‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 12 sur 57 · ÉTUDE DE M° MARESTANG · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE M° MARESTANG

Avouë près le tribunal de la Seine.

Monsieur Henri de B**, homme de lettres, a Paris.

Du calme, du calme, du calme! Je vous défends d’aller à Moulins, de vous élancer à la poursuite de votre fugitive. Il est plus sage, il est plus sûr de l’attendre chez vous au coin du feu. En somme, que s'est-il passé? Vous refusiez de recevoir cette vieille fille ridicule et méchante; votre femme est allée la rejoindre. Il fallait vous y attendre. La famille est bien forte dans le cœur d’une si jeune ma-

riée. Vous avez voulu aller trop vite. Songez que c’est cette tante qui l’a élevée, qu’elle n’a pas d’autres parents qu’elle. Elle a son mari, me direz-vous. Eh! mon cher enfant, entre nous nous pouvons bien nous faire cet aveu, les maris ne sont pas aimables tous les jours. J'en connais un surtout qui, malgré son bon cœur, est d’une nervosité, d’une violence! Je veux bien que le travail, les préoccupations artistiques y soient pour quelque chose. Toujours est-il que l'oiseau s’est effirouché et qu’il est retourné à son ancienne cage. N'ayez pas peur ; il n’y restera pas longtemps. Ou je me trompe fort, ou cette Parisienne d’hier s’ennuiera vite dans ce milieu suranné et ne sera pas longue à regretter les turbulences de son poète. Surtout ne bougez pas.

Votre vieil ami,

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