‹ OEuvres de Alfred de MussetChapitre 13 sur 18 · LE TREIZE JUILLET · texte numérisé non relu

LE TREIZE JUILLET

La joie C)t ici-bas toujours jeune et nouvelle, Mail le chagrin n'est vrai qu'autant qu'il a vieilli. A peine ai le prince, hier enseveli, Commence à l'endormir dans la nuit éternelle ; L'ange qui l'emporta n'a pas fermé ion aile ; peut-être est-ce bien vite oser parler de lui !

Ce fut un triste jour, quand, >ur une civière, Cette mort sans raison vint nous épouvanter.

Ce fui un triste aspect, quand la nef séculaire Se para de son deuil comme pour le Hier.

Ce fui un triste bruit, quand, au glas funéraire, Lea faiseurs de romans se mirent à chanter,

Nom nom tûmes alors, nous, ses ami» d'enfance.

Tandis qu'il cheminait vers le sombre caveau,

Nous suivions le cercueil en pensant au berceau ;

N os pi eu rs , que no us cach ions , n'avai e nt pas d'é loq u ence ;

Et ion ombre peut-être entendît le silence

Qui se lit dans nos cœurs autour de son tombeau.

Où ce jeune homme est mort dans sa force et Préservé du néant par l'excès du malheur.

Far sa jeunesse même et par sa destinée.

■a- dire : n A demain 1

O Mort ! te> pu sont lents, mais ils sont bien com Qui donc t'a jamais crue aveugle, inexorable ? Qui donc a jamais dit que ton spectre implacable Errait, ivre de sang, frappant de tous côtes, Balayant au hasard, comme des grains de «a bit, Les temples, les déserts, les champs et les cité»?

Non, non,

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choisir. Par

Tu peux se

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Ta main n'est pas toujours bie

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eut ceux qui s

Epargne l'i

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respecte l'im

Laisse blanchir le

vice et langu

Mail, quand la noble enfaift d'une race royale,

Fuyant des lourds palais l'antique oisiveté,

S'en va dan* l'atelier chercher la vérité,

Et là, créant en rêve une forme idéale,

Kn! T'ouvre un marbre pur de sa main virginale,

Pour en faire sortir la vie et la beauté ;

Quand cet esprit charmant, quand ce naïf ginie Qui courait à sa mère au doux nom de Marie, Sur son œuvre chéri penche son front rêveur, Et, pour noua peindre Jeanne, interrogeant ton ce A la fille des champs qui sauva la patrie PrSte sa pieté, sa grâce el sa pudeur;

Alors ces nobles mains, qui, du travail lassées, Ne prenaient de repos que le temps de prier, Ces mains riches d'aumfine et pleines de pensées, Ce» mains où tant de pleurs sont venus s'easuyer, Frissonnent tout à coup et retombent glacée*. Le cercueil est il Fise ; on va nous l'envoyer.

Et lui, mort l'an passé, qu'avait-il fait, son frire? A quoi bon le tuer? Pourquoi, sur ce brancard, Ce jeune homme expirant suivi par un vieillard? Quel cœur fut assez froid, sur notre froide terre, O u pour ne pas frémir, ou pour ne pas se taire, Devant ce meurtre affreux, commis par le hasard!

Qu'avait-il fait que naître et suivre i

Avec nom réfléchir, avec nous trav; Prendre au soleil son rang tur la pi; De grandeur, bon du cœur, Et, puisqu'il était prince, apprend i

Qu'avait-il fait qu'aimer, chercher, voir par lui-rn Ce que Dieu fit de bon dans sa boulé suprême, Ce qui pâlit déjà dans ce monde ennuyé?

Patrie, honneur, vieux mots dont on rit et qu'on Il vous savait, donnait au pauvre aide et pitié,

Qu'avait-il fait enfin, que ce qu'il pouvait Fai: Quand le canon grondait, marcher sous la bs Quand la France dormait, s'exercer dans les Il s'en lut souvenu peut-être avec le temps; Car parfois sa pensée était sur la frontière, Pendant qu'il écoutait les tambours battre au

Que lui reprocherai même la calomnie?

A défaut de regret, qui ne l'a respecté?

Faites parler la foule, et la haine et l'envie : Ni lâche sur son front, ni faute dans sa vie, Nul n'a laissé plus pur le nom qu'il a porté.

Qu'importe tel parti qui triomphe ou succombe?

Quel ennemi du père ose haïr le fils?

Qui pourrait insulter une pareille tombe?

On dit que, dans un bal, du temps de Châties dix.

Sur les marches du trûne il s'arrêta jadis.

Qu'il y dorme en repos du moins, puisqu'il y tombe !

Hélas! mourir ainsi, pauvre prince, à trente ans 1 Sans un mot de sa femme, un regard de sa mère. Sans avoir rien pressé dans ses bras palpitants! Pas même une agonie, une douleur dernière !

Dieu seul lut dans son cceur l'ineffable prière Qae les anges muets apprennent aui mourants.

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