LE PRESBYTÈRE. 1S7 LE PRÊTRE
Ah! ce souvenir m'a déchiré le cœur.
LE PÈLERIN
Eh quoi! partout sur ma route, chacun pleure 8a femme? Mais je n'y peux rien; je ne t'ai point vue, la femme! (En se reprenant.) Écoule, voici des paroles de paix et de consolation. Epoux délaissé, avant même son trépas ta femme était morte !
Comment cela!
LE PÈLERIN , de plus en plus fort.
Lorsque Ton dit à une vierge : « Ma femme! » elle est ensevelie toute vivante; elle renonce à ses amis,
à son père, à sa mère, à ses frères et même en un
mot elle renonce au monde entier dès qu'elle a franchi le seuil étranger °7.
Quoique les nuages de la douleur enveloppent tes aveux, celle que tu pleures est vivante, il me semble?
LE PÈLERIN
Vivante ? (Avec ironie.) Il y a bien de quoi remercier Dieu ! Vivante! Comment, lu ne me crois pas? Mais c'est affreux! Je veux prêter serment, à genoux, les deux pouces en croit : elle est morte et ne revivra
plus! (Lentement après une pause.) C'est qu'il est,
vois-tu, plusieurs genres de mort. Il est une mort commune : celte mort frappe le vieillard, la femme, l'enfant, le mari; en un mol des milliers d'hommes en meurent tous les jours, à chaque instant du jour;
et Marie en est morte aussi, Marie! que j'ai vue
dans les prés,
(Il chante.)
Là-bas, où fleurit la vallée, Sous le bleu Niémen étalée , Quel est ce tertre abandonné Sous la spinarose et l'armoise, Sous la pervenche, la framboise, Comme un front de vierge incliné * ?
J'ai vu par la tombe ravie La plus jeune, hélas! de nos sœurs, Et n'ayant goûté de la vie Que ses plaisirs et ses douceurs, Quitter ce beau ciel qu'elle envie î Approchons. Sur un oreiller, Blanche, elle paraît sommeiller Comme l'aurore humide et pâle Au sein des nuages d'opale.
Un vieux prêtre est là , sur le seuil; Ici des compagnes en deuil ; Plus triste encor je vois sa mère, Et le plus trisle parmi tous, Son amant prie à ses genoux.
De ses yeux l'éclat éphémère S'anime et s'éleint tour à tour ; Sa bouche, où fleurissait la rose, Se fane et pâlit sans retour :
La violette y semble éclose , Et l'amour encor s'y repose.
Levant un front décoloré, Elle nous sourit de tendresse, Et voyant le cercle éploré, Elle retombe avec tristesse.
Blanche comme le pain sacré
Voyez le tombeau de Marie , tome H,
Qu'un ministre pieux lui porte , Les bras roi dis , le sein tremblant S'agite encor, toujours plus lent ,
Il ne bat plus Marie est morte î
Voyez ce dernier souvenir, Ce diamant baigné de flamme : Ainsi dans ses yeux de saphir Brillait au moment de mourir Un dernier rayon de son âme, Imilant l'insecte argentin
Qui charme nos ombrages ,
Ou les pleurs du malin
Glacés par les orages.
Levant un front décoloré, Elle nous sourit de tendresse, Et voyant le cercle éploré , Elle retombe avec tristesse.
Blanche comme le pain sacré Qu'un ministre pieux lui porte, Les bras roidis, le sein tremblant S'agite encor, toujours plus lent, Il ne bat plus Marie est morte08!