‹ Œuvres de B, Henri SusoChapitre 17 sur 67 · DU HUITIÈME DEGRÉ · texte numérisé non relu

DU HUITIÈME DEGRÉ

Le huitième degré est atteint par les hommes qui se sont ahandonnés sincèrement au bon plaisir de Dieu pour le temps et pour l'éternité; ils n'ont aucune propriété, aucun attachement aux créatures, ni même aux dons de Dieu , et s'ils possèdent des biens temporels , ils conservent autant de liberté que s'ils ne les avaient pas; ils vivent également libres au milieu des dons célestes; ils les reçoivent sans orgueil, et restent aussi humbles que s'ils ne les recevaient pas.

Aussi Dieu les visite par ses illuminations cachées; il leur révèle, au moyen de formes et d'images, des secrets et des choses admirables ; mais ces faveurs sont sujettes à des illusions, et sont accordées quelquefois aux imparfaits. Us vivent, il est vrai , morts à eux-mêmes; ils sont élevés à cette sublime connaissance qui est appelée la contemplation de Dieu dans l'obscurité. Ils ne parviennent pas cà cette suprême révélation , à cette vue sans intermédiaire, sans nuages, parce qu'ils ne reçoivent pas encore les communications divines a\ec

DES NEUF ROCÏIEilS. 357

assez de détachement; ils demandent ce qui leur manque et ce qu'ils désirent; ils ne sont pas les mêmes, quand ils jouissent de la lumière divine, ou qu'ils en sont privés; ils aiment beaucoup plus la recevoir que la perdre.

Ils ont une recherche d'eux-mêmes qu'ils n'aperçoivent pas; ils devraient vivre aussi détachés de ces grâces que s'ils ne les avaient jamais reçues; ils devraient admirer seulement la générosité et la bonté de Dieu , et le remercier humblement de ce qu'il a daigné accorder de si grandes faveurs à des vers de terre si méprisables. Ils devraient non -seulement consentir à êlre privés de ces dons, mais encore s'offrir au plus dur abandon et aux épreuves les plus pénibles. Toutes ces révélations ne sont pas la vie parfaite; elles la facilitent seulement, et montrent les soins de la Providence qui nourrit les âmes et les appelle à la perfection. Voici à quel point doit être vaincue et détruite dans les serviteurs de Dieu toute propriété d'eux-mêmes, afin d'arriver à la vie contemplative et parfaite.

Page 1