‹ Œuvres de BaconChapitre 43 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

en question décroît elle-même, et si elle ne croît aussi quand cette nature est croissante. Voilà pourquoi, cette table-ci, nous l'appelons ordinairement table des degrés ou table de comparaison.

Table des degrés ou de comparaison dans la chaleur.

ÂÎDSi nous parlerons d'abord des corps qui n'ont aucun degré de chaleur sensible au tact, mais qui ne semblent avoir tout au plus qu'une certaine chaleur potentielle ou une disposition, une préparation à la chaleur. Nous passerons ensuite aux corps doués d'une chaleur actuelle , c'est-à-dire sensible au tact , et nous en spécifierons les différents degrés ou intensités.

4<* Parmi les corps solides et tangibles, on n'en connaît aucun qui soit chaud de sa nature et originellement : ni la pierre, ni le métal, ni le soufre, ni aucun fossile, ni le bois^ ni l'eau , ni les ca-^ davres des animaux ne sont chauds par eux-mêmes. Quant aux eaux chaudes des bains naturels , elles ne paraissent devoir leur chaleur qu'à des causes accidentelles, comme la flamme ou les feux souterrains que vomissent l'Etna et tant d'autres montagnes ; ou au combat de certaines substances de natures opposées, cause semblable à celle dont on observe les effets dans les dissolutions de fer et d'étain. Ainsi , le degré naturel de chaleur des corps inanimés est , par rapport au tact humain , absolument nul. Cependant ces mêmes corps ne sont pas également froids : par exemple, le bois est moins froid que le métal ; mais l'observation de ces différences appartient à la table des degrés du froid.

2° Cependant, s'il est question de la chaleur potentielle et de l'inflammabilité , nous trouvons une infinité de corps inanimés qui sont éminemment doués de cette qualité : tels sont le soufre, la Daphte et l'huile de pétrole.

3*" Les corps qui ont été chauds pendant un certain temps, tels que le fumier de cheval parmi les substances animales, ou la chaux , peut-être aussi les cendres et la suie , conservent un reste latent de leur première chaleur. Aussi est-il des substances qu'on distille et qu'on analyse en enterrant dans du fumier de cheval les vaisseaux qui les contiennent. Et la chaux arrosée d'eau s'échauffe à un degré très-sensible, comme nous Tavons déjà observé.

i^ On ne trouve parmi les végétaux aucune plante (telle que les larmes ou la moelle) qui soit d'une chaleur sensible au tact humain; cependant, comme nous l'avons dit plus haut, les herbes vertes et renfermées s'échauffent sensiblement. Et quant au tact intérieur, tel que celui du palais ou de l'estomac, ou même celui des parties extérieures, on trouve parmi les végétaux des sub-

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atanoes qui, un peli de temps après avoir été appliquées sur eea parties (sous forme d'emplâtres ou d'onguent], excitent une sensation de chaleur ; d'autres, une sensation de froid.

5° On ne trouve dans les parties des animaux , une fois mortes ou séparées du corps, aucune chaleur sensible au tact humain ; car le fumier de cheval même , si on n'a soin de le renfermer et de l'enterrer, ne conserve point sa chaleur. Quoi qu'il en soit^ toute espèce de fumier paraît être douée d'une certaine chaleur potentielle, comme le prouve sa qualité d'engrais. Les cadavres des animaux ont aussi je ne sais quelle chaleur virtuelle et cachée. On observe même que dans les cimetières où l'on enterre journellement, la terre contracte une certaine chaleur occulte qui consume les cadavres nouvellement ensevelis beaucoup plus vite que ne le pourrait faire la terre pure. On prétend aussi que les Orientaux ont une espèce de toile fine et molle , feite de plumes d'oiseaux , qui a la propriété de dissoudre et de liquéfier le beurre qu'on y a légèrement enveloppé.

(a^ Tous les engrais , tels que les fumiers de toute espèce , la craie, le sable marin, le sel, et autres semblables, ont une certaine disposition à la chaleur.

7® Tout corps dans l'état de putréfaction recèle quelque faible commencement de chaleur , chaleur pourtant qui ne va pas jusqu'au point d'être sensible au tact, car les substances mêmes qui , étant putréfiées, se résolvent en animalcules, comme la chair, le fromage, etc., ne paraissent pas chaudes au simple tact. Il en faut dire autant du bois pourri qui la nuit paraît lumineux ; on n'y trouve aucune chaleur sensible , et la chaleur dans les matières putrides se décèle par les odeurs fortes et repoussantes.

8*^ Ainsi, de tous les degrés de chaleur sensibles au tact, le pre» mier paraît être celui de la chaleur des animaux, laquelle est susceptible d'une infinité de degrés différents et d'une grande latitude ; car le plus faible de tous ces degrés, tel que celui des insectes, n'est pas sensible au tact, et le plus haut degré égale à peine celui de la chaleur des rayons solaires dans les pays ou dans les temps les plus chauds, et elle n'est jamais si forte que la main ne la puisse endurer. On rapporte cependant de Constantius , et de quelques autres individus d'une constitution extrêmement sèche et attaqués de fièvres très-aiguës, que leur corps s'échauffait à tel point qu'on y pouvait à peine tenir la main et qu'il semblait la brûler.

9*> Le mouvement, l'exercice, le vin, la bonne chère, l'acte de la génération, les fièvres chaudes, la douleur, toutes causes qui dans les animaux augmentent la chaleur naturelle.

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40<* Dans les accès de fièvres intermittentes les aniomux sont d'abord saisis du frisson, mais ensuite ils s'échauffent prodigieuse* ment; double phénomène, qui a également lieu dans les fièvres chaudes et dans les fièvres pestilentielles.

44<> Il y aurait de nouvelles observations à faire sur la chaleur comparée dans les animaux divers, comme poissons, quadrupèdes, serpents, oiseaux; et cela non-seulement dans les dUTérentes es* pèoee, comme celles du lion, de Témouchet, de Thomme, etc.; car, suivant Topinjon commune, à Tintérieur les poissons sont très^froids, et les oiseaux £iu contraire extrêmement chauds, surtout las pigeons, les épervier», les autruches.

42<> Autres recherches à faire sur la chaleur comparée dans un même animal et considérée dans ses différentes parties; car le lait, le sang, le sperme, les œufs, n'ont qu'une chaleur assez faible et beaucoup moindre que celle dont est susceptible la chair exté^ neure de Tanimal lorsqu'il s'agite et fait de Texercice* Mais quel est le degré de chaleur dans le cerveau, dans l'estomac, dans le cœur ou dans toute autre partie? C'est ce qu'on n'a pas encore assez exactement déterminé par l'observation.

43^ Tous les animaux, durant l'hiver, dans toute saison, etlor»* qu'il règne une température très-froide, sont froids à l'extérieur; mais alors ils sont beaucoup plus chauds à l'intérieur que dans tout autre temps.

44^ La chaleur produite par les corps célestes, même dans les pays, les temps de Tannée et les jours les plus chauds, n'est jamais assez grande pour allumer du bois, de la paille ni même du linge brûlé , à moins qu'on né la renforce par le moyen des miroirs ardents; cependant elle l'est assez pour faire fumer les corps humides.

Ab^ S'il en faut croire les astronomes, il y a entre les astres des différences pour le degré de chaleur ou de froid; par exemple, la phis chaude de toutes les planètes, selon eux, c'est Mars, puis Ju-^ piter, ensuite Vénus; et celles qu'ils regardent comme froides sont la Lune et Saturne; ils regardent cette dernière comme la plus froide de toutes. Parmi les étoiles fixes» pensent-ils encore, la plus diaude est Sirius, puis le cœur du Lion ou Aégulus, ensuite la Canicule, etc«

4 e^ Plus le soleil est élevé sur l'horizon , ou, ce qui est la même chose, plus il est près du zénith, et plus sa chaleur se fait sentir ; ce qu'il faut penser aussi des autres planètes, en raison toutefois du degré de chaleur propre à chacune. Par exemple, Jupiter excite une plus grande chaleur lorsqu'il parcourt le signe du Cancer ou du Lion que lorsqu'il o$t dans le Capricorne ou le Verseau.

47^ On doit penser aussi que le soleil lui-même et les autres planètes doivent produire une plus forte chaleur dans leur périgée, ou leur plus grande proximité de la terre, que dans leur apogée, ou leur plus grand éloignement. Que s'il existe quelque région où le soleil soit en même temps à son périgée et plus élevé sur Thorizon , une conséquence nécessaire du concours de ces deux causes est qu'il doit dans cette région exciter une plus grande chaleur que dans celles où, dans le temps de son périgée, il est moins élevé ; en sorte que , pour pouvoir déterminer les degrés de chaleur produits par les différentes planètes , il faut aussi comparer ces astres par rapport à leur plus ou moins d'élévation sur l'horizon, selon les différentes situations des lieux.

4 S^" De plus , le soleil , ainsi que les autres planètes , paraissent occasionner une plus grande chaleur lorsqu'ils approchent de leur conjonction avec les plus grandes étoiles fixes. Par exemple, lorsque le soleil est dans le signe du Lion , près du cœur du Lion , de la queue du Lion, de l'épi de la Vierge, etc., de Sirius, delà Canicule, il y a plus d'action que lorsqu'il est dans le Cancer, signe où il est cependant plus élevé sur l'horizon. Enfin, Fon peut penser que les parties du ciel où se trouvent le plus grand nombre d'étoiles, et surtout les plus grandes, sont celles qui lancent te plus de chaleur sur notre globe, quoique cette chaleur ne soit nullement sensible au tact.

4 9<* Tout considéré , trois causes peuvent augmenter la chaleur produite par les corps célestes; savoir : leur plus grande élévation sur l'horizon , leur proximité ou leur périgée , et leur conjonction avec les étoiles.

20<* Il y a certainement fort loin de la chaleur des animaux, ou même de celle qui est produite parles rayons des corps célestes, tels qu'ils arrivent jusqu'à nous, à celle de la flamme la plus douce, et plus encore à celle des corps ardents , ou enfin à celle des liqueurs et de l'air même fortement échauffés par le moyen du feu ordinaire. En effet, la flamme de l'esprit-de-vin, surtout lorsqu'elle est rare et nullement resserrée, n'a qu'une chaleur assez faible; chaleur pourtant suffisante pour enflammer la paille , le linge ou le papier : effet dont sont incapables et la chaleur des animaux et celle du soleil, sans le secours des miroirs brûlants.

24® Or, les flammes et les corps ardents (chauffés jusqu'au rouge ou jusqu'à l'incandescence] sont susceptilDles d'une infinité de degrés de chaleur différents. Mais les observations en ce genre ont été si peu exactes que nous ne pouvons que toucher ce sujet en passant. De toutes les espèces de flammes connues , la plus faible

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