‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 32 sur 57 · ÉTUDE · texte numérisé non relu

ÉTUDE

DAAE va pas là... Il y a du danger. »

Quel est l’enfant qui, entendant Pr cette phrase, ne se sent invinci- +3 blement attiré vers le coin dangereux qu’on lui dit d'éviter ? Rien que ce mot de danger lui fait battre le cœur. Il s'approche, il rôde, 1l regarde : « C’est là... » et tout au fond de sa peur il y a quelque chose qui l’entraîne, le fascine, c’est l'attrait du danger.

Je me souviens que, tout petit, on me menait jouer quelquefois dans un grand parc abandonné. Il y avait au fond de ce parc, sous un fouillis. de ronces, de broussailles, une vieille terrasse très haute, qui donnait sur un petit chemin à travers blés. Ce petit chemin me tentait. J'aurais voulu y sauter de là-haut. Mais c'était si loin, si profond. Je passais des

heures sur ma terrasse, rouge, ému, à me dire : « Je sauterai, je ne sauterai pas. » Enfin, un jour, n’y tenant plus, je sautai et je me fis grand mal. Mais c’est égal ! J'étais content, et comme soulagé d’un poids énorme.

Il y a positivement un grand attrait dans le danger et l’on est obligé de l’aimer, malgré tout. C’est une de ces fortes sensations qui vous fouettent, vous secouent, vous donnent à vous-même la mesure de ce que vous pouvez faire, de ce ‘que vous valez réellement.

L'homme qui vit tout au dedans de nous et qu’on ne voit presque jamais, le danger le fait sortir, le déprisonne. Il brise les conventions bêtes de la vie, toutes ces barrières dont nous nous entourons ; et lui seul, mieux qu’aucune République, établit nettement lidée d'égalité, de fraternité, peut-être aussi parce qu'il amène l’idée de mort. Jamais je n'ai vu autant de cordialité entre les hommes, une expansion aussi complète qu’en face du danger. Il semble qu’à la chaleur des mains serrées la fièvre du courage se communique; et l’on sent qu’on en a tant besoin !..

C’est qu'il n’y à pas à dire, à cet attrait du danger se mêle toujours, même chez les plus braves, un serrement de cœur, une appréhension, ce mouvement en arrière que je fis si

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