‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 85 sur 105 · épilogue de l'éditeur · texte numérisé non relu

épilogue de l'éditeur

Amy lecteur qui ceste légende as parcourrue avccques patience : sy la fin d'icelle n'est pas selon ton souhait, cela ne m'esbahira. La curiosité esveillee par recict embrouslié est incontinent incitée quand ne se voit moult satisfaicle.

En vain de moy vouldrois-tu l'enquesrir pourquoy le prince resta céans ayant sa femme renvoyé : pourquoy dans ceste bastaille si tardivement en aide arriva, pourquoy Litavor se prist de discord avecques les Allemands et sy la princesse ès son chief a tenu le lieu de son espoux. Sachez doneques l'escrivain qui ceste histoire recueillit, ayant faict brief recict de ce qu'il avoit veu et ouy (il esloit adonques dedans la ville) se tint coy sur le reste et n'en dicl mot : et quand il trespassa, ie devins héritier du manuscript.

Ne pouvant demesler le vray, et cuidant, mon cher lecteur, vous faire plaisir publiant les secrets de ceste histoire, toutefois ne vous abusant par vaincs conjectures, souvent ic m'enquesray des Novogrodiens, hommes de bonne feaulù ; mais nul ne cognosçoit rien fors le vieil Rymvid : et iceluy estant de vieillesse Irespassé a aulcun ne confia son secret comme sy fust par

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Reriment lié. Par adventure un aultre homme encor ce mystère cognosçoit et celuy la estoit le paige de la princesse, présent a tout ce qui fust faict. Iccluy comme homme simple, mais de langue moins posé, raconloit, et moy i'escrivois voyant d'iceluy les révélations eslre d'accord avecques le dict de laucteur.

Toutefois sy sont icclles en touts poincts véritables, il seroit difficile de l'asseurer, et ie ne demanderay en champ clos qui deceveur me traictera, car en ccste occasion ie n'invente rien de ma teste, et ce que de la bouche du paige ai ouy, mot pour mot le conteray.

Et le paige disoit ainsi :

« La princesse navrée à genoux supplioit son espoux n'attirer plus nouveaulx ennemis sur les bras a la Lithuanie-, mais lui courroucé fut intraictable et quand ayant escouté avec visaige moqueur les prières et lousiours respondu « Non » a touts sollicitements, îcelle renvoya n'ayant rien accordé. La princesse souloit plus facilement luy en aultre iour persuader : manda que sur les remparts heraults soyent retenus quelque temps ou que soyent hors les murs reslaschez. Ce qu'avecques grande diligence fis, et de la tout le mal advint. Car le Komlhour, irrité d'une response trop dure, a la place du secours apporta flammes et béliers, et quand i'arrivay apportant ceste nouvelle a Madame, icelle derechief vers sou espoux courrut, et de loing ie suivois. Quand nous entrâmes il faisoit desia sombre et nuict dedans la salie. Le prince, de fatigues lasse, estoit d'un profond somme endormy. Icelle s'arresla en face du lict, mais n'osa

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le resveiller soit que vaines suppliques ne voulust plus faire soit iceluy dans son repos troubler : a la fin d'un aultre stratagemme fict employ.

« Prenant l'espee au chevet du prince, de sa cotte de mailles son sein revestit et le ducal manteau sur «es espaules suspendit ; et doulcement la porte fermant, vers le balcon se hasta m'ayant inlerdict d'ouvrir la bouche sur ceste chose la.

« Desia le destrier estoit sellé et harnaché quand icelle a le monter s1 a p près ta et a son costé gauche ie n'ai plus veu l'espee pendante, icelle l'ayant apparemment oubliée ou perdue dans les ténèbres.

«Ores ie cours, ic quiers et reviens. Mais desia la porte estoit close. Par la fenestre ic regardoy : helas! desia la troupe bien avant chevauchoit dans la plaine. Et l'effroy m'a saisy comme sy charbons ardens me couvroient. le pleure, ie suc, me desmene ne sachant quoy faire. L'on voit esclairs reluire et tonnerre des canons bien loing on ouyt. le me figuroy que les Allemands la bastaille commençoient. Soudain Litavor saulla du lict, soit qu'il eust assez longtemps dormy, soit qu'il fust par le fracas esveillé. Il commande, en sa main frappe, commande derechief. Moy, tremblant, espoanté, me glisse sur genoux vers un coing osbeur de la salle. J'ai veu comme ses armes et son haubergeon il quesroit, cl sur la porte frappoit. Soudain dans la chambre de la princesse il court, revient, brise verroulx et saulte dedans la salle. Moy, m'eslevant tout doulcement a la fenestre (et le iour commençoit a poindre), i'ai veu le prince ieltant les yeulx tout au tour, escoutant avecques soing,

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criant; mais au chasteaui il n'y a plu» ame vivante. Apres comme tout fors de soy saulte en bas ou sont ses palefrois a leurs cresches attachez, part au galop vers les remparts ou faict un temps d'arrest, escoutant d'où venoit le bruict des armes et feu des canons, et comme un csclair vole bride abattue a travers cour, pont, poterne du costé de la capitale. Moy, ie regardoy tousiours a la fenestre attendant avecques grande impatience la fln : et tout s'appaisa, et vers le lever du soleil tout s'esteignit.

« Adoncques Litavor resvient; Rymvid suivant: ayant descendu de la selle Graiina défaillante sur leurs bras icelle portaient. Horrible a penser! par ou passent un rieu de sang marque la trace. Transpercée au sein d'un coup mortel, devant luy muette elle tombe, tantost d'iceluy les genoux embrassant, tantost tordant et tendant vers luy mains glacées : « O mon espoux, pardonne; c'est de moi première et dernière infeauté. » Le prince pleure, icelle relevé, mais s'esvanouist encor et rend rame.

« Iceluy se leva, s'esloigna, et dans les mains son ehief cachant immobii desmoura. Moy a l'escart tout voyois, et quand se prindrent a déposer d'icelle le corps sur lict mortuaire, ic vuidoy le camp. Ce qu'il advint depuis, touts vous cognoscez. »

Yoicy comme rapportoit le paige : d'abord sous secret; mais Rymvid estant mort, la peur de la desfense estant dispareue (car Rymvid avoit interdict de publier rien parmy le peuple), cesle nouvelle au commencement celeé fut respandue de plus en plus, et maintenant nul en Novogrod qui ne chante la

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chanson sur Graiina : les ioueurs de vielle cognoscent icelle, les filles répètent, et a ce champ de bastaille on a baillé nom de Champ de la Lithuane.

FIN DE GRAJINA.

Dovete adunque sapere corne sono due

generazioni da combattere bisogna

essere volpe el leone

A BONAVEMXRE BT JEASNE

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