‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 21 sur 105 · THOMAS · texte numérisé non relu

THOMAS

Pendant huit jours, je ne mangeai pas. Puis, je goûtai, et me sentis défaillir ; j'éprouvai des douleurs et des coliques pareilles à celles que produit le poison; et pendant quelques semaines je restai sans connaissance. J'ignore la durée de mes maux, j'en ignore jusqu'au nom , car je n'eus pas de médecin pour les définir. Enfin je me levai, je mangeai de nouveau, et mes forces revinrent, si bien qu'il me semble maintenant que j'étais fait pour vivre de cette nourriture,

FREIEND.

Croyez-moi , hors de la prison , c'est le monde des chimères. Celui qui a été ici a seul pénétré les secrets de la cuisine et le confortable en fait d'habitation : le bon ou le mauvais est un effet de l'habitude. Un Lithuanien demandait une fois, je ne sais plus à qui, au diable

LES MARTYRS. 6t

ou à un Pintzuk *, pourquoi il se plaisait dans la boue : « J'y demeure parce que j'y suis fait, » fut sa réponse".

JACQUES

Mais comment s'y habituer :

FREIEND.

En cela consiste tout l'art.

JACQUES

Il me semble que je suis ici depuis huit mois, et cependant je n'en souffre pas moins.

FREIEISD.

Mais aussi, pas davantage ?... M. Thomas en a pria tellement l'habitude qu'un air salubre pèserait sur sa poitrine, lui occasionnerait des vertiges. Il oublie de respirer et ne quitte pas sa cellule. Si jamais on le chasse d'ici, sa détention >e trouvera compensée par une économie sur le vin, car il n'aura qu'à humer un peu d'air pour se mettre en goguette24.

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