II
Il faut en convenir, l'antique Modestie Faisait bâiller son monde, et nous n'y tenions plut- Grâce à Dieu, pour New-York elle en enfin partie ;
El tant de pauvres gène, d'ailleurs, s'y sont pendus, Qu'il n'est pas Étonnant qutelle ait tes bras rompus .
Le scandale, au contraire, a cela d'admirable, Qu'Étant vieui comme Hérode,il est toujours nouveau Que voilà cinq mille ans qu'on le trouve adorable. Toujours frais, toujours gai, vrai Tïthon de la Fable Que l'Aurore, au lever, rend plus jeune et plus beau, Et que VÉnils, le soir, endort dans un berceau.
Apprenez donc, lecteur, que je viens d'Allemagne. Vous savez, en été, comme on s'ennuie ici ; En outre, pour mon compte, ayant quelque souci, Je m'en fus prendre à Bade un semblant de campagne (Bade est un parc anglais fait sur une montagne, Ayant quelque rapport avec Montmorency.)
Vers te mois de juillet, quiconque a de l'otage Et porte du respect au boulevard de Gand, Sait que le vrai bon ton ordonne absolument A tout être créé possédant équipage De Se précipiter sur ce petit village, Et de s'y bousculer impitoyablement.
Les dames de Paria savent par la gazette
Que l'air de Bade est noble, et parfaitement sain.
Comme on va chez Herbault faire un peu de toilette,
On fait de la santé là-bas ; c'est une emplette :
Des roses au visage, et de la neige au sein ;
Ce qui n'est défendu par aucun médecin.
Bien entendu, d'ailleurs, que le but du voyage Est de prendre les eaux ; c'est un compte réglé. D'eaux, je n'en ai point vu lorsque j'y suis allé ; Mais qu'on en puisse voir, je n'en mets rien en gage ; Je crois mime, en honneur, que l'eau du voisinage A, quand on l'examine, un petit goût salé.
De n'y pas soupçonner l'ombre d'un violon.
Mais dès qu'il y fait nuit, que voulez-vous qu'on fasseî Personne au Vieui ChSteau, personne à la Terrasse ; On entre à la maison de Conversation.
Cette maison se trouve être un gros bloc fossile, Bâti de vive force à grands coups de moellon ; C'est comme un temple grec, tout recouvert en tui Une espèce de grange avec un péristyle, Je ne sais quoi d'informe et n'ayant pas de nom ; Comme un grenier à foin, bâtard du Parlhénon.
J'ignore vers quel temps Belzébuth l'a construite. Peut-être est-ce un mammouth du régne minéral. Je la prendrais plutôt pour quelque aérolitbe, Tombée un jour de pluie, au temps du carnaval. Quoi qu'il en eoit du moins, les flancs de l'animal Sont construits tout a point pour l'âme qui l'habite.
Cette Bros, c'est le jeu; mettez bas le chapeau, Voue qui venez ici, mettez bas l'espérance.
Derriire ces piliers, dans cette salle immense, S'étale un tapis vert, sur lequel se balance Un grand lustre blafard au bout d'un oripeau Que dispute à la nuit une pourpre en lambeau.
Là, du soir au matin, roule le grand petit-être, Le hasard, noir flambeau de ces siècles d'ennui, Le seul qui dons te ciel flotte encore aujourd'hui. Un bal est à deux pas ; à travers la fenêtre, On le voit ça et là bondir et disparaître, Comme un chevreau lascif qu'une abeille poursuit.
Les croupiers nasillards chevrotent en cadence, Au son des instruments, leurs mots mystérieux ; Tout est joie et chansons ; la roulette commence : Ils lui donnent le branle, ils la mettent en danse, Et, ratissant gaiment l'or qui scintille aux yeux, lia jardinent ainsi sur un rbythme joyeux.
L'abreuvoir est public, et qui veut vient y boire. J'ai vu les paysans, fiis de la Forêt-Noire, Leurs bîtons à la main, entrer dans ce réduit; Je les ai vus penchés sur II bille d'ivoire, Ayant à travers champs couru toute la nuit, Fuyards désespérés de quelque honnête lit ;
Je les ai vus debout, sous la, lampe enfumée, Avec leur veste rouge et leur» souliers boueux, Tournant leurs grands chapeaux entre leurs doigts calleux. Poser ions les râteaux la sueur d'une année!
Et là, muets d'horreur devant ta Destinée, Suivre des yeux leur pain qui courait devant eux !