LIVRE DEUXIÈME
cette enclume n'était qu'une lame de métal fort mince , je ne doute point que les coups violents et réitérés du marteau ne {'échauffa»sent au point de la faire rougir comme elle rougirait au feu , et c'est encore une expérience à tenter.
32*" Quant aux corps chauffés jusqu'à rougir, et tellement poreux que le feu y trouve un espace suffisant pour exécuter ses mouvements; si l'on empêche ce mouvement par une forte compression, le feu s'éteint aussitôt : c'est ce qui arrive au linge brûlé, à la mèche d'une chandelle ou d'une lampe allumée , ou môme à un charbon ardent; dès qu'on les comprime, soit à l'aide d'une presse , soit en mettant simplement le pied dessus, ils s'éteignent.
33® Lorsqu'on approche un cprps chaud d'un autre corps chaud, le premier augmente la chaleur du dernier, et en raison de cette proximité. C'est ce qui a lieu également par rapport à la lumière; plus l'objet est près du corps lumineux, plus il est éclairé et visible.
34<* Si l'on réunit plusieurs corps chauds, cette réunion augmente la chaleur de tous, à moins que ces corps ne soient tout à fait môles et confondus ensemble : par exemple , un grand et un petit feu allumés dans un même lieu augmentent la chaleur l'un de l'autre ; mais une eau tiède mêlée avçc une eau très--chaude la refroidit.
35^ Une autre cause qui augmente la chaleur, c'est la durée de l'action du corps qui la communique. En effet , l'on conçoit que cette chaleur, qui en découle continuellement et qui pa^se dans un autre corps, se joint, se mêle à celle qui s'y trouvait déjà, et la multiplie en quelque manière : par exemple , un feu qui ne dure qu'une demi-heure échauffe moins une chambre que ne réchaufferait un feu égal qui durerait une heure entière. Mais il n'en est pas de même de la lumière : une lampe ou une chandelle allumée dans un lieu quelconque ne l'éclairé pas plus au bout d'une heure qu'au bout d'une minute.
36® L'irritation produite par le froid ambiant est encore une cause qui augmente la chaleur, comme on Tobserve dans le feu des cheminées durant une gelée très-âpre, accroissement d'activité qui n'a pas simplement pour cause la contraction de la chaleur (ce qu'on peut regarder comme une espèce de réunion ou de concentration), mais de plus, comme nous l'avons déjà observé, l'irritation, l'exaspération. C'est à peu près ainsi que l'air fortement comprimé ou un bâton fléchi avec effort , et abandonnés ensuite à leur ressort naturel, ne reviennent pas précisément au point d'où on les a tirés, mais se portent beaucoup au delà. Il faudrait donc observer avec attention ce qui arriverait à une petite verge de bois ou à quelque
Uî? NOUVEL ORGANUM.
autre corps analogue plongé dans la flamme , et voir s*il brûlerait plus vite dans la partie latérale de cette flamme que dans le milieu.
ST*" Les divers corp$ s'échauffent plus ou moins vite , et à cet égard on observe entre eux de grandes différences. Il faut remarquer en premier lieu qu'un très-faible degré de chaleur sufïit pour échauffer proportionnellement les corps mêmes qui s'échauffent le plus difficilement et pour y occasionner du moins ce léger changement. Par exemple, la simple chaleur de la main suffit pour échauffer une balle de plomb ou de tout autre métal qu'on y tient pendant quelques minutes ; tant la chaleur s'excite et se transmet aisément dans les corps de toute espèce sans y occasionner d'ailleurs le moindre changement apparent.
38® De tous les corps que nous connaissons, celui qui reçoit la chaleur et la perd avec plus de facilité c'est l'air; comme on le voit par ce qui se passe dans le thermomètre, dont voici la cx)nstruction : prenez un tube de verre de quelques pouces de longueur et terminé par une boule; puis, l'ayant renversé, plongez-le dans un vaisseau aussi de verre et en partie rempli d'eau, mais de manière que son oriQce touche le fond du vaisseau intérieur et que son cou s'appuie légèrement sur le bord de ce vaisseau , afin que ce tube puisse rester dans cette situation^ stabilité qu'on lui donnera plus aisément en mettant un peu de cire à l'orifice du vaisseau inférieur, mais pas assez pour le boucher entièrement, et pour empêcher, en interceptant le passage de l'air extérieur, le mouvement facile et vif dont nous allons parler.
Or, avant de plonger le tube dans le vase inférieur, il faut chauf. fer la boule qui le termine et qui, dans l'expérience, doit, comme nous le disions, occuper la partie supérieure. Lorsque ce tube aura été remis à sa place , l'air contenu dans la boule et qui avait été dilaté par cette chaleur accidentelle qu'on lui avait donnée en rapprochant du feu, cet air, dis-je, se contractera peu à peu à mesure qu'il perdra cette chaleur, et, après quelque temps, il n'aura plus qu'un volume égal à celui qu'avait une égale quantité de l'air ambiant ou commun au moment où on a plongé le tube dans le vaisseau inférieur. Or, à mesure que cet air se contractera, il attirera l'eau du vaisseau inférieur jusqu'à ce que cette eau , en remplissant une partie de la boule , l'ait réduit à un tel volume. Il faut sur la longueur du tube fixer un papier long et étroit sur lequel on aura tracé un certain nombre de divisions à volonté. Cet appareil une fois mis en place, selon que la chaleur du jour croîtra ou décroîtra , vous verrez l'air se dilater ou se contracter, ce qui sera indiqué par le mouvement alternatif de l'eau du tube, que la