‹ Œuvres de BaconChapitre 49 sur 170 · livre; deuxième · texte numérisé non relu

livre; deuxième

5° Par Teau chaude, par l'air, ou môme par les métaux et autres corps solides fortement chauffés , mais non jusqu'à rougir , est exclue la lumière et la substance lumineuse.

6® Par les rayons de la lune et des autres astres, excepté le soleil, est exclue encore la lumière et la substance lumineuse.

7° Par la comparaison du fer ardent avec la flamme de l'espritde-vin (comparaison d'où il résulte que le fer ardent a plus de chaleur et moins de lumière, et qu'au contraire la flamme de l'espritde-vin a plus de lumière et moins de chaleur], est exclue encore la lumière et la substance lumineuse.

8® Par l'or et les autres métaux chauffés jusqu'à rougir, qui sont des corps d'une grande densité , quant à leur tout , est exclue la ténuité.

9. Par l'air, qui le plus souvent est froid, et qui n'en est pas moins ténu, est exclue encore la ténuité.

4 O** Par le fer ardent, qui ne se dilate point, mais qui conserve sensiblement son volume , est. exclu le mouvemen.t local ou expansif, selon le tout.

Ai^ Par la dilatation de l'air dans le thermomètre (et autres phénomènes analogues), air qui a visiblement un mouvement local et expansif et qui cependant ne contracte par ce mouvement aucune chaleur sensible, est exclu le mouvement local et expansif, selon le tout.

12^ Par la facilité avec laquelle tous les corps deviennent chauds, sans aucune destruction ou altération notable, est exclue la nature destructive , ou l'introduction violente de quelque nouvelle nature.

i 3^ Par l'analogie et la conformité des effets que produisent le chaud et le froid , est exclu le mouvement tant expansif que contractif, selon le tout.

i 4® Par la propriété qu'a le frottement d'exciter la chaleur, est exclue toute nature principale, ok, par ce mot de principal nous entendons une nature positive, réellement existante dans l'univers et qui n'ait point été produite par une autre nature qui l'ait précédée.

Il y aurait bien d'autres natures à rejeter; car ce ne sont rien moins que des tables complètes que nous prétendons donner ici , mais seulement des exemples de ces tables.

Cela posé, ni la totalité, ni chacune des natures précédentes, ne sont des modes essentiels à la forme de la chaleur. Ainsi, dans tous les cas où l'homme voudra opérer sur la chaleur, il sera débarrassé de toutes les natures que nous venons de rejeter.

XIX. Nous avons donc, dans V exclusive, jeté les fondements de

us NOUVEL ORGANUM.

rioduciion, qui cependant ne sera entièrement terminée qu'à TépoquQ où noua pourrons nous fixer dans l'affirmative ; et il ne faut pas croire que {'exclusive elle-même soit complète dans ces commencements , elle ne l'est point alors ni ne peut Tôtre , car cette exclusive^ comme on vient de le voir, n'est autre chose qu'une réjection des natures simples. Mais si nous n'avons encore ni de vraies ni d'exactes notions de ces natures simples , comment nous y prendrons-nous pour rectifier cette eaxlusive ? Or quelques-unes de ces notions dont nous venons de parler dans l'exemple ci-dessus, comme celles de la nature élémentaire, de la nature céleste, de la ténuité, ne sont que des notions vagues et mal déterminées. Aussi, nous qui n'ignorons pas et qui ne perdons jamais de vue la difficulté de notre entreprise, où il ne s'agit pas moins que d'élever l'entendement à la hauteur de la nature et de la réalité des choses, nous sommes loin de nous reposer sur ce peu de préceptes que nous avons donnés jusqu'ici ; mais, jaloux de pousser cette entreprise aussi loin qu'il nous sera possible, nous préparons et administrons même de plus puissants secours à l'entendement, secours que nous allons indiquer. Au reste, dans V interprétation de la nature il faut préparer et former l'entendement de manière que , tout en se tenant ferme dans les degrés suffisants de certitude, il ne laisse pas de se dire, surtout dans les commencements, que ce qu'il aperçoit déjà dépend beaucoup de ce qu'il lui reste ai voir.

XX. Cependant , comme la vérité surgit plus aisément de Terreur même que de la confusion , nous pensons qu'il ne sera pas inutile, après ces trois premières tables de comparution, dressées et mûrement considérées (comme nous l'avons fait), de permettre à l'entendement de s'évertuer et de tenter provisoirement l'œuvre de V interprétation de la nature dans l'affirmative , d'après la considération soit des exemples contenus dans ces tables , soit de ceux qui pourront se présenter ailleurs: genre de tentative que nous qualifions de permission accordée à Ventendement , ou encore d'^bauchede V interprétation ou àe première vendange.

Première vendange sur la forme de la chaleur.

Il est à propos de remarquer que la forme de la chose en question (comme on n'en peut douter d'après tout ce que nous avons dit) se trouve dans la totalité et dans chacun des exemples où se trouve la chose elle-même ; autrement ce n'en serait plus la forme. Ainsi , à proprement parler, il ne peut s'y trouver aucun exemple contradictoire. Cependant cette forme est beaucoup plus visible

UVRE DEUXIÈME, liO

dans certains exemples que dans d'autres, savoir : dans ceux où la nature do cette forme est moins gênée, bridée, dominée par d'autres natures, et, les faits de ce genre, nous sommes dans Tusage de les appeler des coups de lumière , des eccemples ostensifs. Ainsi nous allons hasarder une première vendange relativement à la forme de la chaleur.

La totalité et chacun de ces exemples que nous avons sous les yeux bien considérés, la nature , dont la chaleur est la vraie limitation, paraît être le mouvement; et c'est ce dont on voit an exemple dans la flamme , qui est dans un perpétuel mouvement, et dans les hqueurs bouillantes du simplement trè^-chaudes, dont le mouvement n'est pas moins continueL C'est une assertion qui est confirmée par cette propriété qu'a le simple mouvement d'exciter la chaleur, comme le prouve assez l'effet connu du vent des soufQets ou des vents naturels (sur quoi voyez l'exemple 29 , table III); effet que produisent aussi des mouvements de plusieurs autres genres (exemples 28 et 34 , table III). C'est ce dont on ne pourra douter, pour peu que l'on considère qu'un des principaux moyens pour éteindre le feu et faire cesser la chaleur c'est une forte compression dont l'effet, comme l'on sait, est aussi d'arrêter et de faire cesser le mouvement (exemples 30 et 32, table III), et que tout corps, quel qu'il puisse être, est détruit ou sensiblement altéré par toute espèce de feu ou de chaleur très-forte et très-violente : tous exemples qui montrent que la chaleur produit un mouvement très-actif, uné(= violente agitation, une sorte de tumulte dans les parties intimes des corps; mouvement qui tend insensiblement à la dissolution du composé.

Voici comment il faut entendre ce que nous venons de dire du mouvement. Nous disons que le mouvement est à la chaleur ce que le genre est à l'espèce; ce qui ne signifie pas que la chaleur engendre le mouvement ou que le mouvement engendre la chaleur, quoique cela même soit vrai aussi dans certains cas; mais que la chaleur prise en elle-même, en un mot le quid ipsum de la chaleur, est un mouvement et rien autre chose ; mais c'est un mouvement limité par des différences que nous allons y joindre après avoir indiqué quelques précautions nécessaires pour éviter toute équivoque.

Le chaud, considéré par rapport au seqtiment, n'est qu'une qualité respective, qu'une pure relation à l'homme et non à l'univers; et c'est avec raison qu'on le regarde comme le simple effet de la chaleur sur l'esprit animai. Il y a plus : rien en soi n'est plus variable qu'un effet de cette nature, le même corps, selon que le sens

est disposé d*avance, excitant une perception de froid ou de chaud (comme on le voit par l'exemple 14 , table III].

De plus , la simple communication de la chaleur, c'est-à-dire la nature transitive en vertu de laquelle un corps s'échauffe quand on l'approche d'un corps chaud , est encore une nature qu'il faut bien se garder de confondre avec la forme de la chaleur ; et il faut mettre une grande différence entre ce qui est chaud et ce qui échauffe, car la chaleur s'excite par le simple frottement, sans aucune autre chaleur préexistante , fait qui exclut de la forme de la chaleur ce qui n'a que la simple propriété d'échauffer. Je dirai plus : quand un corps s'échauffe par l'approche d'an corps chaud , cela môme n'a rien de commun avec la forme de la chaleur ; mais dépend entièrement d'une nature plus élevée et plus commune, savoir, de la nature de l'assimilation ou de la faculté de se multiplier, ce qui doit être l'objet d'une recherche particulière.

Mais la notion du feu n'est qu'une notion purement populaire et tout à fait dénuée de justesse ; car de quoi au fond est-elle composée? de l'idée de la chaleur et celle de la lumière conçues comme réunies dans tel ou tel corps : par exemple, dans les flammes ordinaires et dans les corps chauffés jusqu'à rougir.

Ainsi , toute équivoque étant levée, passons enfin aux différences vraies qui limitent le mouvement et le constituent dans la forme de la chaleur.

Nous disons donc que la première différence consiste en ce que la chaleur est un mouvement expansif par lequel un corps tend avec effort à se dilater et à occuper un plus grand espace. Cette différence se manifeste principalement dans la flamme où la fumée ou la vapeur grasse se dilate* visiblement et devient ainsi une flamme volumineuse.

C'est ce qu'on observe aussi dans toute liqueur bouillante qu'on voit se gonfler, s'élever et laisser échapper un grand nombre de bulles qui continuent à se dilater jusqu'à ce qu'elles se soient converties en un corps beaucoup plus rare et plus volumineux que la liqueur elle-même, savoir, en vapeur, en fumée ou en air.

C'est ce qu'on voit également dans toute espèce de bois et de matière combustible, où il sq fait quelquefois une exsudation trèssensible, mais toujours une évaporation.

Cette différence n'est pas moins sensible dans la fusion desfmétaux, lesquels, étant des corps très-compactes, ne s'enflent et ne se dilatent pas aisément ; cependant leur esprit, après s'être dilaté en lui-même (dans l'espace qui lui est propre) et avoir fait effort pour se dilater encore davantage, finit par détacher tout à fait et pousser

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