‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 197 sur 212 · ANIO · texte numérisé non relu

ANIO

I jamais ; mais justement parce que cet amour resten pur, il m'épurera. A présent c'est à voire lourde parler , d'èlre franche , de tout me dire. Racontezmoi votre histoire, chère enfant.

— Mon histoire , madame , est bien courte ei surtout bien simple , répondit Colombe ; elle se résume dans trois amours. J'ai aimé , j'aime et j'aimerai : Dieu, mon père, Ascanio. Seulement, dans le passé, mon amour pour Ascanio que je n'avait pas encore rencontré , c'était un rêve ; dans le présent, c'est une souffrance ; dans l'avenir , c'est un espoir.

— Fort bien , dit la duchesse , comprimant la jalousie dans son cœur et les larmes dans «es yeux ; mais ne soyez pas confiante à demi, Colombe. Qu'allez-vous faire maintenant? Comment lutter . vous , pauvre enfant , contre deux volonté! aussi puissantes que celles de votre père cl du comte d'Orbec ? Sans compter que le roi vous a vue el vous aime.

— 0 mon Dieu ! murmura Colombe.

— Mais comme celle passion élail l'ouvrage de la duchesse d'Éiampcs voire rivale, Anne d Heilly votre amie vous en délivrera; ne nous occupon* donc pas du roi ; mais resle votre père, reste le comte. Leur ambition n'est pas aussi facile à dérouler que la tendresse banale de François I".

— Oh ! ne soyez pas bonne à demi , s'écria Colombe : sauvez-moi des autres comme vous me sauvez du roi.

— Je ne sais qu'un moyen , dit la doebesw d'Élampes, paraissant réfléchir.

— Lequel ? demanda Colombe.

— Mas vous vous efirayerez , vous ne voudra pas le suivre.

— Oh ! s'il ne faut que du courage , priez.

— Venez là el écoulez-moi , dil la duchesse eu allirant affectueusement Colombe sur un plianipr» de son fauteuil , el en lui passant la main autour de la taille. Surtout , ne vous effrayez pas aux premier» mots que je vais vous dire.

— C'est donc bien effrayant? demanda O lomhc.

— Vous êies d'une vertu rigide el wns tache, chère petile, mais nous vivons, hélas ! dans un temps et dans un monde où celle innocence charnuuie n'est qu'un danger de plus, car elle vous li»reun* défense à vos ennemis , que vous ne pouvez combattre avec les armes dont ils se servent pour twj»

attaquer. Eh bien ! faites un effort sur vous-même , descendez des hauteurs de votre rêve et abaissezvous au niveau de la réalité. Vous disiez tout à l'heure que vous sacrifieriez à Ascanio votre réputation. Je ne vous en demande pas lant , immolez-lui seulement l'apparence de la fidélité à son amour. Essayer de lutter seule et faible contre votre destin ; rêver, vous , fille de gentilhomme, un mariage avec un apprenti orfèvre, c'est folie ! Tenez, croyez-en les conseils d'une amie sincère : ne leur résistez paR, laissez-vous conduire, restez dans votre cœur la fiancée pure, la femme d'Ascanio, et donnez votre main au comte d'Orhec. Que vous portiez son nom , c'est là ce qu'exigent se» projets ambitieux ; mais une fois la comtesse d'Orhec , vous déjouerez facilement ses projets infâmes, car vous n'aurez qu'à élever la voix et à vous plaindre Tandis que maintenant, qui vous donnera raison dans votre lutte? Personne, moi-même je ne puis vous aider contre l'autorité légitime d'un père, tandis que, s'il ne fallait que déjouer les calculs de votre mari , vous me verriez à l'œuvre. Réfléchissez à cela. Pour rester votre maîtresse , obéissez ; pour devenir indépendante, faites semblant d'abandonner votre liberté. Ators, forte de celte pensée qu'Ascanio est votre époux légitime et qu'une union avec tout autre n'est qu'un sacrilège, vous ferez ce que vous dictera votre cœur, et votre conscience se taira, et le monde, aux yeux duquel les apparences seront sauvées, vous donnera raison.

— Madame , madame ! murmura Colombe en se levant cl en se roidissanl contre le bras de la duchesse, qui essayait de la retenir , je ne sais pas si je vous comprends bien, mais il me semble que vous me conseillez une infamie !

— Vous dites ?... s'écria la duchesse.

— Je dis que la vertu n'est pas si subtile, madame ; je dis que vos sophismes me font honte pour vous ; je dis que , sous l'apparente amitié dont votre haine se couvre, je vois le piège que vous me tendez. Vous voulez medéshonorerauxyeuxd'As<anio, n'estce pas, parce que vous savez qu'Ascanio n'aimera jamais ou cessera d'aimer la femme qu'il méprise?

— Eh bien ! oui ! dit la duchesse en éclatant, car je suis lasse à la fin de porter le masque ! Ah ! lu ne veux pas tomber dans le piège que je te tends, dis-tu ! eh bien! lu tomberas dans l'abîme où je le pousse ! Écoute donc ceci : Que la volonté y soit ou non , tu épouseras d'Orhec !

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