‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 41 sur 212 · TROIS ENFANTS · texte numérisé non relu

TROIS ENFANTS

Comme on le pense bien, les Anglais, pour avoir perdu quatre vaisseaux, n'avaient pas renoncé à leurs projets sur l'Ile de France; tout au contraire, ils avaient maintenant à la fois une conquête nou

310 GEOR

velle à faire et une vieille défaite à venger. Aussi, trois mois à peine après les événements que nous venons de meure sous les yeux du lecleur, une seconde latte non moins acharnée, mais qui dev;iil avoir des résultais bien dilïéreiits, avait en lieu au Port-Louis même , c'csi-à-dire sur un point par- j faitemenl opposé à celui où avait eu lieu la première.

Cette fois, ce n'était pas de quatre navires ou de dix-huit cents hommes qu'il s'agissait. Douze frégates, huit corvetteset cinquante bâtiments de transfert avaient jeté vingt ou vingt-cinq mille hommes sur la côte , cl l'armée d'invasion s'avançait vers le Tort Louis, qu'on appelait alors le Port-Napoléon. Aussi, le chef-lieu de l'Ile, au moment d'être attaqué par de pareilles forces, présentait-il un spectacle difficile à décrire. De tous côtés, la foule, accourue des différents quartiers de l'Ile et pressée dans les mes, manifestait la plus vive agitation ; comme nul ne connaissait le danger réel, chacun créait quelque danger imaginaire; cl les récils les plus exagérés et les plu» inouïs étaient ceux qui rencontraient la plus grande croyance. De temps en temps, quelque aide de camp du général commandant apparaissait tout à coup, ponant un ordre et jetant à la multitude une proclamation destinée a éveiller la haine que les nationaux portaient aux Anglais, et à exalter leur patriotisme. A sa lecture , les chapeaux s'élevaient au bout des baïonneiles; les cris «le : Vive? ttnpt' reur! retentissaient; des serments de vaincre ou de mourir étaient échangés; et un frisson d'enthousiasme courait parmi celle foule, qui passait d'un repos bruyanl à un travail furieux el se précipitait de tous côtés, demandant a marcher à l'ennemi.

Mais le véritable rendez-vous élail à la place d'Armes, c'est-à-dire au centre de la ville. C'est là que se rendaient, tantôt un caisson emporté au galop de deux petits chevaux de Timor ou de Pegu, tanlôl un canon traîné au pas de course par des artilleurs nationaux, jeunes gens de quinze à dix-huit ans à peine, à qui la poudre qui leur noircissait la figure tenait lieu de barbe. C'était là que se rendaient des gardes civiques en tenue de combat , des volontaires en babils de faniaisie qui avaient ajouté une baïonnette à leurs fusils de. chasse , des nègres vélus de débris d'uniformes el armés de carabines, I de sabres et de lances, tout cela se mêlant, se heurtant, se croisant, se culbutant et fournissant chacun ! m part de bourdonnement à cette puissante rumeur I

qui s'élevait an-dessus la ville , comme s'élève le bruit d'un innombrable essaim d'abeilles au-dessus d'une ruche giganlesque.

Cependant, une fois arrivés sur la place d'Armes, ces hommes, courant, soit isolés, soit par troupes, prenaient un aspect plus régulier el une allure plus calme. C'eslque sur la place d'Armes se tenait, en attendant que l'ordre de marcher à l'ennemi lui fôl donné, la moitié de la garnison de l'Ile, composée de troupes de ligne, et formant un total de quinze ou dix-huit cents hommes, el que leur altitude, à la fois ficre el insouciante, était un blâme tacite du bruit et de l'embarras que faisaient ceux qui, moins familiarisés avec les scènes de ce genre, avaient cependant le courage cl la bonne volonté d'y prendre part ; aussi, tandis que les nègres se pressaient pèle-mêle à l'extrémité de la place, un régiment de volontaires nationaux se disciplinant de lui-même h la vue de la discipline militaire, s'arrêtait en face de la troupe cl se formait dans le même ordre qu'elle, lâchant d'imiter, mais sans pouvoir y parvenir, la régularité de ses lignes.

Celui qui paraissait le chef de celle dernière troupe , el qui , il faul le dire , se donnait une peine infinie pour atteindre au résultat que nous avons indiqué, était un homme de quarante à quarantecinq ans. portant les épaulctlcs de chef de bataillon, el doué par la nature d'une de ces physionomies insignifiantes auxquelles aucune émotion ne peut parvenir à donner ce que, en termes d'art, on appelle du caraclère. Au reste, il élail frisé, rasé, épingle comme pour une parade ; seulement de temps en temps il détachait une agrafe de son habit boutonné primitivement depuis le haut jusqu'en bas , cl qui , en 8*ouvranl peu à peu, laissait voir un gilet de piqué, une chemise à jabot, cl une cravate blanche à coins brodés. Auprès de lui, un joli cnfanl de douze ans, qu'attendait à quelques pas de là un domestique nègre, vêtu d'une veste et d'un pantalon de basin , étalait, avec cette aisance que donne l'habitude d'être bien mis , son grand col de chemise festonné, 8on babil de camelot verl à boulons d'argent et son castor gris orné d'une plume. A son côté pendait avec sa sabredacbe le fourreau d'un petit sabre , dont il tenailla lame à la main droite, essayanld'imiter,autanlqu'il élail en lui, l'airmarlial de l'officier, qu'il avait soin d'appeler de temps en temps el bien haut : < Mon père, > appellation dont le chef de bataillon ne semblait pas moins fiatié que

GEORGE

du poste émincnt auquel la confiance de tes concitoyens l'avait élevé dans la milice nationale.

A peu de distance de ce groupe qui se pavanait dan» son bonheur, on pouvait en distinguer un autre , moins brillant sans doute , mais à coup sur plus remarquable.

Celui-là se composait d'un bomme de quarantecinq à quarante-huit ans, et de deux enfants l'un âgé de quatorze ans el l'autre de douze.

L'homme était grand , maigre , d'une charpente tout osseuse , un peu courbé , non point par l'âge , puisque nous avons dit qu'il avait quarante-huit ans au plus , mais par l'humilité d'une position secondaire. Eu effet , à son teint cuivré , à ses cheveux légèrement crépus, on devait, au premier coup d'œil , reconnaître un de ces mulâtres auxquels , dans les colonies , la fortune souvent énorme à laquelle ils sont arrivés par leur industrie , ne fait point pardonner leur couleur. Il était vêtu avec une riche simplicité, tenait à la main une carabine damasquinée d'or , armée d'une baïonnette longue cl effilée , et avait au côté un sabre de cuirassier , qui , grâce à sa haute taille, restait suspendu le long de «i cuisse comme une épee. De plus, outre celles qui étaient contenues dans sa giberne , ses poches regorgeaient de cartouches.

L'ainé des deux enfants qui accompagnaient cet bomme, était, comme nous l'avons dit , un grand garçon de quatorze ans, à qui l'habitude de la chasse plus encore que son origine africaine avait bruni le teint ; grâce à la vie active qu'il avait menée, il était robuste comme un jeune homme de dix-huit ans ; aussi avait-il obtenu de son père de prendre part à l'action qui allait avoir lieu. 11 était donc armé de son côté d'un fusil à deux coups, le même dont il avait l'habitude de se servir dans ses excursions dans l ilc, et avec lequel, tout jeune qu'il était, il s'était déjà fait une réputation d'adresse, que lui enviaient les chasseurs les plus renommés. Mais pour le moment, son âge réel l'emportait sur l'apparence de son âge. 11 avait posé son fusil à terre et se roulait avec une énorme chien malgache, qui semblait, de son côté, être venu là pour le cas où les Anglais auraient amené avec eux quelques-uns de leurs bouledogues.

Le frère du jeune chasseur, le second fils de cet bomme, à la haute taille el à l'air humble , celui , cnûn, qui complétait le groupe que nous avons cn-

près, mais dont la nature grêle et chélive ne tenait en rien de la haute stature de son père, ni de la puissante organisation de son frère, qui semblait avoir pris à lui seul la vigueur destinée à tous les deux ; aussi, tout au contraire de Jacques, c'était ainsi qu'on appelait son aiué, le petit George paraissait-il deux ans de moins qu'il n'avait réellement , tant, comme nous l'avons dit , sa taille exiguë, sa figure pâle, maigre et mélancolique, ombragée par de longs cheveux noirs , avaient peu de cette force physique si commune aux colonies ; mais, en récompense, on lisait dans son regard inquiet et pénétrant une intelligence si ardente, el dans le précoce froncement de sourcil qui lui était déjà habituel une réflexion si virile et une volonté si tenace, que l'on s'étonnait de rencontrer à la fois dans le même individu tant de chétiviié cl tant de puissance.

N'ayant pas d'armes , il se tenait contre son père, el sériait de toute la force de sa petite main le canon de la belle carabine damasquinée , portant alternativement ses yeux vifs et investigateurs, de son père au chef de bataillon , el se demandant sans doute intérieurement pourquoi son père , qui était deux fois riche , deux fois brave , deux fois fort cl deux fois adroit comme cet homme, n'avait pas aussi comme lui quelque signe honorifique, quelque distinction particulière. •

Un nègre, vélu d'une veste et d'un caleçon de toile bleue, attendait, comme pour l'enfant au col festonné , que le moment fût venu aux hommes de marcher; car alors , tandis que son père el son frère allaient se ballre, l'enfant devait rester avec lui.

I >e puis le matin, on entendait le bruit du canon, car depuis le malin , le général Vandcrmaësen , avec l'autre moitié de la garnison, avait marché au-devanl de l'ennemi afin de l'arrêter dans les défilés de la montagne longue , et au passage de la rivière du Pont-Rouge , el de la rivière des Lalaniers. En effet, depuis le malin , il avait tenu avec acharnement , mais ne voulanl pas compromettre d'un seul coup toutes ses forces, el craignant d'ailleurs que l'attaque à laquelle il faisait face ne fût qu'une fausse altaque pendant laquelle les Anglais s'avanceraient par quelque autre point sur le Port-Louis , il n'avait pris avec lui que huit cents hommes , laissant , comme nous l'avons dit, pour la défense de la ville, le reste

de

la garnison et

les volontaires nationaux. Il en

trepris de décrire, était un enfant de douze ans à peu résultait qu'après des prodiges de courage , sa pelile

uigm

troupe , qui avait affaire à un corps de quatre mille Anglais et de deux mille cipayes, avait été obligée de se replier successivement de position en position, tenant ferme à chaque accident de terrain qui lui rendait un instant l'avantage , mais bientôt forcée de reculer encore, de sorte que, de la place d'Armes où se trouvaient les réserves, on pouvait, quoiqu'on ne pût apercevoir les combattants , calculer les progrès que faisaient les Anglais, au bruit croissant de l'artillerie, qui de minute en minute se rapprochait : bientôt même on entendit , enire le retentissement des puissantes volées, le pétillement de la mousqueterie ; mais, il faut le dire, ce bruit, au lieu d'intimider ceux des défenseurs du Port-Louis, qui, condamnés à l'inaction par l'ordre du général , stationnaient sur la place d'Armes, ne faisait que stimuler leur courage , si bien que , tandis que les soldats de ligne , esclaves de la discipline , se contentaient de se mordre les lèvres ou de sacrer entre leurs moustaches , les volontaires nationaux agitaient leurs armes, murmurant hautement cl criant que si l'ordre de partir lardait longtemps encore , ils rompraient les rangs et s'en iraient combattre en tirailleurs.

En ce moment on entendit retentir la générale. En même temps un aide de camp accourut au grand galop de son cheval , et sans mémo entrer dans la place, levant sou chapeau pour faire un signe d'appel , il cria du haut de la rue : < Aux retranchements, voilà l'ennemi ! i Puis il repartit aussi rapidement qu'il était venu.

Aussitôt le tambour de la troupe de ligne battit , et les soldats prenant leurs rangs avec la prestesse et la précision de l'habitude , partirent au pas de charge.

Quelque rivalité qu'il y eût entre les volontaires et les troupes de ligne, les premiers ne purent partir d'un élan aussi rapide. Quelques instants se passèrent avant que les rangs ne fussent formés; puis, comme les rangs formés, les uns partirent du pied droit, tandis que les autres partaient du pied gauche, il y eut un moment de confusion qui nécessita une halle.

Pendant ce temps , voyant une place vide au milieu de la troisième fde des volontaires , l'homme a la grande taille cl à la carabine damasquinée, embrassa le plus jeune de ses enfants , et le jetant dans les bras du nègre à la veste bleue , il courut avec son fils aîné prendre modestement la place que la fausse manœuvre exécutée par les volontaires avait laissée vacante.

Mais à l'approche de ces deux parias, leurs voisins de gauche et de droite s'écartèrent, imprimant le même mouvement à leurs propres voisins , de sorte que l'homme à la haute taille cl son fils se trouvèrent le centre de cercles qui allaient s'éloignant d'eux comme s'éloignent de l'endroit où est lombée une pierre , les cercles de l'eau dans laquelle on -l'a jelée.

Le gros homme, aux épaulettes de chef de bataillon , qui venait à grand'peine de rétablir la régularité de sa première file , s'aperçut alors du désordre qui bouleversait la troisième; il se haussa donc sur la pointe des pieds, cl s'adressanl à ceux qui exécutaient la singulière manœuvre que nous avons décrite :

« A vos rangs, messieurs! cria-t-il, h vos rangs! »

Mais à celte double recommandation faite d'un ton qui n'admettait cependant pas de réplique , un seul cri répondit :

« Pas de mulâtres avec nous! pas de mulâtres ! >

Cri unanime , universel , retentissant , que lotit le bataillon répéta comme un écho.

L'officier comprit alors la cause de ce désordre, et vit , au milieu d'un large cercle , le mulâtre qui était demeuré au port d'armes , tandis que son fils alué, rouge de colère, avait déjà fait deux pas en arrière pour se séparer de ceux qui le repoussaient.

A celte vue, le chef de bataillon passa au travers des deux premières files , qui s'ouvrirent devant lui, et marcha droit à l'insolent qui s'était permis, homme de couleur qu'il était , de se mêler à des blancs.

Arrivé devant lui, il le toisa des pieds à la tôle avec un regard flamboyant d'indignation , cl comme le mulâtre restait toujours devant lui droit cl immobile comme un poteau :

« Eh bien! M. Pierre Munier, lui dit-il, n'avez-vous point entendu et faudra-t-il vous répéter une seconde fois que ce n'est point ici votre place , et qu'on ne veut pas de vous ici ? »

En abaissant sa main forte cl robuste sur le gros homme qui lui parlait ainsi, Pierre Munier l'erti écrasé du coup, mais, au lieu de cela , il ne répondit rien, leva la tète d'un air effaré, et, rencontrant les regards de son interlocuteur , il détourna les siens avec embarras , ce qui augmenta la colère du gros homme en augmentant sa fierté.

« Voyons ! que faites-vous là? dit-il en le repoussant du plat de la main.

GEORGE

— M. de Malmédie, répondit Pierre Munier, j'avais espéré que dans un jour comme celui-ci , la différence des couleurs s'effacerait devant le danger général.

— Vous avez espéré, dit le gros homme en haussant les épaules, et en ricanant avec bruit, vous avez espéré , et qui vous a donné cet espoir , s'il vous plaît ?

— Le désir que j'ai de me faire tuer, s'il le faut, pour sauver notre lie.

— Notre lie ! murmura le chef de bataillon ; notre ile ! parce que ces gens la ont des plantations comme nous ils se figurent que Pile est à eux.

— L'Ile n'est pas plus à nous qu'à vous, messieurs les blancs, je le sais bien , répondit Munier d'une voix timide, mais si nous nous arrêtons à de pareilles choses au moment de combattre, elle ne sera bientôt plus ni à vous, ni à nous.

— Assez! dit le chef de bataillon en frappant du pied , pour imposer à la fois silence au raisonneur du geste et de la voix, assez ; étes-vous porté sur les contrôles de la garde nationale?

— Non , monsieur. Vous le savez bien, répondit Munier, puisque lorsque je me suis présenté , vous m'avez refusé.

— Eh bien ! alors , que demandez-vous ?

— Je demandais à vous suivre comme volontaire.

— Impossible , dit le gros homme.

— Et pourquoi cela impossible ? Ah I si vous le vouliez bien, M. de Malmédie...

— Impossible , répéta le chef de bataillon en se redressant. Ces messieurs qui sont sous mes ordres ne veulent pas de mulâtres parmi eux.

— Non , pas de mulâtres! pas de mulâtres ! s'écrièrent d'une seule voix tous les gardes nationaux.

— Mais je ne pourrai donc pas me battre , monsieur? dit Pierre Munier en laissant tomber ses bras avec découragement cl en retenant à peine de grosses larmes, qui tremblaient aux cils de ses yeux.

— Formez un corps de gens de couleur cl mcilezvou8 à leur tête, ou joignez- vous à ce détachement de noirs qui va nous suivre.

— Mais !... murmura Pierre Blunier.

— Je vous ordonne de quitter le bataillon ; je vous l'ordonne, répéta en se rengorgeant M. de Malmédie.

— Venez donc, mon père, venez donc, et laissez là ces gens qui vous insultent, dit une petite voix tremblante décolère ; venez! »

ALKXANDRK 01 MAS. — TO*MK V II.

Et Pierre Munier se sentit tirer en arrière avec tant de force, qu'il recula d'un pas.

< Oui , Jacques , oui , je te suis , dit-il. — Ce n'est pas Jacques , mon père , c'est moi , c'est George. >

Munier se retourna étonné : c'était en effel l'enfant qui étail descendu des bras du nègre, cl qui était venu donner à son père celle leçon.

Pierre Munier laissa lomber sa tôle sur sa poitrine, et poussa un profond soupir.

Pendant ce temps, les rangs de la garde nationale se rétablirent ; M. de Malmédie reprit son poste à la tète de la première file , et la légion partit au pas accéléré.

Pierre Munier resta seul enlre ses deux enfants , dont l'un était rouge comme le feu , et l'autre pâle comme la mort.

Il jeta un coup d'oeil sur la rougeur de Jacques el sur la pâleur de George, et comme si celte rougeur et celle pâleur fussent pour lui un double reproche :

t Que voulez-vous, dit-il, mes pauvres enfants? c'est ainsi! »

Jacques était insouciant el philosophe. Le premier mouvement lui avait été pénible , sans doute ; mais la réflexion étail vile venue à son secours et l'avait consolé.

f Bah ! répondit-il à son père en faisant claquer ses doigts , qu'est-ce que cela nous fait après tout que ce gros homme nous méprise ? Nous sommes plus riches que lui, n'est-ce pas, mon père? Vous êtes plus fort que lui, n'est-ce pas, mon père? cl quant à moi , ajoula-t-il en jetant un regard de côté sur l'enfant au col festonné , que je trouve son gamin de Ilenri à ma belle , et je lui donnerai une volée dont il se souviendra.

—Mon bon Jacques ! » dit Pierre Munier, remerciant son fils aîné d'être en quelque sorte venu soulager sa honte par son insouciance; puis il se retourna vers le second de ses fils pour voir si celui-là prendrait la chose aussi philosophiquement que venait de le faire son frère.

Mais George resta impassible ; tout ce que son père put surprendre sur sa physionomie de glace , fut un imperceptible sourire qui contracta ses lèvres ; cependant si imperceptible qu'il fut , ce sourire avait une telle nuance de dédain et de pitié, que, de même qu'on répond parfois à des paroles qui n'oni pas été dites , Pierre Munier répondit à ce sourire :

Page 1