XXI. -* ACHÉLOUS
Acbélûus , après avoir pris successivement différentes formes pour résister plus aisément à Hercule (car ii avait la faculté de se trans^ former ainsi à volonté] , se présenta enfm à son adversaire sous celle d*un taureau dont les mugissements et les yeux étincelants iDSpiroient la terreur, et se prépara au combat sous cette forme ; mais Hercule , gardant sa îorvw ordinaire, fondit aussitôt sur lui. Ils se oombattirent corps à corps ; enfin Hercule eut l'avantage sur le taureau et lui rompit une corne. Son adversaire, éproqvant des douleurs insupportables et trop épouvanté pour être tenté de re» commencer le combat, racheta sa corne en donnant en échange è Hercule la corne d'Amalthée ou d'abondance.
Cette fable a pour objet les expéditions militaires. Les préparatifs de guerre sont fort variés dans le parti qui est sur la défensive , et qui est ici représenté par ÂchéloUs employant pour sa défense un grand nombre de moyens différents et de précautions; il se présente pour ainsi dire sous plusieurs formes différentes; mais les préparatifs de celui qui fait l'invasion sont fort simples, et il ne se montre que sous une seule forme; il se présente seulement avec sou armée, ou quelquefois peut-être avec sa flotte, voilà tout, au lieu que celui qui attend Tennemi sur son propre territoire prépare et se ménage une infinité de défenses et de ressources. H fortifie certaines places, en fait démanteler d'autres; il fait retirer et met en sûreté dans les villes fortifiées et dans les châteaux-forts d'a6<^ siette les habitants des campagnes, des bourgs et des petites villes; rompt les pools, et môme les démolit tout à fait; rassemble toutes aes troupes avec les munitions nécessaires, et les poste en différents lieux : par exemple, sur les bords des rivières, sur les ports, dans les gorges des montagnes, dans les bois, etc., et fait beaucoup d'autres dispositions de celte nature, en sorte que le pays prend chaque jour une face nouvelle, et change pour ainsi dire de forme à chaque instant , comme AchéloUs. Enfin, lorsqu'il est suffisam*ment muni, préparé et fortifié, il offre en quelque manière l'image d'un taureau terrible et menaçant. Celui qui fait l'invasion cherche l'occasion de livrer bataille et s'attache principalement à ce but , craignant de manquer de vivres en pays ennemi : si, cette occasion se présentant , il sait en profiter et remporte la victoire , alors son avantage consiste manifestement en ce que l'ennemi , découragé par sa défaite, ayant perdu sa réputation , enfin , n'espérant plus pouvoir réparer complètement ses pertes ni rassembler assez de forces pour lui opposer une nouvelle armée et tenir la campagne , se retire dans les lieux fortifiés et inaccessibles , lui abandonnant ainsi toutes les villes ouvertes et le plat pays, que l'ennemi ravage
et pille sans Irouver d'opposition ; oo qui est pour lui comme la corne d'Amaltfaée ou d'abondance.