‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 40 sur 212 · ALKXÀNORF. 01 MAS. — TONS VII · texte numérisé non relu

ALKXÀNORF. 01 MAS. — TONS VII

que la corvette le Victor marcherait la première , que la Minerve, le Ceylan et la Bellone la suivraient, cl que le Windham fermerait la marche. La flottille s'avança donc, chaque bâtiment marchant à la suite de l'aulre, le peu de largeur du goulet ne permettant pas à deux vaisseaux de passer de front.

Lorsque le Victor ne fut plus qu'à une portée de canon du trois-màls emhossé sous le fort , ce dernier indiqua par ses signaux que les Anglais croisaient eu vue de l'ile. Le capitaine Duperré répondit qu'il le savait parfaitement, cl que la flotte qu'on avait aperçue se composait de la Magicienne, de la Néréide, du Syriut et "de C Iphigénie , commandes par le commodore Lambert , mais que comme de son côté le capitaine Hainelin sUitionnaii sous le vent de l'Ile avec C Entreprenant , la Manche et l'Astrée, on ?lail en force pour accepter le combat si l'ennemi le présentait.

Quelques secondes après , le capitaine Bouvet , qui marchait le second , crut remarquer des dispositions hostiles dans le bâtiment qui venait de fairo des signaux. D'ailleurs, il avait beau l'examiner dans tous ses détails avec le coup d'œil perçant qui trompe si rarement le marin , il ne le reconnaissait pas pour appartenir à la marine française. Il fit part de ses observations au capitaine Duperré , qui lui répondit de prendre ses précautions, el que lui allait prendre les siennes. Quant au Victor , il fut impossible de le renseigner; il élail trop en avant , et tout signe qu'on lui eût fait , eût été vu du fort cl du vaisseau suspect.

Le Victor continue donc de s'avancer sans défiance, puisse par une jolie brise sud-est , ayant tout son équipage sur le ponl , tandis que les deux bâtiments qui le suivent regardent avec anxiété les mouvements du Irois-màis cl du fort ; tous deux cependant conservent encore des apparences amies ; les deux navires qui se trouvent au travers l'un de l'autre échangent même quelques paroles. Le Victor continue son chemin , il a déjà dépassé le fort, quand tout à coup une ligne de fumée apparaii aux flancs du bâtiment embossé el au couronnement du fort. Quaranle-qualrc pièces de canon tonnent à la fois, enfilant de biais la corvette française , trouant sa voilure , fouillant son équipage , brisant son petit hunier , tandis qu'en même temps les couleurs françaises disparaissent du forlel du trois-màls cl font place au drapeau anglais. Nous avons été dupes de la supercherie; nous sommes tombés dans le piège.

Mais au lieu de rebrousser chemin , ce qui lui serait possible encore en abandonnant la corveilc, qui lui sert de mouche, et qui , revenue de sa surprise, répond au feu du trois-màts par celui de ses deux pièces de chasse, le capitaine Duperré fait un signal au Windham , qui reprend la mer, et ordonne à la Minerve et au Ceylan de forcer la passe. Luimêuie les soutiendra tandis que le Windham ira prévenir le reste de la (lotte française de la position où se trouvent les quatre bâtiments,

Alors les navires continuent de s'avancer, non plus avec la sécurité du Victor, mais mèche allumée, chaque homme à son poste , et dans ce profond silence qui précède toujours les grandes crises. Bientôt la Minerve se trouve bord à bord avec le troismàls ennemi; mais celle lui s c'est elle qui le prévient: vingt-deux bouches à feu s'enflamment à la fois ; la bordée porte en plein bois ; une partie du bastingage du bâtiment anglais vole en morceaux ; quelques cris étouffés se font entendre, puis à son tour il tonne de toute sa batterie , cl renvoie à la Minerve les messagers de mort qu'il vient d'en recevoir, tandis que l'artillerie du fort plonge de son côté sur elle, mais sans lui faire d'autre mal que de lui tuer quelques hommes et de lui couper quelques cordages.

Puis vient le Ceylan, joli brick, de vingt canons , pris comme le Victor, la Minerve et le Windham , quelques jours auparavant sur les Anglais et qui , comme le Victor et la Minerve, allait combattre pour la France , sa nouvelle maltresse. Il s'avança léger cl gracieux comme un oiseau de mer qui rase les flots. Puis arrivé en face du fort et du troism&ls, le forl, le trois-màts et le Ceylan s'enflammèrent ensemble, confondant leur bruit, tant ils avaient tiré en même temps, el mêlant leur fumée, tant ils étaient proches l'un de l'autre.

Restaillecapilainc Dupcrré qui montail/a Bellone. détail déjà à celle époque un des plus braves et des plus habiles officiers de notre marine. Il s'avança, à son tour , serrant l'Ile de la Passe plus près que n'avail fail aucun des autres bàlimenis ; puis, à bout portant, flanc contre flanc, les deux bords s'enflammèrent , échangeant la mort à portée de pistolet. I .s passe était forcée ; les quatre bàlimenis étaient dans le port ; ils se rallient alors à la hauteur des Aigrettes, el voni jeter l'ancre entre l'ilc aux Singes et la pointe de la colonie.

Aussitôt le capitaine Duperré se met en communication avec la ville, el il apprend que l'Ile Bour-

bon est prise , mais que, malgré ses tentatives sur l'Ile de France , l'ennemi n'a pu s'emparer que de Tile de la Passe. Un courrier est aussitôt expédié au brave général Deeacn , gouverneur de l'Ile, pour le j prévenir que les quatre bàlimenis français, le Victor, la Minerve, le Ceylan el la lie llone, sont au Grand- Port. Le 21, à midi, le général Deeacn reçoit cet avis, le transmet au capitaine Hamelin, qui donne aussitôt aux bâtiments qu'il a sous sa direction l'ordre d'appareiller, expédie à travers terre des renforts d'hommes au capitaine Duperré, et le prévient qu'il va faire tout ce qu'il pourra pour arriver à sou secours, attendu que tout lui fait croire qu'il est meuacé par des forces supérieures.

En effet, en cherchant à mouiller dans la rivière Noire, le 21 , à qualrc heures du matin , le Windham avait été pris par la frégate anglaise le Sinus. Le capitaine Pym qui la commandait avait appris alors que quatre hàliincnts français , sous les ordres du capitaine Duperré, étaient entrés dans Grand- Port, où le vent les retenait; il en a\ail aussitôt donné avis aux capitaines de la Magicienne el de l'Iphygénie, el les trois frégates étaient parties aussitôt : le Syriui remontait vers Grand-Port en passant sous le vcnl , et les deux autres frégates relevant par le vent pour atteindre le même point.

Ce sont ces mouvements qu'a vus le capitaine Hamelin , et qui , par leur rapport avec la nouvelle qu'il apprend, lui font croire que le capitaine Duperré va être attaqué. Il presse donc lui-même son

i appareillage , mais quelque diligence qu'il fasse, il

I n'est prêt que le 22 au malin. Les trois frégates anglaises ont (rois heures d'avance sur lui, el le veni qui se fixe au sud-esi, el qui fraîchit de moment en moment, va augmenter encore les difficultés qu'il

, doit éprouver pour arriver à Graud-Porl.

Le 21 au soir, le général Decaen monte à cheval,

| el à cinq heures du malin il arrive à Mahebourg, suivi des principaux colons el de ceux de leurs nègres sur lesquels ils croient pouvoir compter. Maîtres el esclaves sont armés de fusils; cl dans le cas où les Anglais tenteraient de débarquer, ils ont chacun cinquante coups à lirer. Une entrevue a lieu aussitôt entre lui el le capitaine Duperré.

A midi, la frégale anglaise Sirius, qui est passée sous le vcnl de l'Ile, cl qui, par conséquent, a éprouvé moins de difficulté sur sa roule que les deux autres frégates, parait à l'enlréc de la Passe, rallie le trois-

GEORGE

mats embossé près du forl , el que l'on a reconnu I p«nir élre la frégate la Néréide, capitaine Villougby, , et toule8 deux, comme ni elles comptaient attaquer à elles seules la division française , s'avancent sur nous faisant la même marche que nous avions faite ; [ mais en serrant de trop près le bas fonds, le Syriui touche, el la journée s'écoule pour son équipage à se remettre a (loi.

Pendant la nuit, le renfort de matelots envoyé i par le capitaine Hamclin arrive, et est distribué sur les quatre bâtiments français , qui comptent ainsi i ,400 hommes à peu près el \ 42 bouches à feu. Mais comme aussitôt leur répartition, le capitaine Duperré a fait échouer la division, et que chaque vaisseau présente son travers, la moitié seulement i des canons prendra part a la fôte sanglante qui se prépare.

A deux heures de l'après-midi, les frégates la Magicienne et l'Iphygénie parurent à leur lour à l'entrée de la passe; elles rallièrent le Sirius cl la Néréide, el toutes quatre s'avancèrent contre nous. Deux se tirent échouer, les deux autres s'amarrèrent sur leurs ancres, présentant un total de i ,700 hommes et de 200 canons.

Ce fut un moment solennel cl terrible que celui pendant lequel les dix mille spectateurs qui garnissaient les montagnes virent les quatre frégaics ennemies s'avancer sans voiles et par la seule et lente , impulsion du veut dans leurs agrès, et venir avec la j confiance que leur donnait la supériorité du nombre, se ranger à demi-portée de cation de la division française, présentant à leur tour leurs travers, s'échouant comme nous nous étions fait échouer, el renonçant d'avance à la fuilc comme d'avance nous y avions renoncé.

C'était donc uu combat loul d'extermination qui ■Uni commencer. Lions et léopards étaient en présence , el ils allaient se déchirer avec des dents de bronze cl des rugissements de feu.

Ce furent nos marins qui , moins patienls que l'avaient été les gardes françaises à Fontenoy, donnèrent le signal du carnage. Une longue traînée de fumée courut aux flancs des quatre vaisseaux , à la corne desquels flottait le pavillon tricolore , puis en même temps le rugissement de soixante et dix bouches à feu reteniil , et l'ouragan de fer s abattit sur la flotte anglaise.

Celle-ci répondit presque aussitôt , el alors commença , sans auirc manœuvre que celle de déblayer |

les ponts des éclats de bois el des corps expirants , sans autre science que celle de viser juste, sans autre intervalle que celui de charger des canons, une de ces luttes d'extermination comme, depuis Aboukir et Trafalgar, les fastes de la marine n'en avaient pas encore vu. D'abord, on put croire que l'avantage était aux ennemis; car les premières volées anglaises avaient coupé les embossures de la Minerve cl du Ceylan; de sorte que, par cet accident, le feu de ces deux navires se trouva masqué en grande partie. Mais, sous les ordres de son capitaine, la Bellone lit face à lotit . répondant aux quatre bâtiments à la fois , ayant des bras , de la poudre et des boulels pour tous ; vomissant incessamment le feu , comme un volcan en irruption, et cela pendant deux heures ; c'est-à-dire pendant le temps que le Ceylan et la Minerve mirent à réparer leurs avaries; après quoi , comme impatients de leur inaction , ils se reprirent à rugir el à mordre à leur tour, forçant l'ennemi , qui s'élail détourné un instant d'eux pour écraser la Bellone, de revenir à eux , et rétablissant l'unité du combat sur toute la ligne.

Alors il sembla au capitaine Doperré que la Néréide, déjà meurtrie par les trois bordées que la division lui avait lâchées en forçant la passe, ralentissait son feu. L'ordre fut donné aussitôt de diriger toutes les volées sur elle et de ne lui donner aucun relâche. Pendant uue heure , on l'écrasa de boulels cl de mitraille , croyant à chaque instant qu'elle allait amener son pavillon ; puis comme elle ne l'amenait pas, la grêle de bronze continua, fauchant ses mâls, balayant son pont, trouant sa carène, jusqu'à ce que son dernier canon s'éleignii, pareil à un dernier soupir, et qu'elle demeurât rasée comme un ponton, dans l'immobilité et dans le silence de la mort.

En ce moment et comme le capitaine Duperré donnait un ordre à son lieutenant Roussin , un éclat de mitraille l'atteint à la lèle cl le renverse dans la batterie ; comprenant qu'il est blessé dangereusement , à mon peut-être , il fait appeler le capitaine Bouvet, lui remet le commandement de la Bellone , lui ordonne de faire sauler les quatre bâtiments plutôt que de les rendre , et celle dernière recommandation faite, lui tend la main cl s'évanouit. Personne ne s'aperçoit de cel événement ; Duperré n'a pas quitté la Bellone, puisque Bouvet le remplace.

A dix heures , l'obscurité csl si grande , qu'on ne

pcul plus pointer, ei qu'il faut tirer au hasard. A onze heures , le feu cesse ; mais comme les spectateurs comprennent que ce n'est qu'une trêve , ils restent à leur poste. En effet, à une heure, la lune parait, et avec elle , et à sa pâle lumière , le combat recom-

Pendant ce moment de relâche, la Néréide a reçu quelques renforts ; cinq ou six de ses pièces uni été remises en batterie ; la frégate qu'on a crue morte n'était qu'à l'agonie , elle reprend ses sens , et elle donne signe de vie en nous attaquant de

Alors Bouvet fait passer le lieutenant Roussin à bord du Victor, dont le capitaine est blessé; Roussin a l'ordre de remettre le bâtiment à flot et de s'en aller, à bout pourtant, écrasser la Néréide de toute son artillerie ; son feu ne cessera celte fois que lorsque la frégate sera bien morte.

Roussin suit à la lettre l'ordre donné : le Victor déploie son foc et ses grands huniers , s'ébranle et vient sans tirer un coup de fusil , jeter l'ancre à vingt pas de la poupe de la Néréide; puis de là , il commence son feu , auquel elle ne peut répondre que par ses pièces de chasse , l'entilant de bout en bout à chaque bordée. Au point du jour, la frégate se tait de nouveau. Celte fois , elle est bien morte , et cependant le pavillon anglais flotte toujours à sa corne. Elle est morte , mais elle n'a pas amené.

En ce moment les cris de : Vive l'empereur ! relcnlisseni sur la Néréide; les dix-sept prisonniers français qu'elle a faits dans l'Ile de la Passe et qu'elle a enfermés à fond de cale, brisenl la porte de leur prison , et s'élancent par les écoutilles , un drapeau tricolore à la main. L'étendard delà Grande-Bretagne est abattu , la bannière tricolore flotte à sa place. Le lieutenant Roussin donne l'ordre d'aborder ; mais au moment où il va engager les grapins, l'ennemi dirige son feu sur la Néréide qui lui échappe. C'est une lutte inutile a soutenir ; la Néréide n'est plus qu'un ponton , sur lequel on mettra la main aussitôt que les autres bâtiments seront réduits ; le Victor laisse flotter la frégate comme le cadavre d'une baleine morte ; il embarque les dix-sept prisonniers, va reprendre son rang de bataille, et annonce aux Anglais, en faisant feu de toute sa batterie, qu'il est revenu à son poste.

L'ordre avait été donné à tous les bâtiments français de diriger leur feu sur la Magicienne, le capi-

GEORGE

laine Bouvet voulait écraser les frégates ennemies l'une après l'autre ; vers trois heures de l'après-midi, la Magicienne était donc devenue le but de tous les coups ; à cinq heures , elle ne ré|iondail plus à feu que par secousses et ne respirant que respire un ennemi blessé a mort ; à six heures on s'aperçoit de terre que son équipage fait tous «es préparatifs pour l'évacuer : des cris d'abord, et des signaux ensuite en avertissent la division française ; le feu redouble ; les deux autres frégates ennemies lui envoient leurs chaloupes, elle-même met ses canots à la mer ; ce qui reste d'hommes sans blessures ou blessés légèrement y descend, mais dans l'intervalle qu'elles ont à franchir pour gagner le Sirius, deux chaloupes sont coulées bas par nos boulets; et la mer se couvre d'hommes qui gagnent en nageant les deux frégates voisines.

Un instant après, une légère fumée sort par les sabords de la Magicienne, puis de moments eu moments elle devient plus épaisse; alors, par les écoutilles , on voit poindre des hommes blessés qui se traînent , qui lèvent leurs bras mutilés , qui appellent au secours, car déjà la flamme succède à la fumée , cl darde par toutes les ouvertures du bâtiment ses langues ardentes ; puis elle s'élance aux dehors, rampe le long des bastingages, monte aux mats, enveloppe les vergues, et au milieu de cette flamme on entend des cris de rage et d'agonie ; puis enfin tout à coup le vaisseau s'ouvre comme le cratère d'un volcan qui se déchire. Une détonation effroyable se fait entendre. La Magicienne vole en morceaux. Ou suit quelque temps ses débris enflammés qui montent dans les airs , redescendent cl viennent s'éteindre en frissonnant dans les flots. De celle belle frégate qui, la veille encore, se croyait la reine de l'Océan , il ne reste plus rien , pas même des débris, pas meinc des blessés, pas même des morls. Un grand intervalle demeuré vide entre la Néréide et Vlphygénie, indique seul la place où elle était.

Puis, comme fatigués de la lutte, comme épouvantés du spectacle, Anglais et Français firent silence, el le reste de la nuit fut consacré au repos.

Mais, au point du jour, le combat recommence. C'est le Sirius, à son tour, que la division française a choisi pour victime. C'est le Sirius, que le quadruple feu du Victor, de la Minerve, de la Bellone cl du Ceylan va écraser. C'est sur lui que se réunissent boulets et mitrailles. Au bout de deux heures,

il n'a plus un seul mât; sa muraille est rasée ; l'eau enlre dans sa carène par vingt blessures : s'il n'était échoué , il coulerait à fond. Alors son équipage l'abandonne à son tour; le capitaine le quille le dernier. Mais, comme à bord de la Magicienne, le feu est demeuré à bord, une mèche le conduit à la sainte-barbe, et à onze heures du matin , une détonation effroyable se fait entendre, et le Sirius disparaît anéanti !

Alors Vlphigénie, qui a combattu sur ses ancres, comprend qu'il n'y a plus de lutte possible. Elle reste seule contre quatre bâtiments; car, ainsi que nous l'avons dit, la Néréide n'est plus qu'une masse inanimée ; elle déploie ses voiles et, profilant de ce qu'elle a échappé presque saine et sauve à toute cette destraction qui s'arrête à elle , elle essaye de prendre chasse, afin d'aller se remettre sous la protection du fort.

Aussitôt le capitaine Bouvet ordonne à la Minerve et à la Bellone de se réparer el de se remettre à flot. Duperré, sur le lit ensanglanté où il est couché, a appris tout ce qui s'est passé : il ne veut pas qu'une seule frégate échappe au carnage ; il ne veul pas qu'un seul Anglais aille annoncer sa défaite à l'Angleterre. Nous avons Trafalgar et Aboukir à venger. En chasse ! en chasse, sur Vlphigénie!

Et les deux nobles frégates, toutes meurtries, se relèvent, se redressent, se couvrent de voiles et s'ébranlent, en donnant l'ordre au Victor d'amari-

Pendant ce temps, le Victor s'est, pour la seconde lois , rapproché de la Néréide; et, craignant quelque surprise, il ne l'aborde qu'avec précaution. Mai» le silence qu'elle garde est bien celui de la mort. Son pont est couvert de cadavres , le lieutenant qui y met le pied le premier a du sang jusqu'à la cheville.

Un blessé se soulève et raconte que six fois l'ordre a été donné d'amener le pavillon, mais que six fois les décharges françaises ont emporté les hommes chargés d'exécuter ce commandement. Alors le capitaine s'est retiré dans sa cabine , et on ne l'a plus revu.

Le lieutenant Roussin s'avance vers la cabine el trouve le capitaine Villougby à une table, sur laquelle est encore un pot de grog et trois verres. \\ a un bras et une cuisse emportés. Devant lui , son premier lieutenant, Thomson, est tué d'un biscaîen qui lui traverse la poitrine ; et à ses pieds est couché son neveu , Williams Murrey , blessé au flanc d'un éclat de mitraille.

Alors le capitaine Villougby , de la main qui lui reste , fait un mouvement pour rendre son épéc ; mais le lieutenant Roussin à son tour étend le bras, el saluant l'Anglais moribond :

« Capitaine , dit-il , quand on se sert d'une épée comme vous le faites , on ne rend «on épée qu'à Dieu? i

El il ordonne aussilôl que tous les secours soient

qu'il ne peut quitter sa place avant que le calfai n'ait pansé ses mille blessures.

Alors de grands cris de triomphe s'élèvent de la terre : toute celte population qui a gardé le silence

ner la Néréide. Quant au Ceylan , il est »i mutilé prodigués au capitaine Villougby. Mais tous les secours furent inutiles, la noble défenseur de la Néréide mourut le lendemain.

Mais le lieutenant Roussin fut plus heureux à l'égard du neveu qu'il uc l'avait été à l'égard de retrouve la respiration el la voix pour encourager la ! l'oncle. Sir Williams Murrey , atteint profondément Minerve et la Bellone dans leur poursuite. Mais et dangereusement, n'était cependant pas frappé à Vlphigénie , moins avariée que ses deux ennemies , I mort. Aussi le verrons-nous reparaître dans le cours gagne visiblement sur elles ; Vlphigénie dépasse de celle histoire. l'Ile des Aigrelles ; Vlphigénie va atliendre le fort de la Passe ; Vlphigénie va gagner la pleine mer el sera sauvée. Déjà les boulets dont la poursuivent la Minerve et la Bellone n'arrivent plus jusqu'à elle cl viennent mourir dans son sillage, quant tout à coup trois bâtiments paraissent à l'entrée de la Passe , le pavillon tricolore à leur corne ; c'est le capitaine Hamelin, parti de Port-Louis avec V Entreprenant , la Manche et VAstrée. Vlphigénie et le fort de la Passe sont pris en deux feux : ils se rendront à discrétion, pas un Anglais n'échappera.

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