‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 4 sur 105 · MYSTERE · texte numérisé non relu

MYSTERE

Jfû ©rilUt ït* SStoxt&.

There arc more things in hcaven and carlh Than are dreaml in our philosophy.

(Shahspeare.)

CHOEUR

Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'allons- nous voir?

LE MAGE

Fermez les portes de la chapelle et rangez-vous en rond autour du cercueil; éteignez les lampes et les cierges , suspendez des linceuls aux fenêtres : que la pâle clarté de la lune ne puisse pénétrer à travers les fentes. Courage, et hâtez- vous.

LE VIEILLARD

Il a été fait comme vous rayez ordonné.

CHOEUR

Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous yoir, qu'allons-nous voir?

LE MAGE

Ames du purgatoire , quelque oonlrée du monde que vous habitiez , et vous qui brûlez dans la poix bouillante, et vous qui grelottez au fond des rivières, et yous qui> par un châtiment plus sévère, emprisonnées dans un jeune arbre, pleurez et gémissez quand l'ardeur du poêle vous consume, accourez chacune au rendez-vous ! Nous célébrons ici la fête des Aïeux! Descendez dans l'enceinte consacrée : voici des aumônes, des prières; voilà des liqueurs et des mets.

CHOEUR

Tout est morne , il fait noir! qirallons-nous voir, qu'allons-nous voir?

LE MAGE

Donnez-moi cette poignée de bourre : j'y mets le feu. Vous, aussitôt que la flamme aura jailli , chassez-la d'une légère haleine Bien, c'est cela; plus

loin : encore ! qu'elle se consume en l'air.

CHOEUR

Il fait morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qtfallons-nous voir?

LE MAGE

Vous d'abord , esprits aériens , qui sur ce vallon de pleurs et de travail, de ténèbres et d'orages, de même que cette flamme, n'avez fait que briller et disparaître ; vous qui volez au gré des vents sans pouvoir approcher de la porte des cieux , par ce

signe lumineux el léger nous vous invoquons , nous vous conjurons : paraissez !

CHOEUR

Parlez, que vous faut-il ? Avez -vous faim? avezvous soif? r .

LE MAGE

Regardez ! regardez au-dessus de vos têtes! Qu'estce donc qui brille sous la voûte? Voyez ! deux enfants secouent leurs ailes d'or. Comme deux feuilles portées sur un môme zéphyr, ils tournoient dans la coupole du temple -, comme deux colombes jouant sur la même branche, ainsi les deux petits anges poursuivent leurs charmants ébats.

LE MAGE ET LE VIEILLARD

Comme deux feuilles portées sur un même zéphyr, ils tournoient dans la coupole du temple ; comme deux colombes jouant sur une même branche , ainsi les deux petits anges poursuivent leurs charmants ébats.

L'ANGE % ^adressant â Tune des paysannes. Ma mère ! nous volons chez toi, ma mére. Eh bien! lu ne reconnais plus ton Joseph ? C'est moi, Joseph, le même moi. Et voici ma sœur Rose. Nous avons maintenant le paradis pour demeure, et nous y sommes mieux que chez ma mère. Vois ces têtes couronnées d'étoiles, ces vêtements lissés avec les rayons de l'aurore, et aux deux épaules ces ailes pareilles aux ailes des papillons. Au paradis rieq ne nous manque : chaque jour fête nouvelle ; sous chacun de nos pas une herbe vient éclore , tout ce que nous touchons. devient une fleur. Mais, malgré tous

I) LES AICUX.

ces biens , l'ennui et l'effroi nous tourmentent. Àh ! ma mère , ma mére : le chemin du ciel est fermé pour tes enfants !

CHOEUR

Mais, malgré tous ces biens, l'ennui et l'effroi les tourmentent. Pauvre mère, le chemin du ciel est fermé pour tes enfants!

LE MAGE

Que te faut-il, Ame d'enfant, pour arriver au ciel ? Veux-tu des chants pieux ou quelque douce friandise? Voici des beignets, du lait, des gâteaux; voilà des fleurs et des fraises. Que te faut-il, ftmc d'enfant, pour arriver au ciel ?

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