‹ Œuvres de B, Henri SusoChapitre 25 sur 67 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Il console ime affligée.

Si Dieu vous éprouve, ma chère fille, par les croix et les adversités , bénissez-le, rendez-lui mille actions de grâces, parce que vous pouvez dire avec l'Epouse des Cantiques : « Je suis noire, mais je suis belle, « ô filles de Jérusalem (1). »

Les filles de Jérusalem s'étonnaient que la reine choisie par Salomon, dans un si grand nombre, fût noire de visage ; mais l'Esprit-Saint a voulu dire par là que tous les fidèles affligés, terrassés, défigurés et sans cesse tourmentés de Dieu par les plus pesantes croix, s'ils persévèrent dans la patience et la sainte résignation, deviennent les favoris les plus intimes de la cour céleste.

H est bien facile, ma sœur, de parler, d'entendre discourir et d'écrire sur les afflictions; mais quand elles arrivent, il est bien difficile de les supporter. Quelquefois les serviteurs de Dieu éprouvent de si grandes peines, qu'ils peuvent douter si Dieu se souvient encore d'eux- Ils pourraient lui dire : « Ah! Seigneur, avez- vous oublié que nous sommes dans le monde! quel sujet décolère avez-vous contre nous, et comment se fait-il que votre main soit si pesante et si dure , vous dont le cœur est si miséricordieux et si bon ! »

(1) Nigra sum, sed forinosa, filiie Jérusalem. (Gant., i, 4.)

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A ces plaintes amoureuses , Dieu répondrait : « Mes bien-nimés, contemplez le Paradis , et voyez les myriades de saints qui y régnent et qui brillent d'une éblouissante lumière; ce sont les pierres vivantes qui servent à bâtir les rues et les palais de la Cité bienheureuse ; mais souvenez -vous que lorsqu'ils étaient sur terre ils ont été travaillés et polis avec le marteau et le ciseau. Mes Apôtres n'ont-ils pas été la dérision du monde? les martyrs et les confesseurs n'étaient-ils pas tourmentés, exilés, soumis à de si grands malheurs, que tout semblait conjuré contre eux? Tous, pour l'amour de moi , ont souffert le martyre , les uns dans leur cœur, les autres dans leur cœur et dans leur corps. »

Ecoutez ces paroles divines, ô ma fdle bien-aimée, et le désir ardent que vous avez de cette gloire vous donnera tant de courage , que vous direz : « Oh ! que maintenant se précipitent sur moi la tempête , les malheurs, les croix , les tourments; que la mort même ne m'épargne point. Pour votre amour, ô mon Jésus, j'accepte, je souffre tout. » Si parfois le poids des afflictions vous faisait faiblir, n'allez pas pour cela perdre la grâce de Dieu , et ne désespérez jamais de votre salut. C'est le matin et le soir réunis qui forment une journée entière. 11 suffit que vous ne vous révoltiez pas et que votre volonté soit toujours soumise à Dieu.

Lorsque, au fort de vos angoisses, votre visage pâlira, votre bouche sera brûlante, lorsque tout votre être sera ébranlé , que votre nature se fanera et languira comme une fleur desséchée, levez les yeux au ciel et

DU BIENHEUUElJX SU80. Zi23

dites : « Filles de Jérusalem , je suis noire, mais je « suis belle comme les tentes de Cédar, comme les « peaux de Salomon (1). » Pensez que ces peaux royales de Salomon, durcies, battues et sans cesse tourmentées par l'injure des vents et des orages , représentent l'humanité du Roi des rois, de Jésus-Christ attaché pour nous à la Croix, déchiré et tellement défiguré, qu'il n'y avait plus en lui ni beauté, ni grâce. Quand même viendraient les plus dures afflictions , dites-moi si vous pouvez vous comparera Jésus-Christ? Peut-on voir un abaissement, une misère semblable à ce que nous offre sa Croix, lorsqu'il disait lui-même : « Non, je ne suis plus un homme, je suis un ver de terre, l'opprobre des hommes et la dérision du peuple. » 0 ver plus splendide que le soleil! qui pourra se plaindre au pied de votre Croix ? qui ne souffrira pas avec joie toute sorte de tourments?

Ma chère fille , peut-être êtes-vous si accablée d'afflictions , que vous pensez que vos croix sont plus dures et plus cruelles que celles des autres? Mais ne le croyez pas, chacun sait ce qui se passe en lui, et ressent sa douleur, sans connaître celle des autres. Et moi aussi, ces pensées me sont venues, et je me suis exagéré mes peines. C'est à Dieu qu'il appartient de faire cette comparaison. Sans mesurer vos maux , confiez-vous entièrement en lui. Je ne devrais pas vous parler de toutes ces choses, ma chère fille; mais la charité m'a inspiré de partager et d'alléger un peu le poids qui pèse sur

(l)Nigrii siim, sed forniosa, fili* Jérusalem , siciit tabeniacula Cedar, sicut pelles Salomonis. (Gant., i, 4.)

h'2ll LETTKES SPIUITUELLES

VOUS. Quand les pauvres se rencontrent, ils aiment à se parler, et leurs douces confidences leur font oublier un peu leurs besoins. Souffrez, ma bien chère sœur, souffrez avec courage, et attendez avec une ferme espérance les couronnes du Ciel. Adieu.

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