais les esprits forts ont souvent le cœur faible

u Antoine Goreçki, un des vétérans de la grande armée, colonel durant la dernière insurrection de 1830 et le meilleur fabuliste contemporain. Bientôt on pourra nous en croire autrement que sur parole. ■

38 Cette chanson est réellement une improvisation de Jankowski. »

55 Voici une théorie complète du vampirisme , d'après les superstitions accréditées chez toutes les races slavonnes. On reconnaissait de son vivant, à certains signes funestes, celui qui devait un jour ressusciter sous forme de vampire. Aussitôt après sa mort on lui coupait la tète, on clouait ses pieds et ses mains aux planches du cercueil, et l'on traversait sa poitrine d'un épieu de tremble, cet arbre étant celui sur lequel Judas se pendit après sa trahison. Si l'on négligeait de prendre ces précautions, le vampire se levait de sa tombe et hantait les vivants jusqu'à ce que tous ses amis et parents fussent devenus vampires comme lui.

** Praga est la tête de pont de Varsovie du côté de la Lithuanie. Le massacre dont il est question eut lieu le 4 novembre 1794. « Frappez, » a dit Catherine, et vingt mille habitants ont été égorgés par le féroce SouwarofT.

58 II y a dans la prosodie polonaise de ces vers un chant religieux qui nous reporte aux premières années de notre enfance et qui, indépendamment du sens relevé des paroles, prête ses ailes à notre âme et lui donne une révélation du ciel. Ces hymnes d'amour, qui succèdent au cri de l'aigle, aux funèbres clameurs du réprouvé, au rire inextinguible des enfers , lont venir des larmes aux yeux et dans la voix de tout lecteur polonais. Quel traducteur oserait se flatter de pouvoir reproduire, soit en vers, soit en prose, l'entraînante harmonie de ce cantilène slave et qu'une oreille slave

.NOTES. m

peut seule apprécier ? C'est ici le cas de répéter le proverbe :

« Chi m' ha tradotlo m' ha tradito. »

58 Les traditions orientales affirment que le tiers des étoiles célestes quitta ce jour-là ses orbites. Depuis la cbnte de Lucifer, les cteux sont devenus Hen moins brillants, attestant ainsi, comme tout l'atteste dans la nature, la déchéance originelle. Ce sont les âmes des élus qui , portées par l'A* mour, rendent peu à peu aux célestes routes l'éclat qu'elles ont perdu, et lorsqu'elles auront repris leui ancienne splendeur, les temps seront accomplis.

■ 7 II v a 1k dans le capucin Pierre et dans le bernardin Robak de Thadée SopUtza deux caractères de prêtres polonais, deux types sublimes que nulle poésie au monde n'aurait pu enfanter si le dévouement du clergé polonais, avant ét après la révoluliou , n'avait ajouté des noms nouveaux

à la liste déjà si longue de nos martyrs Qu'il nous soit

permis de citer ici le nom de Gulkowski, é\ èque de Podlaquie, oui a combattu sous les drapeaux de la foi avec la môme ferveur avec laquelle, il avait jadis suivi les aigles polonaises •ur les bords de l'Ebre et du Tage. Le poison moscovite, vient tout récemment , dit-on, d'accomplir une aussi belle carrière , et la Pologne, faute d'appui sur la terre, pourra donc invoquer un saint de plus dans lescicux.

5a La porte de fer est le Kremlin , les cavernes sont les mines de Sibérie, la mer est Saint-Pétersbourg.

M « Ici la critique serait facile, trop facile môme, dit Georges « Sand : on pourrait dire que les révélations inintelligibles « du dieu de Konrad rappellent un peu les énigmes sans mot

* des antinues oracles, et que c'est un assez pauvre secours « accordé à la foi et à la prière que cette vision, où, dans un « chiffre mystique, la patrie du poëte se voit délivrée par une « réunion de quarante grandes villes, ou par un personnage h dont le nom se compose de quarante-quatre lettres, ou par « une armée composée de quarante-quatre phalanges, etc. h Les Polonais se perdent en commentaires sur cette pré-

* diction. Nous n'en grossirons pas le nombre etc. Un

« seul mot d'ailleurs doit imposer silence à toute censure pé- « dantesque : la Pologne est catholique , et Mickiewicz est *» son poëte mystique. » (Bévue dei D. il/., t. 1 1 , p. 628.)

40 La dévote Marie-Thérèse d'Autriche.

41 Le libéral Frédéric II de Prusse.

4a On voit que Miçkiewicz, dans le sublime parallèle qu'il a fait des martyrs de la Pologne et de la passion du Sauveur, a suivi en tous points la tradition. La robe blanche qui s'envole des pieds du Christ au moment de son ascension, et qui enveloppe le monde entier, n'est-ce point , d'après la symbolique adoptée par le poëte chrétien, la parole de vie et de liberté que l'émigration polonaise, après le désastre de la patrie, est allée porter au monde enlier, depuis les rives de la Seine, jusqu'aux peuplades sauvages de l'Ohio et du Meshacebé?

45 Novosiltzoff, pour donner le change à la société qui l'entourait sur son goût pour les liqueurs fortes, se faisait servir h toute heure de la journée du rhum blanc avec du sucre.

44 Le terme moscovite ezyn ou Ichin, ne peut être suffisamment rendu par celui de grade ou de fonction, et n'est intelligible que pour les Russes de naissance. En Russie, pour s'élever au-dessus du paysan ou du marchand, c'està-dire pour se libérer du knout, il faut entrer au service du gouvernement et s'embrigader dans la vaste famille des czynowniki. Cette famille se subdivise en quatorze variétés : il faut plusieurs années de service pour être promu à la classe supérieure. Les individus doivent subir des examens et s'astreindre a des formalités pareilles à celles qui sont eu vigueur dans la hiérarchie des mandarins chinois : à preuve que cette dénomination a été apportée en Russie par les Mogols. Le tzar Pierre devina le premier la signification technique de ce mot, et développa toute l'institution dansuu sens tout à fait chinois. Le czynownik n'est plus un paysan, et n'est pas encore un fonctionnaire, mais un magistrat en expectative et qui postule un emploi quelconque. Chaque classe ou chaque tchin correspond a un grade de l'armée: la douzième classe est celle du sous-lieutenant, ou de l'étudiant à l'université : la dixième, celle du capitaine, ou de la dame d'honneur à la cour impériale : la neuvième, celle du major, ou du magister ès lettres : la huitième, celle du colonel ou du docteur en philosophie ; les classes supérieures comprennent \e< sowictniki, conseillers réels ou titulaires ; Varchirey, ou,l'évèque, a le grade de général. Entre les classes inférieures et supérieures, les rapports d'obéissance et de subordination sont à peu pi ès les mêmes qu'entre les différents grades de l'armée. Dans une même classe, on peut passer d'une fonction à une autre après un an de préparation. (f )

iNOTES. 485

« Le principe mogol qui règne actuellement en Russie, disait naguère M. Miçkiewicz, est celui de lanlnropolàtrie. Lorsque deux Mogols se rencontrent , de quelque tchin qu'ils soient, l'un devient aussitôt le dieu de Paulre. » Celle adoration réciproque esl exprimée par la formule czyn czyna poczytaiet. Un Russe demandait à son voisin : « Lorsque le bon Dieu sera mort qui donc remplira son emploi de dieu ? — Imbécile, repartit l'autre, notre impératrice Catherine la Grande (et il fit un grand signe de croix) ne manquera pas de donner son tchiu vacant à saint Nicolas. » Celle anecdote peint suffisamment la culture morale et religieuse du peuple moscovite.

43 « La plaisanterie de Miçkiewicz est pleine de fiel et de verve. Il a fait aux courtisans des plaies plus profondes avec son vers incisif et mordant qu'ils n'en ont fait à leurs victimes avec le knout. » (Georges Sand.)

m M. Miçkiewicz juge un peu sévèrement la société de Varsovie , que , d'après son propre aveu , il connaissait à peine ; malgré ce défaut , ou plutôt à cause de lui , le drame des Aïeux devient toujours plus attachant, car il signale dans leur vivacité les grandes et petites passions de l'époque. Il fait tour à tour passer devant nos yeux les coryphées de la littérature classique, dont Varsovie était la métropole : c'est Osinki , professeur à l'Université, qui défendait l école française, par le précepte et l'exemple; c'est Kozmian, conseiller d'État et auteur des Géorgiques polonaises; c'est enfin François de Sales Dmochowski , sur qui tombent à brûle -pourpoint les sarcasmes de Miçkiewicz. Ils les ont d'ailleurs bien justifiés en se soumettant tous trois à la magnanimité du tzar, tandis que le philarèle exile faisait entendre un chant de gloire et de liberté; l'école romantique, représentée, dans l'émigration polonaise, parZaleski, Miçkiewicz , Goszczynski, radieuse trinité, a gagné sa causa aux yeux de la patrie, après l'avoir victorieusement plaidée devant l'opinion. La Divine Comédie elle-même perdrait pour nous une grande partie de son intérêt historique si, au lieu de placer ses amis au ciel et ses persécuteurs en enfer, le proscrit s'était contenté, comme Milton, de peindre des passions et des luttes surnaturelles, ou s'il était tombé dans la lourdeur allégorique de la Jienriade. D'ailleurs les beaux caractères de Cichowski, des jeunes conjurés du Belvédère, suffisent bien pour racheter tout ce qu'il y a d'odieux,

il,

m .NOTES.

géant dans la peinture de cette prostitution officielle dont les fonctionnaires du tzar moscovite voulaient infester la Pologne.

" Zenon Aiémoietbski , étudiant en droit, Un ti(*s héros de Itt nuit du 2î) novembre (1830), attaqua, lui dix-septième, lè château du grand-duc Constantin et le chassa de Varsovie.

4fe Tes kammer-juukiers sont les valets de chambre en herbe des tzars de Russie.

** Adolphe Cichovski fut mis M) cachot eh i«22, et il n'en fut retiré qu'au mois de mars 1826. Il avait fait partie du premier comilé patriotique fondé quelques années auparavant par l'infortuné Lukasinski. C'est au silence de ces deux martyrs que Ton doii le salut des autres eoujurés et la conservation du foyer révolutionnaire qui, de loin en loin, préparait la nuit du 29 novembie. Aujourd'hui Ctchow&ki se trouve sur le sol de l'exil entouré de la considération de tous *cs compatriotes.

*° Ceux qui connaissent le beau caractère et les inépuisables dévouemensdeM*" Claudine Potocka, un des anges bienfaiteurs de la Pologne cl que le ciel lui avait envoyés à son déclin pour lui rendre l'exil ou la captivité moins pénible, n'auront aucun doute sur son identité avec la jeune dame de Miçkiéwiez. Elle vivait eucoie à l'époque où le poète écrivait ses /lieux ; il n'a pas cru nécessaire de citer son nom t gravé dans tous les cœurs polonais.

M Au dernier trait surtout il est impossible de ne pas reconnallre François de Sales Dmochow ski, journaliste, industriel, chef de commandite, romancier, libiaire, fabricant d'almanaehs , fleuriste et même poêle passable. Son père, écrivain distingué , a traduit Y Iliade en vers polonais ; et c'est, à mon avis, la meilleure traduction qui existe daus toutes les langues.

83 M. Zabokliçki , maître des cérémonies depuis le règne de Stanislas-Auguste : ennemi naturel de toute révolution.

tfi l'ont cet épisode est vrai jusque dans ses moindres détails. Voyez l'histoire de l'illustre Alochuaçki.

94 C'est le célèbre auteur des Chants historiques, le proscrit octogénaire qui a survécu à toutes les révolutions pour chanter mélodieusement sur leurs ruines: qui a vu ta

Pologne déchoir du rang des nations* el qui la verra peutèlre bientôt se relever plus grande et plus forte que jamais *.

35 Quelques commentateurs ont prétendu voir dans ce

Cige, et nous ne sommes pas de leur avis, une allusion à ziuski, patriote distingué, chéri de la jeunesse polonaise, qui naguère occupait avec tant d'éclat la première chaire de littérature générale en Pologne. Son Wïeslaw et ses chants populaires respirent tout le parfum piïnlanier dés thbntngdes de Krakovie et du tertre virginal de Vand.l. Sa dissertation sur ia nationalité polonaiêe vivra aussi longtemps que la Pologne elle-même, cl son Message de la terre d'oppression a la terre d'exil H\ pedl-êtrê l'égal du Livré des Pèlerins pour le charme de l'expression et la mélancolie des pensées. Ce gracieux poêle, le Millevoye de la Pologne, est mort récemment d une maladie de poitrine dont les peines morales sont venues hâter les progrès. Broddinski a fait plusieurs campagnes de l'empire avec son frère, tué à ses côtés et à qui l'on doit aussi une traduction excellente de la Pucellé de Srhilier. En Pologne, tous les hoiis (îoëb'S sont en même temps hommes de ctieur el bons (>ati tôles. Le honteux divorce entre la pensée et l'action ne s'est pas encore accompli. Les dix-sept assaillants du Belvédère, presque tous étaient poètes.

M Piètre frysocki fut le chef de l'école des porte-enseigne, pépinière de héros, qui décidèrent la nuit du 20 à l'avantage de l'insurrection,

61 Voilà une mise en scène au grand complet. Tel était en effet l'aspect habituel des appartements du Hiéroclès lithuanien. Il y régnait toujours un air de fête et une atmosphère de bagne : la Tour de Londres, moins lesStuarts, l'Eldorado ou l'eufer, quelquefois tous les deux ensemble. (V. Y histoire de la dévolution de Pologne, par Mieroslawski, II, 440.)

a* Cet odieux personnage avait nom BécU. C'était le médecin, le complaisant, le bouffon, le délateur et le souffredouleur de Novosillzoff, qui l avait fait professeur à V Université. Pélican et lui se délestaient cordialement, car chacun

* Au moment où j'écris ces lignes un cachet noir vienl tomber sur .ma table el me donn» un cruel el sanglant démenti : A quatre-vingt-ciuq ans: cl mort dans l'exil!... Aiemcewicz a été inhumé dans la délicieuse vallée de Montmorency, et de même que les anciens guerriers de la Lilhuanic, ses ancêtres, il avait marqué la place de son tombeau. (Voyez "son Éptlre à Kniaztewic*, le Polouah, tome VI, mars »»36.)

émit pour l'autre un rival dans les bonnes grâces du sultan, et tous deux visaient au tchin suprême de l'Université, le eclorat , promis au plus utile. Aussi c'était à oui ferait le />lus de bassesses. JJécu avait commencé comme Figaro, et il finit comme don Juan.

80 Voici une de ces chansons d'étudiants composée par un jeune poëte, qui naguère donnait les plus belles espérances, A. Odynieç :

« Amis, bannissons la tristesse : que le vin jaillisse, que les pipes s'enflamment, que le temps s'écoule gaiement dans le cercle des a mis!

« A quoi bon les plaintes ? Ce qui est fait ne saurait se défaire. Tout deviendra douceur pour les bons, amertume pour les méchants.

« Vive Stanislas! Que la coupe passe de mains en mains, car nous buvons à la santé de Zan ! Vive notre Thomas Zan!

« Si la vertu mérite nos hommages, qui donc en est plus digne que Czeczol ? Buvons à la santé de Jean !

« Vive Adam Miçkiewicz ! il nous accorde de doux loisirs, et les peines cruelles s'apaisent aux sons mélodieux de sa lyre! etc. »

La petite poste entre les académiciens se faisait de la manière suivante : l'alphabet était partagé en trois séries, et le prisonnier frappait dans la paroi le nombre de coups correspondant au numéro de la lettre dans la série. Cette manière d'entretien avait beaucoup d'analogie avec celle employée dans un autre cachot, le Spielberg, et dont Andryane nous fait la curieuse révélation dans ses Mémoires. Distribués dans plusieurs couvents de la ville, les prisonniers se communiquaient par l'intermédiaire du philarète Budrewicz, aujourd'hui réfugié en France, qui pénétrait a travers les égouts et les cloaques, et portait de l'un à l'autre les correspondances écrites ou verbales.

60 L'amphigouri des oukazes du sénat russe a passé en proverbe. Mais ce sont surtout les oukazes judiciaires ou les décrets du sénat qui sont arrangés de manière à pouvoir les expliquer en faveur des deux parties et par conséquent à prolonger les débats. Ce manège est dans l'intérêt des chancelleries du sénat, pour lesquelles tout procès est la source d'énormes bénéfices. (f)

Quand un maître veut flatter son valet, il lui ditfamihè-

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