‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 17 sur 212 · AI.FX INDRE DI MAS. TOMK VU · texte numérisé non relu

AI.FX INDRE DI MAS. TOMK VU

ICOLO. 73

pour rien au monde à rette dernière consolation , dut-elle mettre en rumeur toute la ville de Naplcs. Monsignor Perclli eut beau prier, supplier, menacer, il les trouva inébranlables dans leur obstination. Alors voyant que, s'il ne s'en mêlait pas plus efficacement, les deux malheureux pécheurs continueraient d'être pour leur prochain une pierre d'achoppement, le digne prélat leur oiTrit, puisqu'ils ne pouvaient se voir ni chez l'un ni chez l'autre pour se dire , loin de lous les yeux , ce qu'ils étaient forcés de se dire ainsi coram populo, de se rencontrer chez lui une heure ou deux lous les jours, à la condition que les portes cl les fenêtres de la chambre où ils se rencontreraient seraient fermées, que personne ne connaîtrait leurs rendez-vous, el qu'ils renonceraient entièrement à cette malheureuse correspondance par signes, qui mettait en rumeur tout le quartier. Les jeunes gens acceptèrent avec reconnaissance celte évangélique proposition , jurèrent tout ce que monsignor Perelli leur demandait de jurer, et, à la grande édification du quartier, parurent avoir, à compter de ce jour, renoncé à leur fatal entêtement.

Plusieurs mois se passèrent pendant lesquels monsignor Perelli se félicitait chaque jour davantage de l'expédient ingénieux qu'il avail trouvé à l'endroit des deux amants, lorsqu'un matin, au moment où il rendait grâces à Dieu de lui avoir inspiré une si heureuse idée , les parents de la jeune fille tombèrent chez monsignor Perelli pour lui demander compte de sa trop grande charité chrétienne. Seulement alors monsignor Perclli comprit toute l'étendue du rôle qu'il avail joué dans celte affaire. Mais comme monsignor Perelli était riche, comme monsignor Perelli était la bonté en personne , comme toute chose pouvait s'arranger, au bout du compte, avec une niaiserie de deux ou trois mille ducats , monsignor Perelli dota la jeune pécheresse , à la grande satisfaction du père du jeune homme, de la part duquel venait toul l'empêchement , et qui ne vit plus dès lors aucun inconvénient à la recevoir dans sa famille. La chose , grâce à monsignor Perelli , finit donc comme un conte de fée : les deux amants se marièrent , furent constamment heureux, cl obtinrent du ciel beaucoup d'enfants.

Maintenant il me resterait bien une dernière histoire à raconter, qui, à l'heure qu'il est, détopite encore immodérément la rate des Napolitains ; mais l'esprit des nations est chose xi différente que l'on

ne peut jamais répondre que ce qui fera pouffer de rire l'une fera sourciller l'autre. Conduisez Falstaff à Naples, et il y passera incompris; transplantez Polichinelle a Londres, et il y mourra du spleen.

El puis nous avons une malheureuse langue moderne si bégueule qu'elle rougit de tout, cl môme de sa bonne aïeule la langue de Molière et de Saint- Simon , à laquelle je lui souhaiterais cependant de ressembler. Il en résulte que , tout bien pesé , je n'ose point vous raconter l'histoire de monsignor Perelli , laquelle ftl néanmoins tant rire le bon roi Nasone , lequel , à coup sûr , avait au moins autant d'esprit que vous et moi en pouvons avoir, soit séparément , soit môme ensemble. El pourtant , elle lui avait élé racontée un certain jour où il ne fallait rien moins qu'une pareille histoire pour dérider le front de Sa Majesté. On venait d'apprendre à Naples une nouvelle escapade des Vardarelli.

Comme ces honnêtes bandits m'offrent une occasion de faire connattre le peuple napolitain sous une nouvelle face, et qu'on ne doit négliger dans un tableau aucun des détails qui peuvent en augmenter la vérilé ou l'effet , disons ce que c'était que les Vardarelli.

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