CHANT DE LA TOUR
Oui comptera mes soupirs, mes douleurs?
0 nuit profonde où mon eoîiir s'accoutume!
Dans ma poitrine est-il tntit d'amertume
Que le- grillage a rougi sous mes -pleurs ! Et ces larmes sans cesse inondant ma paupière Comme au sein d'un ami pénètrent dans la pierre.
Dans le château du puissant Swcntorog 176
Il est un feu cjue la foudre alimente :
L'hiver nourrit une source fumante
Sur le sommet du tombeau de Mendog.
Hélas! uni n'entretient mes soupirs, mes alarmes, El mon cœur saigne encor, mes yeux sont pleins de larmes !
Baisers d'un père et regard maternel,
Biches moissons sur un champ pleiu d'arômes ,
Jours sans uuage et sommeil sans fantômes f
Tel fut mon sort : je le crus éternel!
L'Innocence et l'Amour, ces deux anges paisibles, Sans cesse à mos cotés me gardaient invisibles!
m KOM'iAl) WALLBJSKOP.
Chez une mère, oui, nous étions trois sœurs...,,
Plus d'un grand roi me parla d'hyménée.
Pays natal , jeunesse fortunée ,
Qui donc m'a dit qu'il est d'autres douceurs? Jeune et beau chevalier, pourquoi me faire entendre Ce qu'avant loi jamais je n'aurais pu comprendre!
Qu'il est un Dieu , des esprits immortels ,
Des cités d'or où fleurit la foi sainte,
Où, prosternés dans la pieuse enceinte, p Des chevaliers embrassent les autels : Preux comme nos guerriers quand l'honneur les réclame, Doux comme nos bergers quand l'amour les enflamme.
Où, dépouillant son cilice odieux,
L'âme s'enfuit vers le ciel , sa patrie !
Il fallait croire une voix si chérie :
En l'écoutant , je pressentais les deux ! Et depuis ces beaux jours, je n'eutends et ne rêve Que la voix, que ce ciel où mon âme s'élève!
Ta croix funèbre enchantait mon amour,
D'une autre vie elle était le symbole 177 ;
De cette croix l'éclair luit et m'immole :
Et tout devient mort, désert à l'enlour! Je ne regrette rien ; je bénis ma souffrance , Car Dieu m'a tout ravi mais laissé l'espérance !
« Espérance !... » Et l'écho redisait « Espérance! » à travers les ondes, les vallons et les bois.
« Où suis-jc! et qui parle ici d'espérance? » s'écrie en souriant avec rage Konrad,que ce mot rappelle à lui-même. «Pourquoi ces chants?... Ai-je donc oublié ton bonheur d'autrefois? Ta mère avait trois
KÔNRÀD WALLëNRÔÎ). 335
filles, toutes belles comme loi ; on te demanda la première en mariage Malheur! malheur à vous, roses
charmantes! un serpent s'est glissé dans votre jardin, et par où sa poitrine a marqué son passage, l'herbe meurt, la rose se fane et devient livide comme le sein du reptile ! Rappelle à la pensée les jours qui ne sont plus, ees jours qui pour loi seraient encore pleins de
bonheur, si
« Ah ! tu gardes le silence! Chante et maudis-moi! Celte larme de feu qui pénètre la pierre, qu'elle tombe, ici, sur ma lêie ! qu'elle ne coule pas en vain ! j'ôterai mon casque; qu'elle me brûle le front; qu'elle tombe, je veux souffHr; je saurai le supplice qui m'attend aux enfers ! »