‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 59 sur 105 · L'ABBÉ · texte numérisé non relu

L'ABBÉ

Seigneur! pardonne-lui, Seigneur! il ignoro co qu'il a fait! (Au médecin.) Ah ! frère! tu t'es achevé par ce mauvais conseil! Aujourd'hui tu paraîtras devant Dieu !

LE SÉNATEUR

Qu'est-ce que cela veut dire ?

BAÏKOW.

Il fait le bouffon; donnez-lui encore un soufflet, qu'il nous dise la bonne aventure.

(Il lui donne une chiquenaude ) L'ABBÉ PIERRE, à Baikow.

Frère, tu as suivi son exemple ; tes jours sont comptés, tu suivras sa trace.

Holà! qu'on envoie chercher Botwinko! Que ce mendiant ne sorte pas d'ici! Je lo questionnerai moimôme; nous rirons un peu; nous verrons s'il se taira toujours aussi obstinément. Quelqu'un lui aura soufflé son rôle.

LE MÉDECIN

J'allais vous exposer humblement que c'est une chose montée d'avance, et que tous ces complots sont dirigés, c'est évident, par le prince Czartoryski. LE SÉNATEUR, en bondissant sur son fauteuil.

Que me ditewous lày mon cher!... Par le prince?

Impossible Au fait, (Apart.) qui sait!*... Bah! dix

ans de perquisitions avant que le prince ne se justifie, si je l'entortille, moi ! (Au médecin.) D'où le sais-lu?

LE MÉDECIN

Depuis longtemps je m'occupe activement de celte affaire.

LE SÉNATEUR

Et monsieur ne m'en a pas parlé ?

LE MÉDECIN

Votre Excellence ne voulait pas m'entendre... Je disais que quelqu'un avait fomenté cet incendie.

LE SÉNATEUR

Quelqu'un! toujours quelqu'un! Mais il s'agit

du prince.

LE MÉDECIN

J'ai des traces positives, des dénonciations, des paroles épiées, des lettres interceptées

Les lettres du prince?

Non, mais des lellres où le prince est nommé, de même que plusieurs professeurs, avec l'exposition de (ouïes leurs vues criminelles» Le foyer principal du complot | c'est Lelcvei". Il dirige sourdement les

conjurés.

LE SÉNATEUR^ à part.

Une preuve !. . . Si j'n vais une preuve ! Une suspicion quelconque ! la trace d'une preuve ! l'ombre d'une trace ! rien que l'ombre d'une ombre!... Bien des fois déjà j'ai entendu murmurer autour de moi : « C'est au prince Czartoryski que NovosiltzotT doit son élévation soudaine. » Nous verrons maintenant lequel de nous deux fera plus de bruit , celui qui sut élever ou celui qui aura su abaisser son rival. (Au médecin.) Venez, que je vous embrasse!... khi ah! c'est autre chose... J'ai deviné tout d'abord que ce n'était point une conjuration d'enfants : il me semblait bien que c'était un tour de prince.

LE MÉDECIN, familièrement.

Et vous l'aviez deviné? Bien fin celui qui vous mettra dans l'embarras !

LE SÉNATEUR, avec dignité.

Quoique je sache tout cela, monsieur le conseiller d'Etat, si vous êtes partenu à découvrir des preuves, écoutez , je vous donne ma parole de sénateur que d'abord j'augmenterai de moitié votre pension annuelle, et puis je compterai cette accusation pour dix années de service. Plus tard peut-être une slaroslie, des biens ecclésiastiques, uno décoration... Qui sait!

Notre empereur récompense avec largesse : je l'en prierai moi-même j'en fais mon souci.

LE MÉDECIN

Que de soins aussi cela m'a coûtés ! Je payais des espions de mes modiques appointements; et tout cela par dévouement pour l'empereur.

LE SÉNATEUR, en le prenant sous le bras.

Mon cher, allez tout de suite, prenez mon secrétaire ; réunissez et faites mettre sous scellés tous ces papiers. Ce soir nous nous amuserons à les parcourir. (A part.) J'ai travaillé, j'ai conduit toute l'information, et monsieur aurait toute la gloire et les bénéfices de

cette découverte ! (Il rêve. — Prenant à part le secrétaire.)

Vous ferez saisir le docteur en même temps que les papiers, (a Baïkow, qui entre.) C'est une affaire importante : nous nous en occuperons en tête à tête. Le médecin a laissé échapper une parole par mégarde : je l'ai interrogé, et l'instruction nous dira le reste.

(Pélican, voyant les attentions du sénateur, reconduit le médecin à la porte et le salue jusqu'à terre.)

LE MÉDECIN, à part.

Il me repoussait il n'y a qu'un moment Prends

garde, Pélican! je le pousserai aussi, et tu ne te relèveras pas de la chute ! (Au sénateur.) Je reviens à l'instant,

LE SÉNATEUR, négligemment.

A huit heures je quille la ville.

LE MÉDECIN

Qu'est-ce donc ? minuit à ma montre!

LE SÉNATEUR

tl est cinq heures,

Quoi! cinq heures déjà! A peine j'en crois mes yeux! L'aiguille de ma montre s'est arrêtée sur le chiffre môme de minuit, et la pointe semble vouloir l éborgner! Elle n'a pas bougé d'une seule seconde, d'un cheveu ! .

l'abbé pierre.

Frère , la pendule aussi s'est arrêléc , et jusqu'à

l'autre midi elle restera immobile Frère, pense à

ton âme !

le médecin.

Que me veux-tu ?

PÉLICAN

Il te murmure quelques sombres prophéties

Voyez , quel éclat dans ses yeux ! c'est un vrai Sarmale *.

Frère, Dieu emploie des signes élranges pour nous avertir.

PÉLICAN

Ce frère m'a bien l'air d'un espion.

(La porte de gauche s'enlr'ouvre : un essaim de dames parées fait irruption sur la scène ; des fonctionnaires, des danseurs. Musique.)

LA FEMME DU GOUVERNEUR c8.

Peut-on ?

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