RNDIO RE TER ATEL
cieuse, mais qui n'avait ni croix d'argent, ni chapelet, ni voiles bleus, seulement deux grandes nattes retombant sur un corsage de velours. De temps en temps, on appelait: « Katel….
Katel.. » Alors la fillette s’en allait sur la pointe des pieds, et le blessé écoutait de loin une voix sonore et jeune qui lui faisait frais à entendre comme le ruisseau coulant sous les fenêtres de la scierie.
Kadour-ben-Chérifa a été longtemps malade ; mais les Rippert lont si bien soigné que ses blessures se sont fermées, si bien caché que les Prussiens n'ont pas pu l’envoyer mourir de froid dans les casemates de Mayence. Maintenant il commence à parler, à montrer ses dents blanches, et fait quelques pas dans la chambre en laissant tomber une de ses manches — celle qui a un grand trou béant au milieu des broderies — sur un bras pansé, bandé et encore impotent. Tous les jours, dans le petit jardin de la scierie, Katel descend une chaise de paille pour le blessé; elle lui cherche, au long des murailles, le coin le plus chaud où les raisins mûrissent le plus vite. Et Kadour, qui, en sa qualité de fils de kaïd, a fait ses études au collège arabe d'Alger, la remercie dans un français un peu barbare, émaillé de bono bezeff et de macach bono. Sans s’en douter, le bon turco est sous le charme. Cette facile gaîté de jeune Franque, qui vit libre comme un oiseau, sans voile au grand air, ni grillage à ses fenêtres, l’étonne et le ravit. Il y a loin de cela à la vie
murée des femmes de son pays, aux petites moresques masquées de blanc et parfumées de verveine. Katel de son côté trouve Kadour un peu trop noir; mais il a l'air si bon, si brave, il déteste tant les Prussiens !.… Une seule chose la fâche ; c’est que là-bas, dans cette Algérie d'Afrique, les hommes ont le droit d’avoir plusieurs femmes. Katel ne comprend pas cela, elle. Aussi quand l’Algérien, pour la contrarier, lui dit dans son jargon: « Kadour marié bientôt... Lui prenir quatre femmes... Quatre, » Katel se met en colère. Houl! le vilain Kadour.… Le Païen!... Alors le turco rit d’un bon rire d'enfant; puis, tout à coup, il redevient sérieux et reste muet devant la jeune fille, en ouvrant des yeux si grands, si grands qu'on dirait qu'il veut l'emporter dans son regard.
C’est ainsi qu'ont commencé les amours de Kadour et de Katel.…
Kadour, une fois guéri, est retourné chez son père, et vous pensez s’il y en a eu des fêtes en son honneur au pays des Matmatas. Les flutes de roseau et les petits tambours arabes ont joué leurs plus beaux airs pour le revoir; le vieux kaïd, assis devant sa porte, en voyant venir de loin, dans l'allée de cactus, ce fils chéri qu'il croyait mort, s’est mis à trembler