XXVI. — ProserpinÇy ou P esprit
Plulon, suivant les poètes, après le partage mémorable de l'univers, eut pour son lot l'empire des enfers. Désespérant d'obtenir en mariage une déesse par la douceur de ses discours, de ses procédés et de ses manières, il ne vit d'autres moyens que le rapt pour satisfaire ses désirs et se procurer une épouse. En conséquence, ayant épié l'occasion, il enleva Proserplne, 611e de Cérès et d'une rare beauté, tandis qu'elle cueillait des fleurs de narcisse dans les prairies de la Sicile. Aussitôt qu'il se fut saisi d'elle, il la mit sur son char et l'emmena dans les enfers. Elle y fut traitée avec le plus grand respect et y reçut les honneurs et le titre de reine du sombre empire. Cérès, ne voyant plus reparaître sa fille, tomba dans la plus profonde aflliction, et, ayant allumé un flambeau, elle se mit à parcourir toute la terre pour la chercher ; mais toutes ses recherches furent inutiles. Ayant appris par hasard que sa fllle avait été emmenée aux enfers, elle alla aussitôt trouver Jupiter, dont elle obtint, à force d'instances et de larmes, que Proserpine lui fût rendue, mais à condition que sa fllle, depuis son arrivée dans les enfers, n'aurait encore rien mangé ; condition qui rendit cette grâce inutile à la mère, car on sut que Proserpine avait avalé trois grains de grenade. Cependant Cérès ne perdit pas encore toute espérance ; die renouvela ses prières et ses larmes, qui ne furent pas sans effet: il fut décidé que Proserpine passerait alternativement six mois de l'année avec son époux, et les six autres mois avec sa mère. Dans la suite , Thésée et Pirithoiis furent assez téméraires pour vouloir l'enlever à son époux. Durant leur expédition aux enfers, ils s'assirent sur une pierre pour se reposer; mais ensuite, quand ils voulurent se lever, ils ne le purent et y demeurèrent éternellement assis. Cependant Proserpine continua de régler dans les enfers, et en sa considération Pluton accorda aux mortels un grand privilège dont ils n'avaient pas encore joui ; car jusqu'à cette époque tout homme qui descendait aux enfers y restait pour jamais. Mais on mit à cette loi une seule exception , savoir : que tout mortel qui pourrait porter en présent à Proserpine le rameau d'or serait ensui e maître de retourner sur la terre. Ce rameau, unique en son espèce, n'appartenait à aucune espèce particulière d'arbre, d'arbrisseau ou de plante, mais on le trouvait, comme le gui, sur un arbre d'une autre espèce; il était caché dans une iiî^mense et épaisse forêt, et dès qu'il était arraché il en repoussait aussitôt un autre.
La fab'e de Proserpine paraît avoir pour objet cet esprit éthéré (cette substance pneumatique), cet esprit vivifiant et fécondant qui