‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 28 sur 105 · JEAN SOBOLEWSKI · texte numérisé non relu

JEAN SOBOLEWSKI

C'était mon frère.

LE CAPORAL

O mon Dieu ! paix à son âme. Bon soldat ! il périt — oui — frappé de cinq balles à la fois. Et môme il vous ressemblait. Ainsi donc, j'allais porter un ordre à votre frère dans la petite ville de Lamego... Je m'en

souviens comme si ce n'était que d'hier Il y avait

donc là des Français : tel jouait aux dés, tel autre aux cartes , tel autre agaçait des filles. Ils se prirent à chanter : — c'est la coutume du soldat français, après boire. — C'étaient des chansons grivoises et qui juraient avec des moustaches grises : des propos saugrenus! que j'en rougissais de honte, tout jeune que j'étais. De refrain en refrain, on se mit à chanson* lier les saints , et de péché en péché on alla jusqu'à

blasphémer le saint nom de Marie ! Je me mis à les sermonner avec persuasion ; car il faut savoir que j'ai le brevet de la confrérie et je défends d'office la sainte Vierge. Je leur dis donc : « Taisez-vous, de par le diable ! » Ils se turent, ne voulant pas avoir affaire à moi.

(Konrad retombe dans sa rêverie, les autres reprennent leur

conversation.) Mais écoutez un peu ce qui en advint. La querelle vidée et les bouteilles aussi, nous allâmes dormir, tous entre deux vins ; et la nuit, soudain Ton sonne à cheval ; le camp se lève en émoi : les Français cherchent leurs bonnets à poil et ne peuvent le mettre, car la tête n'y était plus ! le chef de chacun était coupé net au couteau comme une tête de pavot-, le brigand de bourgeois les avait égorgés comme des poules dans une basse-cour! Je lâtai la mienne, et j'eus le plaisir de la sentir à mon cou -, dans mon shapka , je trouvai un billet latin, d'une écriture inconnue, avec ces mots : « Vivat Polonus, unus deferisor Mariœ ! » Vous voyez donc, mon cher monsieur, que si je vis, c'est grâce à ce nom,

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