I .. vieille Marie fit ses dernières dévolions avec
ALEX AM>RK UIMAS. — TOME VU.
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I une foi et une humilité qui édifièrent tons les assistants; puis, ses dévotions faites, son pieux maître, qui lui avait donné un si bon conseil et qui ne l'avait pas quittée pendant tout le temps qu'elle l'accomplissait, prit un des bâtons du dais pour reconduire la proeessjon à l'église.
A la porte il trouva les gardes du commerce qui, leur ordonnance à la main, venaient l'arrêter à domicile. A l'aspect du saint sacrement ils lom-
, bèrcnl a genoux et virent d'abord défiler le sacristain sonnant sa sonnette, puis deux lazzaroni vélus en anges, puis les ouvriers de la paroisse qui étaient de lour cl qui marchaient deux à deux une lorche à la main, puis le prêtre qui portail le saint sacrement, tJ puis enfin leur débiteur , qui leur échappait , grâce au bâton du dais qu'il tenait des deux mains, et qui passait devant eux en chanlanl à tue-lèlc le / Deum laudamus.
Arrivé dans l'église, el par conséquent se trouvant en lieu de sûreté, il écrivit à la bonne Marie qu'elle n'était pas plus malade que lui et qu'elle eût à venir le rejoindre le plus loi possible.
Une heure après le digne couple était réuni.
Le créancier trouva quatre chaises , un buffel cl quatre corbeilles de porcelaine cassée : le tout fui vendu à la criée pour la somme de dix carlins.
Don Philippe n'avait plus besoin de meubles; il avait momentanément trouvé un logement garni. Son ami l'artiste, qui contrefaisait si admirablement les Anglais, était devenu millionnaire tout à coup par un de ces caprices de fortune aussi inouï que bien venu. Un Anglais, immensément riche, et qui avait quitté l'Angleterre attaqué du spleen , élail venu à Naples comme y viennent tous les Anglais ; il était allé voir Polichinelle, cl il n'avait pas ri; il ' était allé entendre les sermons des capucins , el il n'avait pas ri ; il avait assisté au miracle de saint Janvier, cl il n'avail pas ri. Son médecin le regardait comme un homme perdu.
Un jour il s'avisa d'aller aux Fiorcntini ; on y jouait une traduction des Anglaises pour rire, de rillustrissimo signore ?k frite En Italie, tout est de Scribe. J'y ai vu jouer lu Marïti» Faliero, de Scribe; la Lucrèce Borgia, de ScTÎlre" ; ! Antony, de Scribe; et lorsque j'en suis parti, on annonçait, le Sonneur de Saint- Paul, de Seribc.
Le malade élail donc allé voir les Anglaises pour rire , de Scribe ; el à la vue de Lélio, qui jouail l'une de ces dames ( Lélio élail l'ami de don Phi-
lippe), noire Anglais avait lani ri que son médecin avait craint un instant qu'il n'eût, comme Bobèche, la rate attaquée.
Le lendemain il était retourné aux Fiorentini : on jouait les Deux Anglais, de Scribe, cl le splénitiquc y avait ri plus encore que la veille.
Le surlendemain le convalescent ne (t'était pas fait faute d'un remède qui lui faisait si grand bien : il élaii retourné pour la troisième fois aux Fiorentini ; il avait vu le Grondeur, de Scribe, et il avait ri plus encore qu'il n'avait fait les jours précédents.
lien était résulté que l'Anglais, qui ne mangeait plus , qui ne buvait plus , avait peu à peu retrouvé l'appétit et la soif; et cela de telle façon, qu'au bout de trois mois qu'il élait au Lélio , il avait pris une indigestion de macaroni et de muscat calabrais qui l'avait joyeusement conduit la nuit suivante au tombeau. De laquelle fin , plein de reconnaissance pour qui de droit , le digne insulaire avait laissé trois mille livres sterling de rente à Lélio , qui l'avait guéri. Lélio, comme nous l'avons dit, se trouvait donc millionnaire. En conséquence , il s'élail relire du théàlrc, s'appelait don Lélio, et avait loué le premier élage du plus beau palais de la rue de Tolède, où, fidèle à l'amitié, il s'était empressé d'offrir un appartement à don Philippe Villani. C'était celle offre, faite de la veille seulement, qui rendait don Philippe si insoucieux sur la perle de ses meubles.
On fut un an à peu près sans entendre aucunement parler de don Philippe Villani. Les uns di-
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enterrés dans les églises : c'est malsain , cela donne l'aria caliva , la peste, le choléra ; mais n'importe.
c'est l'habitude , et d'un bout de l'Italie à l'autre on s'incline devant ce mot.
Les nobles ont des chapelles héréditaires enrichies de marbre et d'or, ornées de tableaux du Dominiquin, d'André del Sarto et de Ribcira.
Le peuple est jcié pêle-mêle, hommes cl femmes, vieillards et enfants , dans la fosse commune , au milieu de la grande nef de l'église.
Les pauvres sont transportés par deux croquemorts dans une charrette au Campo-Santo.
C'est le plus crncl des malheurs , le dernier des avilissements, lapins cruelle punition qu'on puisse infliger à ces malheureux qui ont bravé la misère toute leur vie, et qui n'en sentent le poids qu'après leur mort. Aussi, chacun, de son vivant, prend-il ses I récautions pour échapper aux croque-morts, à la charrette et au Campo-Santo. De là les associations pour les pompes funèbrc6cnt re citoyens ; de là lesassurances muluelles.non pas sur la vie, mais sur la mort.
Voici les formalités générales de réception pour être admis dans un des cinquante clubs mortuaires de la joyeuse ville de Naples. Un des membres de la société présente le néophyte, qui est élu frère par les votes d'un scrutin secret : à partir de ce moment, toutes les fois qu'il veut se livrer à quelque pratique religieuse, il va à l'église de sa confrérie : c'est sa paroisse adoptive ; elle doit , moyennant une légère contribution mensuelle, le communier , le confirmer, le marier, lui donner l'exlrême-onction pen-
saient qu'il était passé en France, où il s'était fait danl sa vie, et enfin l'enterrer après sa mort : le
entrepreneur de chemins de fer; les autres, qu'il élait passé en Angleterre , où il avait inventé un nouveau gaz.
Riais personne ne pouvait dire positivement ce qu'était devenu don Philippe Villani, lorsque le la du mois de novembre 1835 la congrégation des pèlerins reçut l'avis suivant :
« Le sieur don Philippe Villani étant décédé du spleen , la vénéralde cp^éde des pèlerins est priée de donner les ordres Ojfartljus pour ses obsèques.»
Pour que nos lecteurs comprennent le sens de cette invitation , il est bon que nous leur disions quelques mois de la manière dont se fait à Naplcs le service des pompes funèbres.
l'ne vieille habitude veut que les morls soient
tout gratis et magnifiquement.
Si, au contraire, on a négligé celle formalité, non-seulement on est obligé de payer fort cher toutes les cérémonies qui s'accomplissent pendant la vie , mais encore les parenis sont forcés de dépenser des sommes fabuleuses pour arriver à celle magnificence de funérailles qui est le gr%nd orgueil du Napolitain, à quelque classe qu'il appartienne cl à quelque degré qu'il ail pratiqué sa religion.
Mais si le défunt fait partie de quelque confrérie , c'est tout aulrc ebose : les parents n'ont à s'occuper de rien au monde que de pleurer plus ou moins le mort ; tous les embarras , tous les frais , loulC8 les magnificences regardent les confrères. Le défunt est transporté pompeusement à l'église. On le dépose dans une fosse particulière, sur laquelle on écrit son nom , le jour de sa naissance et celui de sa
mort ; plus.deuxligncsde vertus, au chois des parents.
Enfin, pendant une année entière, on célèbre tous les jours une messe pour le repos de son àme. Et ce n'est pas tout : le 2 novembre, jour de la féle des trépassés , les catacombes de chaque confrérie sont ouvertes au public ; les parvis sont tendus de velours noir ; des fleurs et des parfums embaument ralmo8phùre , cl les caveaux mortuaires sont éclairés comme le théâtre Saint-Charles les jours de grand gala. Alors on hisse les squelettes des frères qui sont morts dans Tannée, on les habille de leurs plus beaux habits, on les place religieusement dans des niches préparées à cet effet tout autour de la salle; puis ils reçoivent les visites de leurs parents qui, fiers d'eux, amènent leurs amis cl connaissances pour leur faire voir la manière convenable dont sonl traités après leur mort les gens de leur famille. Après quoi on les enterre définitivement dans un jardin d'orangers qu'on appelle Terra santa.
Toutes les corporations funèbres ont des rentes, des droits , des privilèges forl respectés ; elles sont gouvernées par un prieur élu tons les ans parmi 1rs confrères. Il y a des confréries pour tous les ordres cl pour toutes les classes : pour les nobles et pour les magistrats , pour les marebands et pour les ouvriers.
Une seule , la confrérie des pèlerins, qui esi une des plus anciennes, admet, avec une égalité qui fait donneur à la manière dont elle a conservé l'esprit de la primitive Église, les nobles et les plébéiens. Chez elle, pas le moindre privilège. Tous siègent aux mêmes bancs, tous sonl couverts du même costume, long obéissent aux mêmes lois ; cl l'esprit républicain de l inslilulion est poussé a ce point , que le prieur est choisi une année parmi les nobles, une année parmi les plébéiens, cl que depuis que la confrérie exislc , cet ordre n'a pas été une seule fois interverti.
C'est de cette honorable confrérie que faisait partie don Philippe Villani ; et il avait si bien senti l'importance d'eu rester membre , que , si bas qu'il cùl été précipité par la roue de la fortune , il avait toujours pieusement et scrupuleusement acquillé sa part de la cotisation annuelle et générale.
On fut donc affligé , mais non surpris , lorsqu'on reçut, au bureau de la confrérie, l'avis de la mort de don Philippe cl l'invitation de préparer ses obsèques.
Le choix de la majorité élail tombé celle année sur un célèbre marchand de morue qui jouissait
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d'une réputation de piété qui eût élé remarquable en tout temps , et qui de nos jours était prodigieuse. Ce fut lui qui , en sa qualité de prieur , cul mission de donner les ordres nécessaires à l'enterrement «le don Philippe Villani ; il envoya donc ses ouvriers au nu 15 de la rue de Tulcdo , dernier domicile du défunt, pour tendre la chambre ardente, convoqua Ions les confrères el invita le chapelain à se tenir prêt, Vingt -quatre heures après le décès, terme exigé par les règlements de la police , le convoi s'achemina rn conséquence vers la maison de don Philippe. Un comte , choisi parmi la plus ancienne noblesse de Naples, tenait legoufalon de la confrérie; puis les confrères, rangés deux à deux et habillés en pénitents rouges , précédaient une caisse mortuaire en argent massif , richement sculptée el ciselée, que recouvrait un magnifique poêle en velours rouge , brodé cl frangé d'or, el que soutenaient douze vigoureux porteurs. Derrière la caisse marchait le prieur, seul et tenant en main le bâton d'cbènc à pomme d'ivoire , insigne de sa charge ; enfin , derrière le prieur, venait pour clore le convoi le respectable corps des pauvres de saint Janvier.
Pardon encore de celle nouvelle digression ; mais, comme nous marchons sur un terrain à peu près inconnu à nos lecteurs , nous allons leur expliquer d'abord ce que c'est que les pauvres de saint Janvier, puis nous reprendrons cet intéressant récit à l'endroii même où nous l'avons interrompu.
A Naples, quand les domestiques sont devenus (rop vieux pour servir les maîtres vivants, qui en général sont fort difficiles à servir, ils changent de condition cl passent au service de saint Janvier, patron le plus commode qui ail jamais existé. Ce sont les invalides de la domesticité.
Dès qu'un domestique a atleint l'âge ou le degré d'infirmité exigé pour être reçu pauvre de saint Janvier, el qu'il a son diplôme signé par le trésorier du saint, il n'a plus a s'inquiéter de rien que de prier le ciel de lui envoyer le plus grand nombre d'enterrements possible.
En effet, il n'y a pas d'enterrement un peu fashionable sans les pauvres de saint Janvier. Tout mort qui se respecte un peu doit les avoir à sa suite. On les convoque à domicile, ils se rendent à la maison mortuaire, reçoivent trois carlins par léte et accompagnent le corps à l'église cl au lieu de la sépulture, en tenant à la main droite une petite bannière noirs flottant au bout d'une lance. Tant
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qu'ils accompagnent le convoi, le plus grand respect accompagne le» pauvres de saint Janvier; mais comme il n'est pas de médaille, si bien dorée qu elle soit, qui n'ait son revers , à peine les malheureux invalides cessent-ils d cire sous la protection du cercueil , qu'ils perdent le prestige qui les défendait, et qu'ils deviennent purement cl simplement les lanciers de la mort. Alors ils sont hués , conspues , poursuivis cl reconduits à domicile à coups d'écorce de citrons cl de trognons de choux, à moins que par bonheur il ne passe, entre eux cl les assaillants, un cliicn ayant une casserole à la queue. On sait que dans tous les pays du monde , une casserole cl un chien réunis par un bout de ficelle sont un grave événement.
Le gonfalonicr, les confrères, la caisse mortuaire, les porteurs , le marchand de morue cl les pauvres de saint Janvier arrivèrent donc devant le n° L5 de la rue de Toledo ; lu, comme le convoi était parvenu à sa destination , il fit halle. Quatre portefaix montèrent au premier , prircnl la bière posée sur deux tréteaux, la descendirent el la déposèrent dans la caisse d'argent : aussitôt le prieur frappa la terre de son bâton, et le convoi, reprenant le chemin par lequel il était venu , rentra lentement dans l'église des Pèlerins.
Le lendemain des obsèques , le prieur, selon ses habitudes bourgeoises qui le tenaient toute la journée à son comptoir, sortait à la, nuit tombante pour aller faire son petit tour au Môle , récitant mentalement un de Profundis pour l'âme de don Philippe Villani , lorsqu'au détour de la rue San-Giacomo, il vil venir à sa rencontre un homme qui lui paraissait ressembler si merveilleusement au défunt qu'il s'arréla stupéfait. L'homme s'avançait toujours, et à mesure qu'il s'avançait la ressemblance devenait de plus en plus frappante. Enfin, lorsque cet homme ne fui plus qu'à dix pas de dislance , tout doute disparut : c'était l'ombre de don Villani elle-même.
L'ombre , sans paraître s'apercevoir de l'effet qu'elle produisait, s'avança droit vers le prieur. Le pauvre marchand de morue était resté immobile : seulement la sueur coulait de son front , ses genoux s'entre-choquaient, ses dents étaient serrées par une contraction convulsive ; il ne pouvait ni avancer ni reculer: il maya de crier au secours; mais, comme Knéc sur la tombe de Polydorc, il sentit sa voix expirer dans son gosier , et un son sourd el inarticulé qui ressemblait à un laie d'agonie s'en échappa seul.
— Bonjour, mon cher prieur, dit le fantôme en souriant.
— In nomme Palr'u tlFiliiel Spirilâs sancli, murmura le prieur.
— A m en ! répondit le fantôme.
— Yade rétro, Satanas ! s'écria le prieur.
— A qui donc en avez-vous, mon très-cher? demanda le fantôme en regardant aulour de lui , comme s'il cherchait quel objet pouvait causer la lerreur dont paraissait saisi le pauvre marchand de morue.
— Va-l'en, àme bienveillante ! continua le prieur, cl je le promets que je ferai dire des messes pour ion repos.
. — Je n'ai pas besoin de vos messes, dil le fantôme , mais si vous voulez me donner l'argent que vous comptiez consacrer à celle bonne œuvre , cet argent me sera agréable.
— C'esl bien , lui dit le prieur ; il revient de l'autre monde pour emprunter! C'esl bien lui !
— Qui , lui? demanda la fantôme.
— Don Philippe Villani.
— Pardicu! cl qui voulez-vous que ce soit?
— Pardon , mon cher frère , rcpril le prieur en tremblant. Peul-on sans indiscrétion vous demander où vous demeurez , ou plutôt où vous demeuriez ?
— Rue de Toledo , n° 15. A propos de quoi me faites-vous celle question?
— L'est qu'on nous a écrit il y a trois jour» que vous étiez morl. Nous nous sommes rendus a votre maison , nous avons mis votre bière dans le catafalque, nous vous avons conduit à l'église et nous vous avons enterré.
— Merci de la complaisance ! dil don Philippe.
— Mais comment se fait-il, puisque vous êtes mort avant-hier el que nous vous avons enterré hier que je vous rencontre aujourd'hui ?
— C'esl que je suis ressuscité , dil don Philippe.
Ll donnant au bon prieur une lape d'amitié sur l'épaule, don Philippe continua son chemin. Le prieur resta dix minutes à la même place, regardant s'éloigner don Philippe , qui disparut au coin de la rue de Toledo. La première idée du bon prieur fut que Dieu avait fait un miracle en faveur de don Philippe; mais en y réfléchissant bien, le choix fait par Noire-Seigneur lui sembla si étrange qu'il con- \oipia le soir même le chapitre pour lui exposer ses doute?. Le chapitre convoqué , le digne iuarchan<l
de morue lui raconta cc.qui lui était arrivé , comment il avait rencontré don Philippe, comment don Philippe lui avait parlé , cl comment enfin don Philippe en le quittant lui avait annoncé, comme avait fait le Christ à la Madeleine , qu'il était ressuscité le troisième jour.
Sur dix personnes dont se composait le chapitre, neuf parurent disposées à croire au miracle ; une seule secoua la tétc.
— Doutez-vous de ce que j'ai avancé? demanda le prieur.
— Pas le moins du monde, répondit l'incrédule ; seulement, je crois peu aux fantômes, cl comme tout ceci pourrait hien cacher quelque nouveau lour de don Philippe, je serais d'avis, en attendant plus amples informations, de le faire assigner en dommages-intérêts comme s'étanl fait enterrer sans être mort.
Le lendemain , on laissa chez le portier de la maison n° lo, rue de Tolcdo, une sommation conçue en ces termes :
c L'an 1835, ce 18 novcmhrc, à la requête de la vénérable confrérie des pèlerins, moi , soussigné, huissier près le tribunal civil de Naples , j'ai fait sommation à feu don Philippe Villani, décédé le 15 du même mois, de comparaître dans la huitaine devant le susdit tribunal, pour prouver légalement sa mort , et , dans le cas contraire, se voir condamner à payer à ladite vénérable confrérie des pèlerins cent ducats de dommages- intérêts, plus les frais de l'enterrement et du procès. »
C'était le jour même du jugement du procès que nous nous étions trouvés au milieu du rassemblement qui attendait, rue de Forcella , l'ouverture du trihunal. Le tribunal ouvert, la foule se précipita ilans la salle d'audience cl nous entraîna avec elle. Tout le monde s'attendait a voir juger le défunt par défaut; mais tout le monde se trompait : le défunt parut, au grand élonnemeni de la foule, qui l'ouvrit en le voyant paraître , et le laissa passer avec un frissonnement qui prouvait que ceux qui la composaient n'étaient pas bien certains au fond du cœur que don Philippe Villani fût encore réellement de ce monde. Don Philippe s'avança gravement et de ce pas solennel qui convient aux fantôme* ; puis, s'arrêlani devant le tribunal , il s'inclina avec respect.
— Monsieur le président, dit-il, ce n'est pas moi
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qui suis mort , mais un de mes amis chez lequel je logeais; sa veuve m'a chargé de son enterrement , cl comme, pour le quart d'heure, j'avais plus besoin d'argent que de sépulture , je l'ai fait enterrer à ma place. Au surplus , que demande la vénérable confrérie? J'avais droit à un enterrement pour un : elle m'a enterré. Mon nom était sur son catalogue : elle a rayé mon nom. Nous sommes quittes. Je n'avais plus rien à vendre : j'ai vendu mes obsèques.
En effet , le pauvre Lélio , qui avait tant fait rire les autres, venait «le mourir du spleen , et c'était lui que la vénérable confrérie des pèlerins avait enseveli au lieu et place de don Philippe. Celui-ci fut renvoyé de la plainte aux grands applaudissements de la foule, qui le reporta en triomphe jusqu'à la porte du n° 15 de la rue de Tolcdo.
Au moment où nous quittâmes Naples, le bruit courait que don Philippe Villani allait faire une fin en épousanl la veuve de son ami, ou plutôt ses trois mille livres sterling.