UNE VOIX DU DONJON
Pardonne, ô mon amant, seule je suis coupable!... Mais lu viens si tard, l'attente est si pénible, et malgré
moi je ne sais quelle chanson du jeune âge Si-
lencfc! plus de ces chants! Et de quoi me plaindrais-
je? Près de toi, mon bien-aimé, près de loi j'ai
passé un instant de ma vie, et ce seul instant, je ne l'échangerai* pas contre toute une vie passée avec la foule monotone et muette. Toi-même lu m'a» dit qùe les êtres vulgaires sont comme ces coquillages enfouis dans la vase : à peine une fois par an la tempête les trousse à la surface; alors ils s'ouvrent aux rayohs du jour, jellent leur soupir vers les cieux fet descendent aussitôt dans leur tombe de limon Oh ! je n'étais point faite pour un pareil bonheur! Encore
dans ma patrie, tandis que je coulais une paisible
m KONRAD WALLENROD.
existence au milieu de me» sœurs, je sentais je ne sais quel désir inconnu s'emparer de mon âme; sans objet je soupirais et sentais ballre mon cœur souvent je fuyais la prairie étalée à mes pieds-, j'atteignais le sommet de la plus haute colline, et là je nie disais : Si chacune de ces alouettes me donnait une plume de ses ailes, je les suivrais dans les cieux, et n'aimerais cueillir qu'une petite fleur de ces montagnes la fleur du souvenir*!... puis je voudrais
m'envoler bien haut, très-haut, au delà des nuages... et... disparaître... Toi, lu m as exaucée; aigle, roi de l'espace, lu m'as élevée jusqu'à toi Oiseaux légers, je ne vous demande plus rien.... Où pourrais-
je vous suivre à quelle autre volupté peut encore
aspirer celle à qui fui accordé d'adorer le souverain maître dans les cieux et de chérir un grand homme sur la lerre!
KONRAD
La grandeur, ô mon ange! et toujours la grandeur!... mais elle seule cause nos tourments! Console-loi! quelques jours encore, il en reste si peui... C'en est fait ! plus de regrets ! il est Irop tard : pleurons à présent; mais que l'ennemi tremble Kon-
rad pleure, mais afin -d'égorger Que viens-lu
faire ici loin des murs du cloître, de l'asile de
paix? Je l'ai vouée au service de Dieu; hélas!
n'eût-il pas mieux valu, dans ces murs consacrés, pleurer et mourir loin de moi que d'attendre la mort dans ce pays du mensonge et du meurtre, dans celte
• L'orcjlle-dosouris ou myosolis. j,
KONRAD WALLENROn. W
tour sépulcrale, la mort qui vient â la suite de tortures prolongées, d'ouvrir des yeux désespérés et mendier des secours à travers les barreaux de cette
grille inflexible! Et moi! témoin du martyre
de ta longue agonie, il me faut rester en bas et maudire mon âme d'avoir encore gardé quelque peu de sentiment.