‹ Œuvres de BaconChapitre 51 sur 170 · II. ' i · texte numérisé non relu

II. ' i

1S2 NOUVEL OaGANUM.

C'68l oe qu'on voit aumi dans les distillations per descemum : genre d'opération auquel on a recours pour distiller les fleurs les plus délicates, dont 1^ odeurs se dissiperaient trop aisément par les distillations ordinaires; l'industrie humaine ayant très-bien senti la nécessité de placer le feu en dessus et non en dessous, afin qu'il eût moins d'action. Or, ce n'est pas seulement la flamme qui tend ainsi à se porter vers le haut^ c'est en général toute espèce de chaloMr.

Mais il faudrait ^ en renversant cette expérience ^ la tenter sur la nature contraire , savoir, sur celle du froid , afin de voir si le froid ne contracterait pas les corps en se portant de haut en bas , comme la chaleur les dilate en se portant de bas en haut. Ainsi , employez deux verges de fer ou deux tubes de verre parfaitement égaux à tout autre égard ; chauffez-les un peu tous deux , puis appliquez de la neige ou une éponge imbibée d'eau froide à la partie supérieure de l'un , et une autre éponge semblable ou de la neigô aussi à la partie inférieure de l'autre. Cela posé , nous pensons quel le refroidissement se fera sentir plus vite lorsque, l'éponge ou la neige étant appliquée à la partie supérieure de la verge ou du tube, on portera la main à la partie inférieure , que si le corps refroi-^ . dissant était placé en dessous et la main en dessus ; or c'est précisément le contraire de ce qui arrive à la chaleur*

La troisième différence consiste en ce que la chaleur est un mouvement non pas expansif uniformément et selon le tout, mais expansif seulement dans les petites parties du corps qui se dilate , et en même temps réprimé, repoussé et répercuté , en sorte qu'il en résulte un mouvement alternatif et de perpétuelle trépidation , un état d'essai , d'effort et d'irritation occasionné par cette répercussion; de là cette espèce de fureur du feu et de la chaleur dans certains cas.

Les deux espèce^ de sujets où cette différence est le plus sensible sont la flamme et les liqueurs bouillantes , qui font de continuelles vibrations ou oscillations ; on les voit alternativement s'élever par petites portions et retomber aussitôt.

C'est ce qu'on observe aussi dam les corps dont l'assemblage est si ferme que, fortement chauffés, et même jusqu'au rouge, ils ne se dilatent point et n'augmentent point de volume : tel est un fer rouge, dont la chaleur, comme l'on sait, est très-active, très^âpre.

Cette différence sera encore facile à saisir si l'on considère combien, dans les temps extrêmement froids, le feu de nos foyers v^st âpre.

On le verra encore si l'on considère qu'on n'aperçoit aucune cha-*

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leur sensible ddtm Tair d'un thermomètre, lequel se dilate {i^i9l>r blement, sans obstacle et sans réperoussion, c'est-à-dire uniror*^ moment, également et d'un mouvement coritinu ; à quoi l'on peut ajouter que les vents renfermés , lorsqu'ils viennent à s'échapper avec violence, n'ei^citent cependant aucune chaleur sensible, pare^ qu'alors c'est un mouvement total de toute la masse et non un oooii-' vement alternatif dans toutes les petites parties. Mais, pour mieus éclaircir ce point , il faudrait tenter quelques expériences , afin de savoir si les parties latérales de la flamme ne brûlent pas avec plus de force que le milieu.

On le verra encore si Ton considère que toute combustion ne s'opère qu'à l'aide des plus petits pores du corps qui se brûle, en sorte que la combustion pénètre , fouille , mine , dégrade et stimula, comme s'il y avait là des milliers de pointes d'aiguilles. Voilà pourquoi les eaux-fortes, lorsqu'elles ont beoueoup d'affinité avee les corps sur lesquels elles agissent, produisent, en vertu de leur nature corrosive et mordante, des effets fort semblables à aeui^ du feu.

Cette différence, qu'ici nous attribuons à la chaleur, lui est com-s mune avec la nature du froid; car, dans un corps froid, le mou-; vement contractif est bridé et réprimé par la tendance à l'e^paar. sion, comme dans le corps chaud le mouvement expansif es| réprimé par la tendance à la pontraction*

Ainsi , soit que les parties du corps en question se portent de l^ circonférence au centre ou en sens contraire , la marche est la même ; mais les forces ne sont pas, à beaucoup près, égales dans les deux cas , c^r nous ne connaissons , à la surface de notre globe, aucun corps dont le froid ait une grande intensité (voyez l'ex. 37, tabl. I).

La quatrlèn^e différence est encore une modification de la pre-r mière ; elle consiste en ce que ce mouvement de stimulation ou de pénétratioi) doit être un peu rapide et nullement lent , et doit de plus résider dans des particules très-petites, npn p^s toutefois d'ilIlA extrên^e ténuité , piais encore un peu grandes.

Cette différence se fpra mieux sentir si l'on cpmppre les effets du feu avec ceu^ du temps , car le tpmps ou la durée dessèpbe , con-^ sume, mine, dégrade, pulvérise ainsi que le ku , et même son action est plus fine g\ plus déliée ; mais comme pe dernier genre (Je» mouvement est extrêmement lent et ne réside que dans des molér cules d'une petitesse extrême , il n'en résulte aucune chaleur.

On la reconnaît encore an coqoparai^t la dissolution du fer avec: celle de l'or; car l'or se dissout sans exciter auppne chaleur, au

tn NOUVEL ORGAN(TM«

Heu que la dissolution du fer est accompagnée d'une chaleur trèsforte et d'une violente effervescence : et cependant le temps nécessaire pour dissoudre l'un et l'autre est à peu près le même. La raison de cette différence est que, dans la dissolution de l'or, l'agent s'insinue paisiblement, subtilement, les petites parties du mé~ tal cédant aisément à son action; au lieu que , dans celle du fer, l'agent force le passage, et il se livre là une sorte de combat, les parties du métal étant plus réfractaires et résistant plus obstinément.

Cette différence se manifeste encore, jusqu'à un certain point , dans certaines gangrènes ou mortifications de chairs, qui n'excitent ni une grande chaleur, ni une jgrande douleur, à cause de l'extrême ténuité des parties dont cette putréfaction est l'effet.

Telle est la première vendange ou ébauche d'interprétation, relativement à la forme de la chaleur et en vertu d'une première per^mission accordée à V entendement.

De cette première vendange il résulte que la forme, c'est-à-dire la véritable définition de la chaleur (de celle qui est relative non aux sens, mais à l'univers), peut être énoncée en ce peu de mots : « La chaleur est un mouvement expansif réprimé en partie, et dont Feffort a lieu dans les petites parties ; » mais avec ces deux modifications : 4 ° que ce mouvement du centre à la circonférence çst accompagné d'un mouvement de bas en haut; 2® que cet effort, dans les parties, n'est ni faible ni lent, mais au contraire fort vif et un peu impétueux.

Quant à la pratique, c'est précisément la même chose; car voici l'indication du procédé : si vous pouvez exciter dans tel corps naturel que ce soit un mouvement d'expansion , et, ce mouvement, le réprimer , le répercuter de manière que la dilatation ne procède pas également , et qu'elle obtienne son effet en partie et en partie le manque, à coup sûr vous engendrerez la chaleur, et cela sans qu'il soit besoin de considérer si le corps sur lequel vous voulez opérer est élémentaire (pour nous servir d'une expression commune] ou imbu par les corps célestes, lumineux ou opaque, ténu ou dense , augmenté de volume ou maintenu dans ses premières dimensions, tendant à se dissoudre ou demeurant dans te même état, animal , végétal ou minéral; si c'est de l'eau, de l'huile, de l'air ou toute autre substance, peu importe, pourvu qu'elle soit susceptible d'un tel mouvement. Or la chaleur, considérée par rapport à la sensation , est précisément la même chose , avec cette légère différence toutefois qui dépend de la constitution du sens respectif. Passons maintenant aux autres genres de secours que nous avoïis promis.

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