XII. — Memnon, ou r homme précoce
Memnon , disent les poètes, était fils de l'Aurore. Il se faisait i;emarquer par la beauté de ses armes ; devenu célèbre par le vent de la faveur populaire, et encouragé par les vains applaudissements de la multitude, il partit pour la guerre de Troie. Mais, comme il aspirait avec trop de précipitation et de témérité à se faire un grand nom, ayant osé ambaltre Achille, le plus courageux et le plus fort des Grecs, il fui vaincu et tué. Jupiter, affligé de la mort prématurée de ce guerrier, et déplorant son sort, envoya à ses funérailles une infinité d'oiseaux pour accompagner le corps et l'honorer par des chants qui avaient je ne sais quoi de lugubre et de plaintif. On lui érigea dans la suite une statue qui, lorsqu'elle était frappée des rayons du soleil , rendait aussi des sons plaintifs.
Cette fable paraît désigner les jeunes hommes de grande espé-
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rance enlevés fnir mie mort prématurée. On peut en eièt les regarder oomme les enfanls de l*Aurore, car, séduits par quelque avantage extérieur qui les distingue et par de vains applaudisse* ments, ils forment des entreprises au-dessus de leurs forces, ils osent défier des héros, ils se mesurent avec eut, et succombent dans un combat si inégal ; mus une commisération universelle et de longs regrets honorent leur mémoire. Rien dans les destinées des mortels n*est plus déplorable et n*eaioite de plus vifs regrets que k vertu nuMssonnée dans sa fleur; car celui qui périt ainsi avant le temps n'a pas encore assez vécu pour rassasier de lui-mênoe , ni pour exciter l'envie qui pourrait adoucir un peu ces regrets et tenpérer eette compassion. De plus, ces iameniations et ces gémisse* ments, ce n'est pas seulement à leurs funérailles qu'ils se fiont entendre, mais ils sont de longue durée et se prolongent dans l'avenir. C'est surtout dans les grandes innovations et au commencement des grandes entreprises, qu'on peut regarder comme les rayons du soleil levant, qu'on voit ces regrets se renouveler.