XXXI
Mon marmot cependant te trouvait une Gîte,
Anglaise de naissance et de bonne famille.
Or, la veille du jour fixé pour mon départ,
Je vins à rencontrer sa mère par hasard.
C'était au bal. — Au bal il faut bien qu'on babille :
Je fis donc pour le mieux mon métier de bavard.
Une goutte de lait dans la plaine étbérée Tomba, dit-an, jadis, du haut du firmame La Nuit, qui aur son char passait en ce m Vit ce pâle sillon sur sa mer azurée, El, secouant les plis de sa robe nacrée, Fit au ruisseau céleste un lit de diamant
Le» Grecs, enfants gfllés des Fille* de Mémoire, De miel et d'ambroisie ont doré celle histoire; Mais j'en veux dire un poïnl qui fut ignoré d'eux ; C'est que, lorsque lunon vit sou beau sein d'ivoire En un fleuve de lait changer ainsi les cieux, Elle eut peur tout à Coup du souverain des dieux.
Elle voulut poser set mains >ur ta poitrine ; Et, sentant ruisseler ta mamelle divine, Pour épargne! l'Olympe, elle se détourna; Le soleil était loin, la (erre était voisine; Sur noire pauvre argile une goutte en tomba;
C'était un bel enfant qne cette jeune mère; Un véritable enfant, — et la riche Angleterre Plue d'une foie dans l'eau jettera son filet Avant d'y retrouver une perle aussi chère; En vérité, lecteur, pour faire sou portrait, le ne puis mieux trouver qu'une goutte de lait.
Jamais le voile blanc de la mélancolie
Ne fut plus transparent sur un sang plus vermeil
Je m'assis auprès d'elle et parlai d'Italie ;
Car elle connaissait le paya sans pareil..
Elle en venait, bêlas! à sa froide patrie
Rapportant dans son cœur un rayon de soleil.
Noua causâmes ti Ne sachant pas le
ir.y penser, je lui donnai li
Le stjîr, en revenant après la contredanse,
Je lui donnai le bras, nous entrâmes au jeu;
Car on ne peut sortir autrement de ce lieu
a Vous partez, me dit-elle, et vous allez, je pense.
D'ici jusque chez vous faire quelque dépense;
Pour votre dernier jour il faut jouer un peu. a
Far cet ange aux yeux bleus je me laissai conduit Et je n'ai pas besoin, mon ami, de vous (tire Qu'avec quelques louis mon numéro gagna.
Si c'était dix ou vingt, je n'en sais rienencar; Je parlais pour la France, eHe pour l'Angleterre, Et je sortis de là les deux mains pleine» d'or.
, je i
a de ce jour de détresse it donné mes deux ècaa.
it par charité : je les croyais perdus
je comprit la sagesse :
Lecteur, si je n'ai pas la mémoire égarée, Je l'ai promis, je crois, en commençant ce Une bonne fortune ; elle finit ainsi
©g^??ëï6^??à$i§g!
Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un taule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère, Et «on ombre sera légère
(In soir, noue étions seuls, j'étais assis pria d'elle, Elle penchait la tcte, et sur son clavecin Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main. Ce n'était qu'un murmure : on eût dit les coups d'ail D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseau»
Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux. Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques Sortaient autour de nous du calice des fleurs. Les marronniers du parc et les chênes antiques
Nous écoulions la nuit ; la croisée en Ir'ou verte Laissait venir à nous les parfums du printemps; Les vents étaient muets ; la plaine était déserte ; Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans. Je regardais Lucie. — Elle était pâle et blonde. Jamais deux yeux plus doux n'ont du ciel le plus pui Sondé la profondeur et réfléchi l'azur.
Sa beauté m'enivrait; je n'aimais qu'elle au monde. Mais je croyais l'aimer comme on aime une sœur, Tant ce qui venait d'elle était plein de pudeur! Noubuoub tûmes longtemps : ma main touchait la sien ne. Je regardais rêver aou front triste et charmant, Et je sentais dans l'âme, à chaque
lune, se levant dans un ciel sans nuage, n long réseau d'argent tout à coup l'inonda.
; vit dans mes yeux resplendir son image; sourire semblait d'un ange : elle chanta.
Langue que pour l'amour inventa le génie !
Douce langue du cœur, la seule où la pensée, Cette vierge craintive et d'une ombre offensée, Passe en gardant son voile et sans craindre les yei
Qui «an ce qu'un enfant peut entendre et peut dire Dana les toupie? divins, nés de l'air qu'il respire,
Le reste est un mystère ignoré de la foule, Comme celui des Mots, de la nuit et des bois!
Nous étions seuls, pensifs; je regardais Lucie. L'écho de sa romance en nous semblait frémir. Elle appuya sur moi sa tête appesantie.
Sentais-tu dans ton cœur Desdemona gémir, Pauvre enfant } Tu pleurais ; sur ta bouche adorée Tu laissas tristement mes lèvreB se poser, Et ce fut ta douleur qui reçut mon baiser.
Telle je t'embrassai, froide" et décolorée, Telle, deux mois après, tu fus mise au tombeau, Telle, fi ma chatte fleur! tu t'es évanouie Ta mort fut un sourire aussi doui que ta vie, Et tu fus rapportée à Dieu dans ton berceau.
Doux mystère du toit que l'innocence habite, Chansons, rêves d'amour, rires, propos d'enfant, Et toi, charme inconnu dont rien ne te défend, Qui fis hésiter Faust au seuil de Marguerite, Candeur des premiers jours, qu'étes-vous devenus?
Faix profonde à ion Sme, enfant! à ta mémoire! Adieu 1 la blanche main sur le clavier d'ivoire, Durant les nuits d'été, ne voltigera plus...
Mee chers amis, quand Je mourrai.
Plantez un aaule au cimetière.
J'aime ion feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère, a légère
A lut!
eoù je
o* atoA-DotatE "••
Vous ra'envoyei, belle Emilie, Un poulet bien emmaillotlé; Votre main discrète et polie L'a loi gneuae ment cacheté.
Mais l'aumSne est un peu légère, Et, maigri sa dextérité, Cette main esl bien ménagère Dans «es actes de charité.
C'est regarder à la dépense Si votre offrande cet un paiement ; Et si c'eat une récompense, Vous n'aviez pas besoin d'argent.
A l'avenir, belle Emilie, Si votre cceur est génereu\, Au» pauvres gens, je vous en prie, Faites l'aumône avec vos yeux.
Quand vous trouverez le mérite, Et quand vous voudrez le payer, Souvenez-vous de Marguerite
El du poète Alain Charrier.
Il était bien laid, dit l'histoire, La dame Était fille de roï ; Je suis bien obligé de croire Qu'il faisait mieux les yen que moi.
Mais si ma plume est peu Je chose, Mon carar, héla» ! ne vaul pas mieux Fût-ce même pour de la prose, Vos cadeaux sont trop dangereux.
Que votre charité timide Garde son argent el son or, Car en ouvrant votre main vide, Vous pouvez donner un trésor.
<§m>m%mmm
La4 î*CUir <DE 4Ma4I.
Poète, prends ton luth efcme donne un baiser; La Heur de l'églantier sent ses bourgeons éctorc. Le printemps naît ce soir; les vents vont s'embras Et la bergeronnette, en attendant l'aurore, Aux premiers buissons verts commence à se poseï
Comme il fait noir dans la valli J'ai cru qu'une forme voilée Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie; Son pied rasait l'herbe fleurie; C'est une étrange rêverie; Elle s'efface et disparait.
Poète, prend» Ion luth; la nuit, »ur la pelotue, Balance le zéphyr dans son voile odorant. La rose, vierge encor, se referme jalouie Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant, Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aîmée. Ce soir, sous le» tilleuls, à la sombre ramée Le rayon du couchant laisse un adieu plui doux. Ce soir, tout va fleurir : l'immortelle nature Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, Comme le lit joyaux de deux jeunes époux.
Pourquoi mon cœur bat-il ai vite ?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite, Dont (e me sens Épouvante?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte M'éblouil-elle de clarté?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient? qui m'appelle? — Personne, le suis seul; c'est l'heure qui sonne; O solitude! n pauvreté!
Poêle, prends ton luth ; le vin de la jeunesse Fermente celte nuit dans le» veines de Dieu.
Mon sein est inquiet; la volupté l'oppresse, Et les vents altérés m'ont mit la lèvre en feu. O paresaeux enfant! regarde, je suis belle.
Noire premier baiser, ne t'e
u souviens-tu pas
Quand je Te vis ai plie au toucher de mon ail
Et que, lei yeux en pleurs, t
a tombas dans m
Ah ! je t'ai consolé d'une ami
ère souffrance !
Hélas! bien jeune cncor, lu
te mourais d'ami
Conaole-moicesoir, je met
leurs d'eapérance
J'ai besoin de prier pour viv
re jusqu'au jour.
LE ro
Est-ce toi dont la i
•oii m'appelle,
ma pauvre Muse
, est-ce loi ?
ma fleur, 6 mon
immortelle !
Seul être pudique e
[fidèle
Où vive encor l'amour de moi !
Les rayons glisser dans mon cœur.
Poète, prends ton luth; c'est moi, ton immortelle, Qui t'ai vu Cette nuit triste et silencieux, Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle, Pour pleurer avec toi descends du haut des eicni. Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire Te ronge ; quelque chose a gémi dans ton cœur ; Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur lerre, Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur. Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées. Dans les plaisirs perdus, dans tes peine» passées;
El que ce soie un rêve, et le premier venu.
Inventons quelque part des lieux où l'on oublie;
Voici là verte Ecosse et la brune Italie,
Et la Grèce, ma mère, où le miel est si doux,
Argos, et Pléléon, ville des hécatombes,
Et Messa, la divine, agréable aux colombes,
Et le front chevelu du Pél ion changeant,
Et le bleu Titarèse, et le golfe d'argent
Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire,
La blanche Oloossone a la blanche Camyre.
Dis-moi, quel songe d'or nos chants vont -ils bercer?
D'où vont venir les pleurs que noua allons verser?
Ce matin, quand le jour a frappé ta paupière,
Quel séraphin pensif, courbé sur ton chevet,
Secouait des lilas dans sa robe légère,
Chanterons-nous l'espoir, la tristesse ou la joie? Tremperons-nous de sang les bataillons d'acier? Suspendrons-nous l'amant sur l'échelle de soie? Jetterons-nous au vent, l'écume du coursier?
Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre De la maison céleste, allume nuit et jour L'huile sainte de vie et d'éternel amour?
Crierons-nous à Tarquin: a [lest temps, voici l'ombre! n Descendrons-nous cueillir la perle au fond des mers? Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers ?
Montrer™
s-nous le ciel
à la Mélancolie?
Suivrons-!»
iqs le chasset
ir sur les monts escarpés ?
La biche le
regarde; elle
pleure et supplie;
Sa bruyère
l'attend ; ses
faons sont nouveau
-nés;
II se baisa.
:, il l'égorgé,
il jette à la curée
Sur lee chi
:ns en sueur
son cœur encor vivi
Peindrons-
nous une vici
■fie à la joue empou
rprée.
S'cn allant.
à la messe, u
n page la suivant,
El d'un regard distrait,
à coté de sa mère,
Sur «a livre entr'ouverl
î oubliant sa prière?
Elle «conte
en tremblant, dans l'écho du pi
lier,
Résonner 1
■éperon d'un
hardi cavalier.
Dirons- non s aux héros
des vieux temps de
la France
Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours? Vêtirons-nous de blanc une molle élégie ?
L'homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie, Et Ce qu'il a fauché du troupeau des humains Avant que l'envoyé de la nuit éternelle Vint sur son tertre vert l'abattre d'un coup d'aile, El sur son cœur de fer lui croiser les deux mains? Clouerons-nous au poteau d'une satire altière Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire, Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance Sur le front du génie insulter l'espérance Et mordre le laurier que son souffle a sali ? Prends ton luth! prendslon luth !je ne peux plusmct Mon aile me soulève au souffle du printemps.
Le vent va m 'emporter ; je vi
Je te le* Jomierai sans peine; De nos amours qu'il te souvieriiv
Je ne chante ni l'espérance, Ni la gloire, ni le bonheur, Hélai ! pal même la souffrance La bouche garde le silence Four écouter parler le cceur.
Crois-tu donc que je soit comme lèvent d'automne, Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
O poète! un baiser, c'est moi qui le le donne
L'herbe que je voulais arracher de ce lieu,
C'est ton oisiïtW; ta douleur est à Dieu.
Quel que soit le souci que la jeunesse endure.
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du «eu
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, S poète,
Que la voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en tais d'immortel* qui «t
mt de para sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un :
long voyage,
Dana les brouillardi du soir n
Ses petits affamés courent aur
le rivage,
En le voyant au loin s'abattre sur les eaui Déjà, croyant saisir et partager leur proie, lia courent a leur pare avec dea cria de joie, En secouant leurs becs sur leurs goitres bideu*. Lui, gagnant à paa lents une roche élevée, De son aile pendante abritant sa couvée, Pécheur mélancolique, il regarde les deux, Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverts En vain il a des mers fouillé ia profondeur : L'Océan était vide, et la plage déserte ; Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre, Partageant à ses fils ses entrailles de pire, Dans son amour sublime il berce sa douleur, Et, regardant couler sa sanglante mamelle, Sur ton festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigué de mourir dans un trop long supplice, Il craint que ses enfants ne le laissent vivant; ftlor» il se soulève, ouvre son aile an vent, Et se frappant le cœur avec un cri sauvage, 11 pousse dans la nuit un si funèbre adieu, Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que le voyageur attardé sur la plage, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu
Poêle, c'est ainsi que font Ici grands poètes. Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps ; Hais les festins humains qu'ils servent à leurs Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ai
si d'espérances trompées,
De tristesse et d'où
i, d'amour et de malheur
Ce n'est pas un con
«rt à dilater le cœur.
Elles tracent dans l'air un cercle éblouiss Mais il y pend toujours quelque goutte t
Lq4 LOI SUR Lai TltfSSE.
Je ne fais pas grand cas des hommes politique*; Je De suis pas l'aman! de nos places publiques; On n'y fait que brailler et tourner a tous vents. Ce n'est pas moi qui cherche, aui vitres des bouti Ces placard B.éhomés, debaucheurs de passants, Qui tuaient la pudeur dans les yen» des enfant'
e les hommes entre eux soient égaux sur la 1er n'ai jamais compris que cela pût se faire,
je ne suis pas né de sang républicain, n'ai jamais été, Dieu merci, pamphlétaire; ne suis pas de ceux qui font mentir leur faim,
dans tous les égouts vont s'enfournant du pain.
Pour tire d'un parti j'ai
ne trop la paresse,
Et dans aucun haras je
c suis étalon.
Ma muse, vierge encor,
n'a rien d'écrit au front
Je n'ai servi que Dieu, ir
a mère et ma maîtresse
Et par quelque «entier q
u'ait passe ma jeunesse,
Aucun gravier fangeux n
e lui traîne au talon.
J'ai fléchi le genou sur la dalle sanglante, Chaude et tremblante encor d'un meurtre surhum Quand de joie et d'horreur la France palpitante Vit un pire et ses fila se tenant par la main, A travers les éclairs d'une muraille ardente, Passer en souriant, conduits par le Destin.
J'ai prié, j'ai pleuré, moi, fils d'un siècle in Le jour qu'à Notre-Dame, aux pieds du D Une reine, une mère, S fatale grandeur 1 Vint, la tête baissée, et par les pleurs maig Prier pour ses enfants l'ange de la patrie, Et rendre grâce à Dieu, pale encor de terr
Que la liberté sainte engendre la licence, C'est un mal, je le sais ; el de tout les fléaux Le pire est qu'un bandit soit bâtard d'un héros. C'est an ardent soleil que celui de la France ; $on immense clarté projette une ombre immense : Dieu voulut qu'un grand bien fit toujoursde grands m,
Oui, c'est la vérité, le théâtre et la presse Étalent aujourd'hui des spectacles hideux, Et c'est en pleine rue a se boucher les veux. Un vil mépris de tout nous travaille sans cesse ; La muse, de nos temps, ne se fait plus prêtresse, Mais bacchante ; et le monde a dégradé ses dieux.
Oui, c'est la vérité qu'à peine émancipée, L'intelligence humaine, hier esclave encor, A pris à tire-d'aile un monstrueux essor.
Nos hommes ont souillé leur plus vaillante épée, La parole, cette arme au sein de Dieu trempée, Dont notre siècle au flanc porte la lame d'or.
Ouï, c'est la vérité, la France déraisonne; Elle donne aux badauds, comme à Lacédémone ; Le spectacle effrayant d'un esclave enivré.
C'est que nous avons bu d'un vin pur et sacre, Et, joyeux vigneron qu'un pampre vert couronn Nous vendangeons encor d'un pas mal assuré.
Une loi sur la presse ! 6 peuple gobe-mouche !
La loi, pas vrai? quel mot! comme il emplit la bouche!
Une loi maternelle et qui vous !end les bras !
Une loi, notez bien, qui ne réprime pas,
Qui supprime ! Une lui, comme sainte nîlouche,
Une petite loi qui marche à petits pas!
Une charmante loi, plein Qui couvre tout les srim Voue pouvez tout écrire i
/oyez quelle indulgence!
Avez-vous insulte par quelque raillerie Les hauts représentants de la société?
Médîtea-vous d'un pair, ou bien d'un député?
L'offense la plus grave a droit de seigneurie : Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.
Ce que pour elle un jour vous auriez souhaité ? Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.
Avez-vous quelque place, ou bien quelque industrie. Dont le» jour» de juillet vous aient déshérité ? D'un vieux maître banni serviteur regretté, Osez-vous à l'exil faire une flatterie?
Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.
N'auriez-vous pas construit, pour quelque espiègleri Au fond d'une campagne ou d'une métairie, Un théâtre forain sur deux tréteaux planté ': Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie, Sinon, c'est le pava, refait et recompté; Et voua verrez le bât dont vous serez bâté !
Mais monsieur le ministre a dit & la tribune
Que l'art était perdu, que le goût s'en allait ;
Que sa loi, pour la scène, était ce qu'il fallait ;
Qu'autrefois l'éloquence était chose commune,
Mais qu'en France, aujourd'hui, l'on n'en voyait aucune-.
Et la chose, s l'ouïr, parut claire en eflet.
Je vaudrais bien savoir, pour la rendre plut claire, Ce que c'est que ce goût dont on nous parle tant. Le goût ! toujours le goût ! — Lorsque j'étais enfant, J'avais un précepteur qui m'en disait autant Je vols bien (rois mille ans depuis ta mort d'Homère ; Mais depuis trois mille ans, je ne vois sur la terre
Que ce siècle soit beau, soit grand, c'est à merveille ;
El je n'en dirai pas de mal assurément ;
Quand le diable y serait, ce n'en est qu'un, pourtant
Est-ce une loi pour tous qu'un siècle dans l'histoire? Parce que trois pédants m'ont farci la mémoire De je ne sais quels vers, à contre-cœur appris, N'esl-il pour moi qu'un siècle, et pourmoi qu'un pays ? Eh ! s'il est glorieux, qu'il dorme dans sa gloire, Ce siècle de malheur ! c'est du mien que je suis-
Dana qad temps vivons-nous, voyons, je vol Vivons-noas sous Louis quatorzième du nom Alors portons perruque, allons à Trianon.
Soyons des Heurs d'amour et de galanterie ;
Serait-ce par hasard que ce » goût » ai vanté Passerait à vos yeux pour quelque vieil usage? Ne le croiriez- vous pas de ta Grèce apporte ? Cela pourrait bien être, et voua pensez, je gage, Que ce goût merveilleux, dont voua faites tapage, Vient de la vénérable et sainte antiquité
L'an de la quatre-vingt-cinquième olympiade, [C'était, vous le aavez, le temps d'Alcibïade, Celui de Pcriclès, el Certain vieillard vh Mais vous le conna
irThiers, c'est un 11 avait peu de grâce, et de goût n On le voyait le soir, devant l'Acad< Poser sa large main sur sa tempe t A l'ombre du smilas et du peupliei Le siècle qui l'a vu s'en est appelé
Quand son regard j
ît fixait la face h u
Pour fouiller la pci
isee,
il allait droit au o
Mais il n'en montra
n qu'un sourire n
Attaquait un archonte,
Il nommait par leur nom Ice choses et les Ni le bien, ni le mal, pour lui n'était voilé Ses vers, au peuple même au théâtre assen De dures vérités n'étaient point économes Et s'il avait vécu dans le temps où nous so A propos de la loi peut-être eût-il parle.
n Etourdis habitants de la vieille Lutéce, Dirait-il, qu'avez-vous, el quelle étrange ivresse Vous fait dormir debout î Faut-i] prendre un bâton Si vous clés vivanWj à quoi pensei-vous donc î Pendant que vous donnez, on bâillonne la presse,
Dieu juste ! nos prisons s'en vont en colonie ! Je ne m'élonne pat qu'on civilise Alger.
Les pauvres musulmans ne savaient qu'égorger; Mais nous, noire océan porte à Philadelphie Une rare merveille, une plante Inouïe, Que nous ferons germer sur le sol étranger.
Regardez, regardez, peuples du nouveau monde! N'apercevez-vous rien sur votre mer profonde? Ne vient-il pas à vous, du bout de l'horizon, Un cétacée énorme, au triple pavillon?
Vous ne devinez pas ce qui se meut «ur l'onde; C'est la première fois qu'on lance une prison. ,
Enfants de l'Amérique, accourez au rivage!
Venez voir débarquer, superbe et pavoisé, Un supplice nouveau par la mer baptisé.
Vos monstres quelquefois nom arrivent en cage; Venez, c'est votre tour, et que l'homme sauvage Fixe tes yeux ardents sur l'homme apprivoisé.
Voyez- vous ces forçats que de cette machine On tire deux a deux pour les descendre à bord? Lfs voyez-vous, fiévreux, et le fouet sur ['échine, Glisser sur leur boulet dans les sables du port ?
Car le génie humain a fait pis que la mort.
Ils ont dit que Solon comprenait la Justin Autrement qu'à Paris les préfets de polici Et qu'autrefois en Grèce il fut un peuple 1
Tous ces piles rfivei
Lot J(BIT VE •DÉCEWB1&,
Du temps que j'étais écolier, Je restais ud loir à veiller Dam notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir Un pauvre enfant vêtu de noir,
Pensif, avec ne doux m
Un jeune homme vEtu de ni Qui me ressemelait comme
Je lui demandai n
Il me fit 11a salut d'ami, El, k détournant à demi, Me montra du doigt la colli
A Fige où l'on croit à l'amc J'étaii «cul dans ma chambrt Pleurant ma première misen
On étranger vîtn de
Qui me ressemblait .
A rage où 11
Un jour je te
Un haillon de pourpre en lambeau, Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien, El mon ïerre, en touchant le sien, Se brisa dans ma main débile.
Un an après, il était nuit, J'étais a genoux près du lit
Au chevet du lit vint s'asseoir Un orphelin vêtu de noir, Qui rac ressemblait comme un
Ses yeux étaient noyés Se pleurs; Comme tes anges de douleurs, Il était couronné d'épine; Son luth à terre était gisant, Sa pourpre de couleur de sang, Et son glaive dans sa poitrine.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ailgc ou démon,
J'ai vu partout celte ombre am
Lorsque plus tard, las de souffrir, Pour renaître ou pour en finir, J'ai voulu m'exiler de France, Lortqu'im patient de marcher, J'ai voulu partir, et chercher Les vestiges d'nne espérance;
A Pise, au pied de l'Apennin; A Cologne, en face du Rhin;
A Vevay, sous les verte pommiers; Au Havre, devant l'Atlantique ; A Venise, à l'affreux Lido, Où vient sur l'herbe d'un tout beau Mourir lu pile Adriatique;
Partout où, «ou* cet vastes cieu J'ai lassé mon cœur et mes yeui Saignant d'une Éternelle plaie; Partout où le boiteux Eunui, Traînant ma fatigue après lui, M'a promené sur une claie ;
Partout où, sans avoir vécu, La face humaine et tes mensonge»; Partout où, le long des chemina, Et sangloté comme une femme; Qui laisse sa laine au buisson,
Partout OÙ j'ai voulu dormir, Partout où j'ai voulu mourir, Partout où j'ai louche la terre, Sur ma route est venu s'asseoir Un malheureux v5tu de noir, Qui roc ressemblait comme un frère
Qui donc e«-tu, toi que dans cette vie Je vois toujours sur mon chemin ?
ie ne puis croire, à ta mélancolie,
Ton doux sourire a trop de patience, Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, i'aime la Providence.
Ta douleur même est sœur de ma gouffra Elle ressemble a l'Amitié
Qui donc es-tu? — Tu
maux (c'est une chose étrange!) ie regardes souffrir.
Et je
c saurait
'appeler.
Qn
donc es-tu, si Ce
t Dieu qui t'envoie?
Tu
me sou
ïs sans partager ma joie,
Tu me
plains san
Ce
soir enc
or je t'ai v
a m 'an parai ire.
C'êlai
par une t
iste nui!.
le des
ents batta
là ma fenêtre;
J'étais
seul, cour
c sur mon lit.
regardais une plac
chérie,
Tiède
enc or d'un
baiser brûlant;
Et je songeais comme
la femme oublie,
Et
e sema
s un lambeau de ma vie,
Qui s
déchirait
entement.
le rassemblais des lettres delà veille, Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l'oreille Ses éternels serments d'un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées, Qui me faisaient trembler la main,
Et que les yeux qui les avalent pleurées Nere
J'enveloppais dans u
n morceau de bure
Ces ruines des j
ours heureux.
le me disais qu'ici-b
as ce qui dure,
C'est nne mien
e de cheveux.
Comme un plongem
- dans une mer profonde.
le me perdais t
la rus tant d'oubli.
De tousefitéi j'y tel
ournais la sonde,
Et je pleurais, seul,
loin des yenx du monde
Mon pauvre amour enseveli.
J'allais poser le scea
i de cire noire '
Sur ce fragile e
t cher trésor.
J'allais le rendre, et
n'y pouvant pas croire,
En pleurant j'e
a doutais encor,
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu
t'en souviendras!
Pourquoi, grand Di
eu! mentir à sa pensée?
Pourquoi ces pleurs
, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si
ta n'aimais pas?
Out, tn languis, tu souffres, et tu pleures Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien, adieu ! Vous compterez les heur Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, cl dans ce cœur de glace Emportez l'orgueil satisfait.
Et bien des maux pourront y trouver pis
Partez, partez, Il Nature immortelle
N'a pas tout voulu vous donner.
Ah! pauvre epfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner!
Allez, allez, suivra la destinée!
Qui von. perd n'a pas tout perdu.
Jetez au veut notre amour consumée ; — Éternel Dieu ! toi que j'ai tant aimée,
Si tu pan, pourquoi m'aimes-tu?
— Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit tombn.
Une forme glisser sans bruit Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre :
Elle vient s'asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage?
Est-ce un vain rêve? est-ce ma propre image
Que j'aperçois dans ce miroir?
Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n'a lasse?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l'ombre où j'ai passé.
Hôte assidu de mes douleurs?
Qu'as-tu donc tait pour me suivre sur terre' Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n'apparais qu'au jour des pleurs?
— Ami, notre père est le lien.
Je ne suis ni l'ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Quand tu m'as appela ton frère;
Le ciel m'a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur, Viens à moi Ban i inquiétude,
LETTItE ai LaiêdaifCTi^E
Lorsque le grand Byron allait quitter Kavenne Et chercher sur les mers quelque plage lointaine Où finir en héros son immortel ennui, Comme il était assis aux pieds de sa maîtresse, FSIe, et déjà tourna du cote de la Grèce, Celle qu'il appelait alors sa Guiccioll Ouvrît un soir un livre où l'on parlait de lui.
AveZ-VOUS de Ce
emps
conserve la mémoire,
Lamartine; et c
s ver
au
prince
des proscr-
Vous souvient-i
enco
qn.
les »
it écrits?
Vous étici
e gloi
Vous veniez d'essayer pour la première fois
Ce beau luth éplore qui vibre sous vos doigts.
La Muse que le ciel vous avait fiancée
Sur votre front rSveur cherchait votre pensée,
Vierge craintive encore, amante des lauriers.
Vous ne connaissiez pas, noble fils de la
Vous ne connaissiez pas, sinon par sa souffrance,
Ce sublime orgueilleux à qui vous écriviez.
De quel droit osiez-vous l'aborder et le plaindre ?
Quel aigle, Ganymédc, à ce dieu voua portait ?
Preaaentiez-vous qu'un jour vous le pourriez atteindre,
Celui qui de ai haut alors voua écoutait ?
Non, vous aviez vingt ans, et le cccur voua battait.
Voua aviez lu Lara, Manfred, et Le Corsaire,
Et voua aviez écrit sans essuyer vos pleurs;
Le souffle de Hyron vous soulevait de terre,
El vous alliez à lut, porté par ses douleurs.
Vous appeliez de loin cette Sme désolée;
Pour grand qu'il voua parût, vous le sentiez ami.
Et, comme le torrent dans la verte vallée,
L'écho de son génie en voua avait gémi.
Et lui, lui dont l'Europe, encore toute armée, Ecoutait en tremblant les sauvages concerts; Lui qui depuis dix ans fuyait sa renommée, Et de sa solitude emplissait l'univers; Lui, le grand inspiré de la Mélancolie, Qui, la* d'être envié, se changeait eu martyr; Lui, le dernier amant de la pauvre Italie, Pour son dernier exil s'apprétant à partir; Lui qui, rassasié de la grandeur humaine, Comme un cygne, Ison chant sentant sa morlp Sur terre autour de lui cherchait pour qui mt
Ce doux salul lointain d'un jeune homme il Je ne nais ai du style il comprit la richesse : Il laissa dans ses yeux sourire sa tristesse :
BC Fomii
Foiile, maintenant que ta mute fidèle,
Par ton pudique amour sûre d'être immortelle)
De la verveine en fleur I'* couronné le front,
A ion tour, reçois-moi comme le grand Byron.
De l'égaler jamais je n'ai pas l'espérance;
Ce que tu tiens du ciel, nul ne me l'a promis,
Mais de Ion sort au mien plus grande est la distanct
Meilleur en sera Dieu qui peut nous rendre amis.
Je ne t'adresse pas d'inutiles louanges,
Et je ne songe point que tu me répondras;
Pour être proposés, ces illustres échangea
Veulent êlre signes d'un nom que je n'ai pas.
J'ai cru pendant longtemps que j'étais las du mande;
l'ai dit que je niais, croyant avoir douté,
Et j'ai pris, devant moi, pour une nuit profonde
Mon ombre qui passait pleine de vanité
Poète, je t'écris pour te dire que j'aime,
Qu'un rayon du soleil est tombé jusqu'à moi,
El qu'en un jour de deuil et de douleur suprême,
Les pleurs que ie versais m'ont fait penser à toi.
Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse, Ne sait par cceur ce chant, des amants adoré, Qu'un soir, au bord d'un lac, tu nous as soupiré? Qui n'a lu mille fois, qui ne relit sans cesse Ces vers mystérieux où parle la maîtresse, Et qui n'a sangloté sur ces divins sanglots, Profonds comme le ciel et purs comme les flots? Hélas ! ces longs regrets des amours mensongères, Ces ruines du temps qu'on trouve à chaque pas,
Ce» sillons infinis de lueurs éphémères, Qui peu! se dire un homme, et ne les copnaîl pas? Quiconque aima jamais porte une cicatrice; Chacun l'a dans le sein, toujours prêle à s'ouvrir; Chacun la garde en soi, cher el secret supplice, Et mieux il est frappé, moins il en veut guérir. Te le dirai-ie, à toi, chantre de la souffrance, Que ion glorieux mat, je l'ai souffert aussi? Qu'un instant, comme toi, devant ce ciel immense, J'ai serré dans mes bras la vie et l'espérance, Et qu'ainsi que le tien, mon rive s'esl enfui ?
Endormi, comme loi, dans la paix du bonheur,
J'ai cru sentir le temps s'arrÊter dans mon cœur ? Te dirai-ie qu'un soir, resté seul sur la terre, Dévoré, comme toi, d'un affreux souvenir, Je me suis étonné de ma propre misère,
Ah! ce que j'ai senti dans cet instant terrible,
Oserai-je m'en plaindre el te le raconter?
Comment exprimerai-je une peine indicible ?
Après toi, devant loi, puis-je encor le tenter ?
Oui, de ce jour fatal, plein d'horreur el de charmes,
Je veux fidèlement te faire le récit;
Ce ne sont pas des chants, ce ne sont que des larmes,
Et je ne te dirai que ce que Dieu m'a dit
II croît d'abord qu'un rêve a fascina scb yeux, Et, doutant de lui-mime, interroge les deux.
Partout la nuit est sombre, el la terre enflammée. Il cherche autour de lui la place accoutumée Où sa femme l'attend sur le seuil enlr'ouvert ; Il voit un peu de. cendre au milieu d'un désert. Ses enfants demi-nus sortent de la bruyère, Et viennent lui conter comme leur pauvre mère Est morte sous le chaume avec des cris affreux ; Mais maintenant au loin tout est silencieux Le misérable écoute, et comprend sa ruine.
Il serre, désolé, ses fils sur sa poitrine;
Que la faim pour ce soir et la mort pour demain. Pas un sanglot ne tort de sa gorge oppressée : Muet et chancelant, sans force et sans pensée, Il s'assoit à l'écart, les yeux sur l'horizon,
Tel, lorsque, abandonné d'une infidèle amante, Pour la première fois j'ai connu la douleur, Transpercé tout à coup d'une flèche sanglante, Seul, je me suis assis dans la nuit de mon coeur. Ce n'était pas au bord d'an lac an Sot limpide. Ni sur l'herbe fleurie au penchant des coteaux; Mes yeux noyés de pleurs ne voyaient que le vide, Mes sanglots étouffés n'éveillaient point d'échos. C'était dans une rue obscure et tortueuse
De cet immense égout qu'on appelle Paris ; Autour de moi criait cette foule railleuse Qui des infortunes n'entend jamais les cris.
Sur ie pavé noirci les blafardes lanternes Versaient un jour douteux plus triste que la nui: Et, suivant au hasard ces feux vagues et ternes, L'homme passait dans l'ombre, allant où va le Partout retentissait comme une joie étrange; C'était en février, au temps du carnaval.
Les masques avinés, se croisant dans la fange, S'accostaient d'une injure ou d'un refrain banal. Dans un carrosse ouvert une troupe entassée
Puis se perdait au loin dans la ville insensée, Hurlant un hymne impur sous la résine en feux. Cependant des vieillards, des enfants et des femn Se barbouillaient de lie au fond des cabarets, Tandis que de la nuit les prêtresses infâmes Promenaient çl et là leurs spectres inquiets. On eût dit un portrait de la débauche antique, Un de ces soirs fameux chers au peuple romain,: Où des temples secrets la Vénus Impudique Sortait icbcvclCe, une torche à la main.
Dieu juste ! pleurer seul par une nuit pareille '. O mon unique amour ! que vous avals-je fait?
Vous m'aviel pu quitter, vous qui Que vous étiez ma vie, et que Die Ah I toi, le savais-tu, froide et crui
J'étais là, regardant de ta lampe chérie,
oo
Comme une étoile au ciel, la tremblante clarté? Non, tu n'en savais rien, je n'ai pas vu ion ombre; Ta main n'est pas venue entr'ouvrir ion rideau; Tu n'as pal regardé si le ciel était sombre; Tu ne m'as pas cherché dans cet affreux tombeau !
Lamartine, c'est là, dans cette rue obscure, Assis sur une borne, au fond d'un carrefour, Les deux mains sur mon cœur, et serrant ma blessure,
C'est là, dans cette nuit d'horreur et de détresse, An milieu des transports d'un peuple furieux Qui semblait en passant crier à ma jeunesse ; ii Toi qui pleures ce soir, n'as-tu pas ri comme euxT u C'est là, devant ce mur, où j'ai frappé ma tête. Où j'ai posé deux fols le fer sur mon sein nu; C'est là, le croiras-tu r chaste et noble poète, Que de tes chants divins je me suis souvenu.
O toi qui sais aimer, réponds, amant d'Elvire, Comprends-tu que l'on parte et qu'on se dise adieu# Comprends-tu que ce mol, la main puisse i'écrire,
Les lèvres, qu'un baiser vient d'unir devant Dieu ?
Comprends-tu .qu'un lieu qui, dans l'ame immortelle,
Chaque jour plus profond, se forme à notre insu;
Qui déracine en nous la volonté rebelle,
Et nous attache au cœur son merveilleux tissu;
Un lien tout-puissant dont les nœuds et la trame
Son! plus durs que la roche et que les diamants;
Futa tout à coup Nous laine épouvante
O poète! il est dur que la nature humaine, Qni marche à pas comptes ver» une fin certaine, Doive encor s'y (rainer en portant une croix, Et qu'il faille ici-bas mourir plus d'une fois. Car de quel autre nom peut s'appeler sur terre Cette nécessité de changer de misère, Qui nous fait, jour et nuit, tout prendre et tout quit Si bien que notre temps te passe à convoiter ? Ne sont-ce pas des morts, et des morts effroyables. Que tant de changements d'êtres si variables, Qui se disent toujours fatigués d'espérer, Et qui sont toujours prêts à se transfigurer ? Quel tombeau que le cœur, et quelle solitude ! Comment la passion devient-elle habitude, El comment se fait-il que, sans y trébucher, Sur ses propres débris l'homme puisse marcher ? Il y marche pourtant; c'est Dieu qui l'y convie. Il va semant partout et prodiguant sa vie :
Désir, crainte, colère, inquiétude, ennui, Tout passe et disparaît, tout est fantôme en lui. Son misérable coeur est fait de telle sorte, Qu'il i
[1 meurt dan* ce qu'il pleure et dans ce qu'il et père; Et, sans parler des corps qu'il faut ensevelir, Qu'est-ce donc qu'oublier, si ce n'est pas mourir f Ah 1 c'est plus que mourir; c'est survivre à soi-même. L'âme remonte au ciel quand on perd ce qu'on aime; 11 ne reste de nous qu'un cadavre vivant ; Le désespoir l'habite, et le néant l'attend.
Eh bien ! bon ou mauvais, inflexible ou fragile,
Humble ou lier, triste ou gai, mais toujours gémissant,
Cet homme, tel qu'il est, cet être fait d'argile,
Tu l'as vu, Lamartine, et son sang est ton sang
Son bonheur est le lien; sa douleur est la tienne;
Et des maux qu'ici-bas il lui faut endurer,
Pas un qui ne te touche et qui ne t'appartienne;
Puisque tu sais chanter, ami, tu sait pleurer.
Dis-moi, qu'en penses-tu dans les jours de tristesse?
Que t'a dît le malheur, quand tu l'as consulté ?
Trompé par tes amis, trahi par la maîtresse,
Du ciel et de toi-même at-tu jamais douté ?
Non, Alphonse, jamais. La triste expérience
Nous apporte la cendre et n'éteint pas le feu.
Tu respectes le mal fait par la Providence,
Tu le laisses passer et tu crois a. ton Dieu.
Quel qu'il soit, c'est le mien; il n'est pas deux croyances,
Je ne sais pas son nom; j'ai regardé les cieux;
Je sais qu'ils sont à lui, je sais qu'ils se
ue l'immensité ne peut pas être à deux.
;onnu, Jeune encor, de sévères souffrances ; <u verdir les bois, et j'ai tunte d'aimer, is ce que la terre engloutît d'espérances, lour y recueillir, ce qu'il y faut semer.
it appris les anges de douleur; :n entrant, l'a gravi! dans mon <
Créature d'un jour qui t'agite De quoi viens-tu te plaindre,
le cœur pris d'an caprice de femme [«'il se brise à force de souffrir, des à Dieu de soulager ton âme :
st immortelle, et ton cœur va guérir
l'un instant te trouble et te dévore ; ; le passé te voile l'avenir.
st immortelle, et le temps va s'enfui
est abattu du mal de ta pensée; n front peser et les genoux fléchir
Ta mémoire, Ion nom, ta Mail non pai ton amour, f Ton âme ctt immortelle et
Lai &CV11 •D'otoui.
Depuis que le soleil, dans l'horizon immense, A franchi le Cancer sur son aie enflammé, Le bonheur m'a quittée, et j'attends eu silence L'heure où m'appellera mon ami bien-aimé.
Hélas! depuis longtemps ta demeure est déserte; Des beaux jours d'autrefois rien n'y semble vivant Seule, je viens encor, de mon voile couverte, Poser mon front brûlant sur sa porte entrouverte. Comme une veuve en pleurs au tombeau d'un enfant.
Salut à ma fidèle amie I Salut, ma gloire el mon amour!
La meilleure et la plus chérie Est celle qu'on trouve au retour L'opinion et l'avarice
Pourquoi, cceur altéré, ranr lassé d'espérance, T'enfuis-tu si souvent pour revenir ei tard î Que l'en vas-tu chercher, sinon quelque hasard? Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance :■ Que fais-tu loin de mol, quand j'attends jusqu'au joui Tu suis un pale éclair dans une nuit profonde Il ne te restera de tes plaisirs du monde Qu'un impuissant mépris pour noire honnête amour Ton cabinet d'étude est vide quand j'arrive; Tandis qu'à ce balcon, inquiète et pensive, je regarde en rivant les murs de ton jardin, Tu te livres dans l'ombre à ton mauvais destin. Quelque fiera beauté le retient dans sa chaîne, El tu laisses mourir cette pauvre verveine Dont les derniers rameaux, en des temps plus heuren Devaient être arrosés des larmes de tes yeux. Cette triste verdure es! mon vivant symbole ;
Et son parfum léger, comme l'oiseau qui vole, Avec mon souvenir s'enfuira dans les cieux.
li passé par la prairie, i tremblante et Hétrie,
Une pâle fleur d'églantier
Un bourgeon vert à calé d'ette
Se balançait but l'arbrisseau;
J'y ris poindre nue fleur nouvelle;
La plut jeune était la plut belle :
Hélas!
toujours un homme, hiilas! toujours de» larmes!
Toujo.
ira les pieds poudreux et la tueur au front 1
Toujot
ire d'affreux combatt et de sanglantes armes ;
Hélas! par tous pays, toujours la même vie :
Convoiter, regretter, prendre et tendre la main; Toujours mêmes acteurs et même comédie, Et, quoi qu'ait inventé l'humaine hypocrisie, Rien de vrai là-dessous que le squelette humain. Hélas! mon bien-aimé, vous n'êtes plus poëte. Rien ne réveillé plus voire lyre muette ; Vous vous noyei le cœur dans un rêve inconstant ; Et vous ne savez pas que l'amour de la femme Change et dissipe en pleurs les trésors de votre âra Et que Dieu compte plus les larmes que le sang.
Quand j'ai traversé la vallée,
Et que trouveras-tu, le jour où la misère
Te ramènera seul au paternel foyer?
Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière
De ce pauvre réduit que tu crois oublier,
De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure,
Chercher un peu de calme et d'hospitalité?
Une voii sera là pour crier à toute heure :
Qu'a*-tu fait de ta vie et de ta liberté?
Crois-tu donc qu'on oublie autant qu'on le souhaite?
Crois-tu qu'en te cherchant tu le retrouveras?
De ton cœur ou de toi lequel est le poète?
C'est ton cteur, et ton cœur ne te répondra pas.
L'auront rendu de pierre an contact des méchants; Tu n'en sentiras plus que d'effroyables restes, Qui remueront encor comme ceux des serpents.
Pauvre enfant ! nos amours n'étaient pas menacée! Quand dans les bois d'Auteuii, perdu dans tes peu Sous les verts maronniers et les peupliers blancs, Je t'agaçais le soir en détours nonchalants
Ah! j'étais jeune alors et nymphe, et les dryades Entrouvraient pour me voir l'écorce des boulcaui, Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades Tombaient, purs comme l'or, dans le cristal des eau Qu'as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse ?
Hélas ! ta joue en fleur plaisait à la déesse Qui porte dans ses mains la force et la santé. De tes yeux insensés les larmes l'ont pâlie; Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertu.
Puisque l'oiseau des bois voltige et chante enec Sous la branche où les œufs sont brisés dans le Puisque la fleur des champs entrouverte à l'aur Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,' S'incline sans murmure et tombe avec la nuit;
Puitqu'au fond des forêts, sous les toits de ver On entend le bois mort craquer dans le sentier. Et puisqu'on traversant l'immortelle nature,
Puisque, jusqu'au» rochers, tout se change en poussière Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain, Puisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre ;
Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain;
O Muse! que m'importe ou la mort ou la vie?
J'aime, et je veux pâlir; j'aime, et je veux souffrir; J'aime, et pour un baiser je donne mon génie; J'aime, et je veux sentir sur ma jbue amaigrie Ruisseler une source impossible à tarir;
J'aime, et je veux chanter la foie et la paresse, Ha folle expérience et mes soucis d'un pur, Et je veux raconter et répéter sans cesse Qu'après avoir jure de vivre sans maîtresse,
Dépouille devant tous l'orgueil qui te dévore, Cœur gonfle d'amertume et qui t'es cru fermé. Aime, et tu renaîtras; fais-loi fleur pour eclore. Après avoir souffert, il faut souffrir encore ; I) faut aimer sans cesse, après avoir aimé.
Août iîj6.
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î Lai SM&iLI'B'KpâVÇ.
Sans doute il est trop tard pour parler encor d'elle ; Depuis qu'elle n'est plus quinte jours sont passés, El dans ce pays-ci quinze jours, je le sais, Font d'une mort récente une vieille nouvelle. De quelque nom d'ailleurs que le regret s'appelle, L'homme, par tout paya, en a bien vile assez.
O Maria-Feïicia ! le peintre et le poêle Laissent, en expirant, d'immortel! héritiers; Jamais l'affreuse nuit ne tes prend tout entiers. A défaul d'action, leur grande âme inquiète De la mon et du temps entreprend la conquête, Et, frappes dans la lutte, ils tombent en guerriers
Celui-là sur l'airain a gravé sa penser ; Dani un rhythme doré l'autre l'a cadencée ; Du moment qu'on l'écoute, on lui devient ami Sur ta toile, en mourant, Raphaël Ta laissée; Et, pour que le niant ne touche point à lui, C'est assez d'un enfant aur sa mère endormi.
Comme dans une lampe une flamme fidèle, Au fond du Partbénon le marbre* inhabité Garde de Phidias la mémoire éternelle, , Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle, Sourit encor, debout dans ta divinité, Aux siècles impuissants qu'a vaincus sa beau
Devient du genre humain l'universelle voi:
Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Mari An fond d'une chapelle il nous reste une c
Une croix! et l'oubli, la nuit et le silence! Écoutez! c'est le vent, c'est l'Océan immense; C'est un pêcheur qui chante au bord du grand chemir. Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance, De tant d'accords si doux d'un instrument divin, Pas un faible soupir, pas un écho lointain!
Comme un parfum léger Cette harpe vivante altac
moureuse et l'œillade espagnole?
ir le> brat nus, quand lu chaînais le Saule,
is hier, plie Desdemorïa?
N'était-ce pas hier qu'à la fleur de ion âge Tu travers»» l'Europe, une lyre à la main ; Dans la mer, en riant, te jetant à la nage, Chantant la tarentelle au ciel napolitain, Cœur d'ange et de lion, libre oiseau de pas Espiègle enfant ce soir, sainte artiste demai
N'était-ce pas hier qu'enivrée et bénie Tu traînais à ton char un peuple transporté, Et que Londre et Madrid, la France et l'Italie, Apportaient à tes pieds cet or tant convoite, Cet or deux fois sacré qui payait ton génie, Et qu'à les pieds souvent laissa ta charité?
Qu'as-tu fait pour mourir, S noble créature, Belle image de Dieu, qui donnais en chemin Au riche un peu de joie, au malheureux du pain? Ah ! qui donc frappe ainsi dans la mère nature, Et quel faucheur aveugle, affame de pâture, Sur le» meilleur» ds noua ose porter la main?