LIONS ET LÉOPARDS
C était à cinq heures du soir, et vers la fin d'une de ces magnifiques journées d'été , inconnues dans notre Europe. La moitié des habitants de Die de de France , disposés en amphithéâtre sur les montagnes qui dominent le grand port, regardaient haletants la lutte acharnée qui se livrait à leurs pieds, comme autrefois les Romains, du haut du cirque , se penchaient sur une chasse de gladiateurs ou sur un combat de martyrs. Seulement, celle fois , l'arène étiit un vaste port , tout environné d'écueils , où les combattants s'étaient fait échouer, pour ne pas reculer, quand même , et pouvoir, dégagés du soin embarrassant de la manœuvre, se déchirer à leur aise ; seulement , pour mettre fin à cette naumachic terrible , il n'y avait pas de vestales au pouce levé ; c'était , on le comprenait bien , une lutte d'extermination, un combat mortel; aussi, ; les dix mille spectateurs qui y assistaient gardaientils un anxieux silence; aussi, la mer, si souvent grondeuse dans ces parages, se taisait-elle ellemême, pour qu'on ne perdit pas un mugissement de ces trois cents bouches à feu.
Voilà ce qui était arrivé.
Le 20 au malin , le capitaine de frégate Duperré venant de Madagascar monté sur la Bcllone , et suivi de la Minerve, du Fictor.du Ccylan et du Windham, avait reconnu les montagnes du Vent , de l'île de France. Comme trois combats précédents dans lesquels il avait été constamment vainqueur avaient amené de graves avaries dans sa flotte, il avait alors résolu d'entrer dans le grand port el de s'y radouber ; c'était d'autant plus facile que , comme on le sait, I île, à cette époque, était encore toute à nous, et que le pavillon tricolore flottant sur le fort de l'ilc de la Passe cl sur un trois-mals mouillé à ses pieds, donnait au capitaine Duperré l'assurance d'être reçu par des amis. En conséquence , le capitaine Duperré ordonna de doubler l'Ile de la Passe, située à deux lieues à peu près en avant de Mahébourg , et pour exécuter cette manœuvre , ordonna