‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 87 sur 105 · CHANT DE LA WILIA · texte numérisé non relu

CHANT DE LA WILIA

Wilïa, le trésor de nos plaines fécondes, Roule un sable d'or fiu sous des vagues d'azur. Lilhuaue jolie, éprise de ses ondes, A le sein aussi calme et le front aussi pur.

Wilïa, sous l'^s fleurs de narcisse el de ro.se, Traverse de Kowuo le pays enchanté.

Plus brillants mille lois (pic les fleurs qu'elle arrose Sont nos jeunes guerriers aux pieds de la beauté.

Wilïa, languissant daus son cours éphémère,

Ne cherche à l'horizon que Niémen, son vainqueur.

Lilhuanc jolie abaudonne sa mère ,

Car un jeune étranger est maître de sou cœur.

Wilïa pour jamais déserte ses rivages ;

Niémen va la saisir dans ses bras de géant,

La porte au fond des bois et des steppes sauvages ,

El tous deux vont se perdre au seiu de l'Océan.

Wilïa meurt captive, et ton cœur solilaire Loin des champs paternels succombe enseveli. Et toi, tu périras, mais seule sur la terre, Et lu seras jetée au gouffre de l'oubli.

Wilïa fuit toujours, et la vierge aime encore. En vain Ton avertit le cœur et le torrent : Wilïa s'est donnée au fleuve qu'elle adore , Et la jeune recluse aime encore en mourant.

KOxNKAD WALLBNUOD.

{'mtrctieit.

Après que le grand maître cul baise le livre des lois divines, qu il eut fini les prières et reçu des mains du komlhour le glaive et la grand'croix, insignes du pouvoir suprême, il leva fièrement un front orageux ; d'un regard étincelant de colère et d'une joie sinistre il parcourut rassemblée; un sourire passager, hôte à peine connu, vint effleurer ses traits, imperceptible et fugitif comme le rayon qui perce une matinale nuée, annonçant à la fois le lever du soleil et les tempêtes.

Cette émotion du grand maître, cet air de menace, remplissent les cœurs de plaisir et d'espoir : déjà tous se figurent les combats et les riches dépouilles qui les attendent, déjà ils voient en idée couler des flots de sang païen! Qui saurait (enir tôle à un pareil guerrier, affronter sans effroi le tranchant de son glaive ou le feu de ses regards ! Lilhuanes, tremblez! votre heure approche , et la croix sainte va briller du haut des temples de Yilna !

Vain espoir! Les jours, les semaines se passent, Tannée entière s'écoule dans un indigne repos. La Lilhuanie menace; Wallenrod ne songe pas à combattre, à mener au combat; et s il se réveille, s'il paraît vouloir agir, c'est pour agir au rebours de la rè-

332 KONHAl) WALL&NROD.

gle. Sans cesse il s'écrie que l'Ordre a transgressé les anciennes coutumes, que les frères ont violé leurs vœux175! <t Prions, dit-il; que la pauvreté, quelamour de la paix et de la vertu remplacent le goût des richesses et des vanités mondaines! » 11 ordonne des jeûnes, impose de longues pénitences; plus de plaisirs innocents, plus de jouissances paisibles-, le bannissement, les cachots ou le glaive, voilà les punitions qu'il réserve même aux fautes les plus légères.

Cependant le Lithuane, qui naguère évitait de bien loin les murs de la ville leulonique, maintenant chaque nuit met le feu aux villages d'alenlour, traîne en esclavage le peuple des campagnes sans défense; et pour la première fois les enfants ont tremblé sur le seuil paternel aux sons rauques du cor sainogilien174.

Et pourtant, fut-il jamais un temps plus favorable aux combats? Les discordes intestines déchirent le sein de la Lithuanie: ici le Russe belliqueux, là le Sarmale inquiet, ailleurs le khan de Crimée, conduisent contre elle des peuplades aguerries. Yilold, détrôné par Jagellon, est venu chercher l'appui de TOrdre; il promet en échange des trésors et des fiefs opulents, et c'est en vain qu'il attend des secours l7S.

Les frères murmurent, le conseil se rassemble; seul, le grand maître ne paraît pas. Le vieux Halban court îe trouver. Personne au château, personne à la chapelle. Où donc est-il ?... Sans doute sous la tourelle au saillant du rempart. Les frères ont épié ses courses nocturnes : tous savent que chaque soir, quand des ombres plus épaisses enveloppent la terre, un cheva-

KONUÀD WALLENUOD. 333

lier dirige ses pas errants vers les bords du lac; collé conlre la muraille, à genoux et couvert d'un manteau, il brille de loin comme une statue de marbre et passe ainsi de longues nuits sans sommeil. Souvent, à la voix de la recluse, qui doucement rappelle, il se lève et lui répond de même. De loin , on ne saurait saisir le sens des paroles, mais aux brusques lueurs de son cimier, aux mains frémissantes, aux mouvements de son front soulevé, on comprend que rentrelien roule sur de graves objets.

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