‹ Œuvres de BaconChapitre 149 sur 170 · XIII. -^ Tithon, ou la satiété · texte numérisé non relu

XIII. -^ Tithon, ou la satiété

Une fable très-ingénieuse dit que l'Aurore aima Tithon, et que, souhaitant de vivre éternellement avec lui, elle supplia Jupiter d'aoûorder à son amant le don de l'immortalité; mais que, par une étourderie assez ordinaire dans une femme, elle oublia de demander aussi qu'il fût exempt de vieillir. £n conséquence Tithon , devenu immortel , mais vieillissant de plus en plus, et accablé des maux de cette vieillesse qui allaient toujours croissauts ( la mort qui lui était reftisée ne pouvant y mettre fin), devint le plus malheureux des hommes. Heureusement pour lui , Jupiter, qui en eut pitié , le changea enfin en cigale. Cette fable est un ingénieux emblème de la volupté et de ses inconvénients. En effet , la volupté , dans ses commencements, qu'on peut regarder comme son aurore, est si agréable aux hommes qu'ils souhaiteraient que ces jouissances fussent éternelles, oubliant trop que tous ces plaisirs doivent finir par l'ennui et le dégoût, qui est comme la vieillesse de la volupté; en sorte qu'à la fin les hommes, n'étant plus cai^ables de jouissances effectives , mais n'ayant perdu que le pouvoir de jouir, sans en avoir perdu le désir et la volonté , aiment ordinairement à parler des plaisirs qu'ils ont goûtés dans la force de Tâge, se contentant alors de simples discours sur ce sujet et de ces jouissances idéales. C'est ce qu'on observe surtout dans les hommes très-voluptueux et dans les guerriers : les premiers, dans leur vieillesse, aimant les discours obscènes; et les derniers, au même âge, se

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