‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 4 sur 212 · LE · texte numérisé non relu

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sauvé ; comme François Ier on a (oui perdu , mais du moins il reste l'honneur.

Vous me direz qu'avec l'honneur on ne mange malheureusement pas , et qu'il faut manger pour vivre. Or il est évident que lorsqu'on prend sur mille écus de rente l'entretien d'une voilure , la nourriture de deux chevaux , les gages d'un cocher et la location d'une loge au Fondo ou a Saint-Charles, il ne doit pas rester grand'chose pour faire face aux dépenses de la table. A cela je répondrai que Dieu est grand , la mer profonde , le macaroni à deux sous la livre, et l'aspriuo d'Aversa à deux liards le fiasco.

Pour l'instruction de nos lecteurs , qui ne savent probablement pas ce que c'est que l'asprino d'Aversa , nous leur apprendrons que c'est un joli petit vin qui tient le milieu entre la tisane de Champagne et le cidre de Normandie. Or, avec du poisson, du macaroni et de l'asprino , on fait chez soi un charmant dîner qui coûte quatre sous par personne. Supposez que la famille se compose de cinq personnes, c'est vingt sous.

Restent neuf francs pour soutenir l'honneur du

— Mais le déjeuner ?

— On ne déjeune pas. Il est prouvé que rien n'est plus sain que de faire un seul repas toutes les vingtquatre heures. Seulement le reps change de nom et d'heure selon la saison où on le prend. En hiver on dioe à deux heures , et moyennant ce dîner on eu a pour jusqu'au lendemain deux heures. En été on soupe à minuit, et moyennant ce souper on en a pour jusqu'au lendemain minuit.

Puis il y a encore les élégants qui mangent du pain sans macaroni ou du macaroni sans pain , pour s'en aller prendre le soir à grand fracas une glace chez Donzelli ou chez Benvcnuli.

Il va sans dire que celte hygiène n'est adoptée que par les petites bourses. Ceux qui ont cinq cent mille livres de rente ont un cuisinier français dont la filiation de certificats est aussi en règle que la généalogie d'un cheval arabe. Ceux-là font deux et même quelquefois trois repas par jour. Pour ceux-là il n'y a pas de pays : le paradis est partout.

Le premier plaisir de l'aristocratie napolitaine est le jeu. Le malin on va au Casino et l'on joue ; l'après-midi on va à la promenade , et le soir au spectacle. Après le spectacle on revient au Casino cl l'on joue encore.

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L'aristocratie n'a qu'une carrière ouverte : la di plomatie. Or comme, si étendues que soient ses relations avec les autres puissances , le roi de Naples n'occupe pas dans ses ambassades et dans ses consulats plus d'une soixantaine de personnes , il en résulte que les cinq sixièmes des jeunes nobles ne savent que faire, et par conséquent ne font rien.

Quant à la carrière militaire, elle esi sans avenir; quant à la carrière commerciale, elle est sans considération.

Je ne parle pas des carrières littéraires ou scientifiques ; elles n'existenl pas : il y a à Naples comme partout, plus que parloulmôme, une certaine quantité de savants qui disputent sur la forme des pincettes grecques et des pelles à feu romaines, qui s'injurient à propos de la grande mosaïque de Pompéia ou des statues des deux Balbus. Mais cela se passe en famille,et personne ne s'occupe de pareilles puérilités.

La chose importante, c'est l'amour. Florence est le pays du plaisir; Rome, celui de l'amour ; Naples, celui de la sensation.

A Naples le sort d'un amoureux est décidé tout de suite. A la première vue il est sympathique ou anlipalhiquc. S'il est antipathique, ni soins, ni cadeaux , ni persistance, ne le feront aimer. S'il est sympathique, on l'aime sans grand délai : la vie est courte , cl le temps qu'on perd ne se rattrape pas. L'amant préféré s'installe au logis ; on le reconnaît, malgré la dislance respectueuse où il se lient de la maltresse de la maison, au laisser aller avec lequel il s'assied cl à la manière facile avec laquelle il appuie sa lête contre les fresques. En outre , c'est lui qui sonne les domestiques, qui reconduit les visiteurs ei qui ramasse les poissons rouges que les bambins font tomber du bocal sur le parquet.

Quant à l'amant malheureux , il s'en va tout consolé, certain que son infortune ne sera pas constante et qu'il trouvera bientôt à ramasser des poissons rouges ailleurs.

L'aristocratie napolitaine est peu instruite : en général , son éducation est négligée sous le rapport intellectuel : cela lient à ce qu'il n'y a pas dans tout Naples un seul bon collège , celui des jésuites excepté. En compensation , ceux qui savent savent bien : ils ont appris avec des professeurs attachés à leur personne. J'ai vu des femmes plus fortes en histoire, en philosophie et en politique que certains historiens , que certains philosophes et que certains hommes d'Étal de France. La famille du marquis de

LE CORRICOLO

Gargallo, par exemple, est quelque chose de merveilleux en ce genre. Le fils écrit noire langue comme Charles Nodier, et les filles la parlent comme madame de Sévigné.

Les exercices physiques sont au contraire fort suivis à Naples : presque tous les hommes moment bien à cheval et tirent remarquablement le fusil , l'épée et le pistolet. Leur réputation sur ce point est même assez étendue et à peu près incontestée. Ce sont des duellistes fort dangereux.

Celte dernière période de notre alinéa nous amène tout naturellement à parler du courage chez les Napolitains.

La nation napolitaine , toute proportion gardée cl en raison de l'étal politique de l'Italie actuelle , n'est ni une nation militaire comme la Prusse , ni une nation guerrière comme la France : c'est une nation passionnée. Le Napolilain , insulté dans son honneur, exalté par son patriotisme, menacé dans sa religion, se bat avec un courage admirable. A Naptcs , un duel est aussi vite et aussi bravement accepté que partout ailleurs ; et s'il varie sur les préliminaires qui appartiennent à des habitudes de localités, le dénoûment en est toujours mené à bout aussi vigoureusement qu'à Paris , à Saint- Pélersbourg ou à Londres. Citons quelques faits.

Le comte de Rocca Homana , le Saint-George de Naples , se prend de querelle avec un colonel ; le rendez-vous est indiqué à Casiellamare, l'arme choisie est le sabre. Le colonel français se rend sur le terrain à cheval ; Rocca Romaua prend un fiacre , arrive au lieu désigné, où l'attend son adversaire; le colonel rappelle à Rocca Romaua qu'une des conditions du duel est qu'il aura lieu à cheval. < C'est vrai , répond Rocca Romaua , je l'avais oublié ; mais qu'à cela ne tienne, l'oubli est facile à réparer. » Aussitôt il dételle un des chevaux de son fiacre, saule sur le dos de l'animal , combat sans selle et sans bride, et lue son adversaire.

A l'époque de la restauration , c'est-à-dire vers { 8i 5 , Ferdinand, grand-père du roi actuel, de retour à Naples, qu'il avait quitté depuis dix ou douze ans, voulut rétablir les gardes du corps. En conséquence , on recruta celle troupe privilégiée dans les premières familles des deux royaumes, el on 1rs divisa en cinq compagnies, donl trois napolitaines el deux siciliennes (t).

(1) Je tiens ce» ili'laiNtk Palmieri de Micrcihr, homme de beaucoup d'aprit, qui a publié dru« volume* de charmant* Mémoire».

J'ai dit dans le Speronare(t), et à l'article de Païenne , quelle est l'antipathie profonde qui sépare les deux peuples. On comprend donc que les Siciliens et les Napolitains ne se trouvèrent pas plulôl en contact, surtout à celle époque où les haines politiques étaient encore toutes chaudes , que les querelles commencèrent d'éclater. Quelques duels sans conséquence curent lieu d'abord, mais bientôt on résolut de confier en quelque sorte la cause des deux peuples à deux champions choisis parmi leurs cnfanls : on y voulait voir non-seulement une haine accomplie, mais une superstitieuse révélation de l'avenir. Le choix tomba sur le marquis de Cresctmani, Sicilien , cl sur le prince Mirelli, Napolilain. Ce choix fait et accepté par les adversaires, on décida qu'ils se battraient au pistolet à vingt pas, el jusqu'à blessure grave de l'un ou de l'autre champion.

Un mot sur le prince Mirelli , dont nous allons nous occuper particulièrement.

C'était un jeune homme de vingt-quatre ou vingtcinq ans , prince de Teora , marquis de Mirelli , comte de Conza, el qui descendait en droite ligne du fameux condottiere Dudone di Conza, dont parle le Tasse. ï\ était riche , il élail beau , il était poêle , il avait par conséquent reçu du ciel toutes 1rs chances d'une vie heureuse; mais un mauvais présage avait allrislé son entrée dans la vie. Mirelli était né au village de Sanl'Anlimo, fief de sa famille. A peine eut on su que sa mère était accouchée d'un fils, que l'ordre fut envoyé à la chapelle du couvent de mettre les cloches en branle pour annoncer cet heureux événement à loule la population. Le sacristain était absent ; un moine se chargea de ce s«.in , mais inhabile à cet exercice , il se laissa enlever par la volée de la corde , cl au plus haut de son ascension perdant la tête , pris par un verlige , il lâcha son point d'appui , tomba dans le chœur el se brisa les deux cuisses. Quoique mutilé ainsi, le pauvre religieux ne se traîna pas moins du chœur à la porte , où il appela au secours : on vinl à son aide, on le transporta dans sa cellule; mais , quelque soin qu'on prit de lui , il expira le lendemain.

Cet événement avait fait une grande sensation dans la famille, cl celle histoire , souvent racontée nu jeune Mirelli , s'était profondément gravée dans son esprit. Cependant il en parlait rarement.

(2; Société kflft de librairie RmMUH it O , Rruxrllc*,

Voilà l'homme que les Napolitain» avaient choisi pour leur champion.

Quant au marquis Crescimani , c'était un homme digne en tout point d'être opposé à Mirelli. quoique les qualités qu'il avait reçues du ciel fussent peutêtre moins brillantes que celles de son jeune adversaire.

Au jour et à l'heure dits , les deux champions se trouvèrent en présence : ni l'un ni l'autre n'était animé d'aucune haine personnelle , et ils avaient vécu jusque-là au contraire plutôt en amis qu'en ennemis.

En arrivant au rendez-vous , ils marchèrent l'un à l'antre en souriant , se serrèrent la main et «c mirent à causer de choses indifférentes , tandis que les témoins réglaient les conditions du combat.

Le moment arrivé, ils s'éloignèrent de vingt pas, reçurent leurs armes toutes chargées , se saluèrent on souriant, puis au signal donné tirèrent tous les deux l'un sur l'autre : aucun des deux coups ne porla.

Pendant qu'on rechargeait les armes , Mirelli et Crescimani échangèrent quelques paroles sur leur maladresse mutuelle, mais sans quitter leur place. On leur remit les pistolets chargés de nouveau. Ils firent feu une seconde fois, et celle fois comme l'autre se manquèrent tous deux.

Enfin, à la troisième décharge, Mirelli tomba.

Une balle l'avait percé à jour au-dessus des deux hanches; on le crut mort , mais lorsqu'on s'approcha de lui on vit qu'il n'était que blessé. Il est vrai que la blessure élail terrible : la balle lui avait traversé tout le corps, et avait en passant ouvert le tube intestinal.

On fit approcher une voilure pour transporter le blessé chez lui ; on voulut le soutenir pour l'aider à y monter; mais il écarta de la main ceux qui lui olïraient leur secours , et, se relevant vivement par un effort incroyable sur lui-même, il s'élança dans la voilure en disant : « Allons donc ! il ne sera pas dil que j'aie eu besoin dèlrc soutenu pour mouler, lùl-cc dans mou corbillard ! » A peine ful-il entré dans la voiture que la douleur reprit le dessus, cl il s'évanouit. Arrivé chez lui, il voulut descendre comme il était monté; mais on ne le souffrit point. Deux amis le prirent à bras et le portèrent sur son lit.

On envoya chercher le meilleur chirurgien de Naples , le docteur Penza ; c'était un homme qui s'était fait dans la science un nom européen. Le

ALEXANDRE Dl MAS. — TOMB VII.

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docteur sonda la blessure el dit qu'il ne répondait de rien , mais qu'en loul cas la cure serait longue et horriblement douloureuse.

— Faites ce que vous voudrez, docteur, dil .Mirelli. Marius n'a pas jeté un cri pendant qu'on lui disséquait la jambe , je serai muet comme Marius.

— Oui , dil le docteur ; mais lorsque le chirurgien en eut fini avec la jambe droite , Marius ne voulut jamais lui donner la gauche. N'allez pa» me laisser entreprendre une opération et m'arrêter au milieu.

— Vou8 irez jusqu'au bout , docteur , soyez tranquille , répondit Mirelli ; mon corps vous appartient, et vous pouvez l'anatomiser loul à votre aise.

Sur celle assurance , le docteur commença.

Mirelli liait sa parole ; mais à mesure que la nuit s'approclia , il parut plus agité, plus inquiet ; il avait une fièvre terrible. Sa mère le gardait avec deux de ses amis. Vers les onze heures il s'endormit, mais au premier coup de minuit il se réveilla. Alor», sans paraître voir ceux qui étaient là , il s'appuya sur son coude cl parut écouler. 11 était pâle comme la mort , mais se» yeux étaient ardents de délire. Peu à peu ses regards se fixèrent sur une porte qui donnait dans un grand salon. Sa mère se leva alors el lui demanda s il avait besoin de quelque chose.

— Non, rien, répondit Mirelli. C'est lui qui vient.

— Qui , lui? demanda sa mère avec inquiétude.

— Entendez-vous le trainement de sa robe dans le salon ? s'écria le malade. L'enlendcz-vous? Tenez, il vient, il s'approche; voyez, la porte s'ouvre... sans que personne la pousse... Le voilà... le voilà... il entre... il se traîne sur se» cuisses brisées... il vient droit à mon lit. Lève ton froc , moine ; lève ton froc, que je voie ton visage. Que veux-tu ?... parle... voyons !... viens-tu pour me chercher? D'où sors-tu ?... de la terre... Tenez, voyez-vous?... il lève les deux mains ; il les frappe l'une contre l'autre ; elles rendent un son creux , comme si elle» n'avaient plus de chair... Eh bien ! oui , je l'écoute, parle!...

El Mirelli , au lieu de chercher à fuir la terrible vision , s'approchail au bord de son lit comme pour entendre se» paroles ; mais au bout de quelques secondes d'attention , pendant lesquelles il resta dans la pose d'un homme qui écoule , il poussa un profond soupir cl tomba »ur son lit en murmurant :

— Le moine de Sanl'Anlimo !

C'est alors qu'on se rappela seulement cel événe-

ment arrivé le jour de sa naissance , c'est-à-dire vingt-cinq ans auparavant , et qui, conservé toujours vivant dans la pensée du jeune liommc , prenait un corps au milieu de son délire.

Le lendemain , soit que Mirelli eût oublié l'apparition, soit qu'il ne voulût donner aucun détail , il répondit a toutes les questions qui lui furent faites qu'il ignorait complètement ce qu'on voulait lui dire.

Pendant trois mois l'apparition infernale se renouvela chaque nuit , détruisant ainsi en quelques minutes les progrès que le reste du temps le blessé faisait vers la guérison. Mirelli ressemblait à un spectre lui-même. Enfin, une nuit, il demanda instamment à rester seul avec tant d'insistance que sa mère et ses amis ne purent s'opposer à sa volonté. A neuf heures , tout le monde ayant quitté sa chambre , il mit son épée sous le chevet de son lit et attendit. Sans qu'il le sût , un de ses amis était caché dans une chambre voisine , voyant par une porte vitrée et prêt à porter secours au malade s'il en avait besoin. A dix heures il s'endormit comme d'habitude, mais au premier coup de minuit il s'éveilla. Aussitôt on le vil se soulever sur son lit cl regarder la porte de son regard fixe et ardent ; un instant après il essuya son front , d'où la sueur ruisselait ; ses cheveux se dressèrent sur sa tête , un sourire passa sur ses lèvres ; puis saisissant son épée, il la tira hors du fourreau, bondit hors de son lit, frappa deux foi» comme s'il cûl voulu poignarder quelqu'un avec la pointe de sa lame, et, jetant un cri, il tomba évanoui sur le plancher.

L'ami qui était en sentinelle accourut et porta Mirelli sur son lil ; celui-ci serrait si fortement la garde de son épée qu'on ne put la lui arracher de la main.

Le lendemain il fil venir le supérieur de Sanl'Antimo et lui demanda, dans le cas où il mourrait des suites de sa blessure, à être enterré dans le cloître du couvent, réclamant la même faveur, en supposant qu'il en réchappât celle fois, pour lépoque où sa mort arriverait, quelle que fût celte époque el en quelque lieu qu'il expirât. Puis il raconta à ses amis qu'il avoit résolu la veille de se débarrasser du fantôme en luttant corps à corps, mais qu'ayant été vaincu il lui avaii promis enfin de se faire enterrer dans son couvent ; promesse qu'il n'avait pas voulu lui accorder jusque-là, tant il lui répugnait de paraître céder h une crainte, môme religieuse cl surnaturelle.

A partir de ce moment, la vision disparut, et neuf mois après Mirelli était complètement guéri.

Nous avons raconté en détail celle anecdote, d'abord parce que de pareilles légendes, surtout parmi les contemporains, sont rares en Italie, le pays le moins fantastique de la terre; et ensuite parce qu'elle nous a paru développer dans un seul homme trois courages bien différents : le courage patriotique, qui consiste à risquer froidcmenl sa vie pour la cause de la patrie ; le courage physique, qui consiste à supporter stoïquement la douleur ; et enfin le courage moral, qui consiste à réagir contre l'invisible elà lutter contre l'inconnu. Bayard cûl certainement eu les deux premiers, mais il est douteux qu'il eûl eu le troisième.

Maintenant passons au courage civil.

Nous sommes en 99 : les Français ont évacué In ville des délices. Le cardinal Ruflb, parti de Païenne, descendu de la Calabre et soutenu par les flottes turque, russe el anglaise, qui bloquent le fort, a assiégé Naples, et, voyant l'impossibiliié de prendre la ville défendue du côlé de la mer par Caracciolo, ctdu côlé de la terre par Manlhoni, Caraffa el Schiappani, a signé une capitulation qui assure aux patriotes la vie et la fortune sauves : près de sa signature on lil celle de Foole, commandant la flotte britannique ,* de Keraudy, commandant la flotte russe, et de Bonnieu, commandant la flotte ottomane. Mais, dans une nuit de débauche el d'orgie , Nelson a déchiré le traité. Le lendemain, il déclare que la capitulation est nulle, que Bonnicu, Keraudy cl Foote onl outrepassé leurs pouvoirs en transigeant avec les rebelles, et il livre à la haine de la cour, en échange de l'amour de lady Hamilton, les iroupeaux de victimes qu'on lui demande. Alors il y cul speclaclc cl joie pour bien des jours, car on avait à peu près vingt mille léles à faire tomber. Eh bien, toutes ces têtes tombèrent, cl pas une seule ne tomba déshonorée par une larme ou par un soupir.

Citons au hasard quelques exemples.

Cyrillo cl Pagano sont condamnés à être pendus. Comme André Chénicr cl Boucher, ils se renconirenl au pied de l'échafaud ; là ils se disputent à qui mourra le premier; et comme aucun des deux ne veut céder sa place à l'autre, ils lireni à la courlu paille. Pagano gagne , tend la main à Cyrillo , met la courte paille enire ses dents, el monte l'échelle infâme , le sourire sur les lèvres et la sérénité sur le front.

Heclor Carafla, l'oncle du compositeur, est condamné ù avoir la tôle tranchée ; il arrive sur Péchafaud; on s'informe s'il n'a pas quelque désir à exprimer.

— Oui, dit-il , je désire regarder le fer de la mandaja.

Et il est guillotiné couché sur le dos , au lieu d'élre couché sur le ventre.

Quoique cel arliclc soit consacré à l'aristocratie , un mot sur le courage religieux. Ce courage est celui du peuple.

Au moment où Championnet marchait sur Naplc8, proclamant la liberté des peuples et créant des républiques sur sou passage , les royalistes répandirent le bruit dans la ville que les Français venaient pour briller les maisons, piller les églises , enlever les femmes cl les filles et transporter en France la slalue de saint Janvier. A ces accusations d'autant plus accréditées qu'elles sont plus absurdes , les lazzaroni , que les mots d'honneur , de patrie et de liberté n'auraient pu tirer de leur sommeil , se lèvent des portiques des palais dont ils ont fait leur demeure, encombrent les places publiques, s'arment de pierres et de bâtons, et à moitié nus , sans chefs , sans lactique militaire , avec l'instinct de bêles fauves qui gardent leur antre, leur femelle cl leurs petits, aux cris de : Vive saint Janvier ! vive la sainte foi! mort aux jacobins! ils combattent soixante heures les soldats qui avaient vaincu à Montenotlc , passé le ponl de Lodi , pris Manloue. Au bout de ce temps , Championnet n'était encore parvenu qu'à la porte de Saint-Janvier, et sur tous les autres points n'avait pas gagné un pouce de terrain.

A tout cela on m'objectera sans doute la révolution de 18-20, le passage des Abruzzes, abandonné presque sans combat. Je répondrai une seule chose : c'est que les chefs qui commandaient celle armée , et qui avaient en face d'eux les baïonnettes autrichiennes, voyaient se relever derrière eux les bûchers , les échafauds cl les potences de 99 ; c'est qu'ils se savaient trahis à Naples , tandis qu'eux venaient mourir à la frontière ; c'est qu'enfin celait une guerre sociale que Pépé el Carrascosa avaient entreprise à leurs risques cl périls, cl que le peuple napolitain n'avait pas sanctionnée.

lorsque nous traversons Naples avec nos idées libérales, puisées, non pas dans l'élude indivi-

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duelle des peuples , mais dans de simples théories émises par des ptihlicistcs , et que nous jetons un coup d'œil légor à la surface de ce peuple que nous voyons couché presque nu sur le seuil des palais el dans les angles des places où il mange , don et se réveille , notre cœur se serre à la vi e de celle misère apparente, el nous crions dans noire philanthropique élan : c Le peuple napolitain est le peuple le plus malheureux de la terre! >

Nous nous trompons étrangement.

Non , le peuple napolitain n'est pas malheureux , car ses besoins sont en harmonie avec ses désirs. Que lui faut-il pour manger? Une pizza ou une tranche de cocomero à mettre sous sa dent ; que lui faul-il pour dormir? Une pierre à mettre sous sa tète. Sa nudité , que nous prenons pour une douleur, esl au contraire une jouissance dans ce climat ardent , où le soleil l'habille de sa chaleur. Quel dais plus magnifique pourrait-il demander aux palais qui lui prêtent leur seuil que le ciel de velours qui flamboie sur sa léle? Chacune des étoiles qui scintillent a la voûte du firmament n'csl-clle pas dans sa croyance une lampe qui brûle au pied de la Madone? Avec deux grains par jour ne se procuret-il pas le nécessaire , et de son superflu ne lui rcslc-l-il pas encore de quoi payer largement l'improvisateur du Môle et le conducteur du corricolo?

Ce qui est malheureux à Naples, c'esl l'aristocralic, qui, à peu d'exceptions près, esl ruinée, comme nous l'avons dil à propos de la noblesse de Sicile, par l'abolition des majorais el des fidéicommis; c'esl la noblesse qui porte un grand nom et qui n'a pliude quoi le dorer, qui possède des palais el qui laisse vendre ses meubles.

Ce qui est malheureux à Naples , c'est la classe moyenne, qui n'a ni commerce ni industrie, qui lient une plume cl qui ne peut écrire , qui licnl un pinceau el qui ne peut peindre , qui a une voix et qui ne peut parler; c'est celle classe qui calcule qu'elle aura le temps d'être morte de faim avant qu'elle réunisse à elle assez de nobles philosophes et de lazzaroni intelligents pour se faire une majo rite constitutionnelle.

Nous reviendrons en temps et lieu sur le mezzo celo et sur les laizaroni. Cet article nous a déjà entraîné trop loin, puisqu'il ne devait être consacré qu'à la noblesse ; mais de déduction en déduction on fait le tour du monde. Que notre lecteur se

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rassure : nous nous apercevons à temps de notre rrreur, et nous nous arrêtons à Tolède.

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