‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 47 sur 57 · KADOUR ET KATEL · texte numérisé non relu

KADOUR ET KATEL

sous ses burnous de laine comme s’il avait . pris les fièvres. Un mois durant, ç’a été dans la tribu une suite ininterrompue de diffas, de fantasias. Les kaïds, les agas du voisinage se disputaient l’honneur d’avoir Kadourben-Chérifa pour hôte, et tous les soirs, au café maure, on lui faisait raconter les grandes batailles où il s'était trouvé mêlé.

C’est égal! tous ces honneurs, toutes ces fêtes ne rendent pas Kadour plus heureux.

Dans la maison paternelle, entouré de tous ses souvenirs d'enfance, ses chevaux, ses lévriers, ses armes, il lui manque toujours quelque chose, la parole ouverte et le rire franc de Katel. Le petit gazouillis perpétuel des fémmes arabes, qui lui faisait battre le cœur autrefois, maintenant le fatigue, l’ennuie. Il n'aime plus les coiffures de sequins, ni les chapelets de fleurs d'oranger, ni les grands pantalons de satin rose. Parlez-lui plutôt des longues nattes tombant sans perles, ni gaze, ni fleurs, seulement traversées de fils d’or dans le soleil couchant d’un petit jardin d'Alsace.

Et pourtant si Kadour voulait! Il y a, dans une tribu voisine de la sienne, de beaux yeux noirs qui le guettent derrière les fenêtres grillées de l’aga, de beaux yeux si allongés de kohl que le regard y ressemble à une caresse. Mais Kadour ne veut plus de ces yeux-là. Ce qu'il rêve, ce qu'il regrette, c’est ce bon regard de Katel qui faisait si vite le tour de la chambre

pour voir si rien ne manquait au malade, et

où la vie s’agitait toujours comme la lumière dans le bleu des gouttes d’eau.

Peu à peu, cependant, le charme des yeux bleus s’efface, ce charme tendre mêlé aux premières sorties, au premier réveil de la convalescence, à ce climat de France si doux, si tempéré. Kadour a fini par oublier Katel. Dans toute la vallée du Chélif il n’est bruit que de son prochain mariage avec Yamina, la fille de l’aga du Djendel. Un matin, on a vu un long défilé de mules monter du côté de la ville; c’est Kadour-ben-Chérifa qui va avec son père acheter les présents de noces. Toute la journée s’est passée à courir les bazars, à choisir les burnous lamés d’argent, les tapis de Smyrne, les colliers d’ambre, les pendants d’oreilles; et en maniant tous ces jolis bijoux, ces floches de soie, ces fines étoffes, Kadour pense à Yamina. L’Orient l’a repris tout à fait, mais bien plus par l'habitude, l'influence de Patmosphère et des choses que par un lien de cœur.

Au jour tombant, les mules alignées, chargées de couffins de sparterie tout gonflés de richesses, descendaient la rue du faubourg, quand devant la cour du bureau arabe elles se se sont trouvées arrêtées par un grand encombrement. C’étaient des émigrants qui venaient d'arriver. Comme il n’y avait rien de prêt pour

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