‹ Œuvres de BaconChapitre 52 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

XXI. Après avoir donné les tables de la première ccymparaison, et la table de réjection ou exclusion, et la première vendange à en tirer sur la forme de la chaleur, il nous reste à rechercher les autres effets de Fintelligence dans la recherche de V interprétation de la nature et d'une induction véritable et complète. Lorsque, dans cette recherche, nous aurons besoin de recourir à des tables, nous renverrons à celles sur la présence et Tabsence de la chaleur; mais lorsqu'il nous suffira d'un petit nombre d'exemples, nous les prendrons partout, afin de n'établir aucune confusion dans ces recher-^ ches, et en même temps de ne pas resserrer les sciences dans des limites trop étroites.

Nous traiterons : 1® des prérogative^ de faits ou d'exemples; 2® des appuis de V induction; S^ de la rectification de V induction ; 4** de la variété des recherches selon la nature du sujet; 5® des eacen^ples pris dans la nature et de ce qui concerne la recherche, c'est-à-dire par où il faut commencer et par où il faut finir; 6« des bornes de la recherche, c'est-à-dire la synopsie de toutes les natures de l'univers; 7*» de ï application à la pratique, c'est-à-dire selon Tordre dans lequel est placé l'homme ; 8" des préparatifs de la recherche; 9® enfin de l'échelle ascendante et descendante des axiomes *.

XXII. Parmi les prérogatives des faits ou exemples , nous proposerons l'examen de la première catégorie ou les exemples solitaires. Sous celte dénomination, nous comprenons les exemples qui présentent des sujets semblables entre eux par la nature à définir, laquelle se trouve dans tous, et qui n'ont rien de commun d'ailleurs, ou qui, au contraire, présentent des sujets semblables entre eux presque en tout , à la réserve de la nature en question , laquelle se trouve dans les uns et non dans; les autres; car il est évident que les exemples de ce genre épargnent bien des détours, accélèrent ou confirment Vexclu>sive, et qu'un petit nombre de ces exemples tient lieu d'une multitude d'autres pris au hasard.

Supposons que l'objet de la recherche soit la couleur en général ; les exemples solitaires seront alors les prismes , les diamants cristallins , qui donnent des couleurs soit lorsqu'on regarde à travers, soit lorsqu'on projette sur un mur les rayons de lumière qui les ont traversés. Il en est de même des rosées, etc.; car les exemples de ce genre n'ont rien de commun avec ceux des couleurs fixes, dans les fleurs, les pierres colorées, les métaux, les bois, sinon la couleur même. D'où il est aisé de conclure que la couleur n'est

1. Des neuf parties indiquées dans ce paragraphe, Bacon n*a traité que la première. ED.

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autre chose qu'une modification de Timage de la lumij^rjg qui pénètre à travers pn corps transparent oq qui es|; réfléchie par un corps opaque; modification qui, dans I^ première espèce de corps, e^j; Teffet des différents degrés d'incidence (des rayons de lumière qui traversent le corps transparent), et dan^ la dernière espèce Teffet dps différentes textures et configurations des corps colorés. Ce sont les fajt^ 4p cette espace que pous appelons eoDempk$ $Qlir. tairez, quant ^ l^ ressemblance.

Réciproquement^ dans la même recherche, les veines distinctes dé blaïjp et de noir qu'on yoit dan# certain^ marbres, pt la diversité de couleur qu*on observe danâ des fleurs d'iJftp mêmp egpèce, sept 9ussi de^ posfnr^ples soiUtaires { par le blanc et le noir de ces marbfgSj ainsj qqe les taches blanches et purpurines de certaine^ espjèces d'œillet et de giroflée , se pet^semblent pre^u'ep tout , 4 rjBxception de la popleur m^mp. D'où il est naturel àe conclure quQ la couleur n'a pjas de fort étroites relations avec les qn^lités* intimes d'un corpsî mais qu'elle dépend seulement de quelques diffé^ rences grossières, superficielle? et presque mécaniques daps le^ situations respectives de ses parties. Tels ^ont les exemples soIîtaires, qu^nt à la (iisseiphlapcp ; et sous le npin commun d'exempies solitaires ou sauvages, en parlant comme les astronome^, nous, cQmprjçppps peu? des deux espèces dont nous venons de parler.

aaIII. Parmi les prérogatives des faits ou exemples, poqs melc Irons au second rang les exemples de migration. Ce sont ceux ou la nature en question passe du néant à l'être ou de l'être au néant. Ainsi , dans les deux parties symétriquement opposées et dont chacune est comme le pendant de l'autre, l'exemple est toujourgj double, ou plutôt ce n'est qu'un seul objet en mouvement et considéré dans son passage ou sop prolongement jusqu'à la péripdq contraire. Non-seulement les faits de ce genre accélèrent et renforcent Vexdusive, mais ils resserrent dans des Hmites plus étroites Vajfftrm^ative, c'est-à-dire la forme elle-même, et rétrécissent, pour ainsi dire, l'espace où l'on est obligé de la chercher. En effet, il est de toute nécessité que la forme soit quelque chose qu'on ait introduit dans le sujet en question par une migration de la pre-^ mière espèce , et qu'op en ait ôté et détruit par une migration de l'espèce opposée ; car, quoique toute exclusive en général accélère et facilite l'affirmative, cependant on va plus directement à ce but en comparant un seul sujet à lui-même, relativement à une naturp qui y paraît ou disparaît , qu'en comparant entre eux des sujets différents et tels que celte nature se trouve dans les uns et non dans les autres. Or, la forme (comme on n'en peut douter d'après

LïVBE PPfJXI^MË. in

tout pp que nous ayons dit), se décelant une foie dans ua seul svy^t, devient apssi plus facile à apercevoir dans tous les autres; e( plu^ la migration est simple, plus le fait est précjeux. De plus, ceg exemples de migration peuvent êtrq d'un gr£|nd usage dans la prq-,. tique ; comme ils présentent la forme unie à la ç^use efficiente ou destructive, par cela même ils indiquent clairement, dans plusieurs) cas, les ppyens d'exécution; naoyeps qu'il j^t enspUe facile^ d'ap-^ pliquer à des sujets analogqes. Cependant on ne l^i^se pas d§ courir quelque risque en employant des exemple^ c)e ce genre , e^ on ne doit le faire qu'avec cerj;amei| pfécsf^tiqns. IJs ont riqconvéi nient de trop ramener la forme à la pause ef&cient^ , de l'y trop assimiler, et, en fixanf; i|niquemept l'attentiqii sur cette pause effi-, ciente, de faire illusion à l'esprit par rappocji à Içi cause foripeliei qu'il egt alprs tenté de confopdre avec la première. Mais i) qe f£|ut jamais oublier que la cau$e efficiente n'^st rien ^e plu^ qu^ l^ véhicule de la forme ; d'ailleurs, toute epr^ur gUf pe pqint est 9i§éq à prévenir qu h corriger ^ l'aide é^'une ecpclmipe bipn faite.

Voyons donc un exemple de ces migration^. Soit l'qlyet de 1^ recherche , Ip couleijr blanche ; Veooempfe ck migra^iofi générativq sera le verre entier pomparé au verre pulvérise , pu ei^pore ye^^ ordinaire comparé^ é l'eau changép en écqme par ^on agjtatiop; car IjB verre entjef et Teau traiiquille sonf diaphaînes sans êtr^ blaqps • mais le yerre pulvérisé et l'eaii en ecpme gont blancs p^ non diaphanes. Ainsi , il faqt chercher ce qu'il e^t arrivé (|e ppu-p veau dans cette migratiqn du verre pu de l'eau ; par il est évidenf que la forme de la blanpheur est apportée et intrpdujte paf cettq pulvérisation du yerre et par cette agitation de l'eau. Or, qu'y ar t-il de nouveau ici? rien autre chose que la Réparation des partie^ du verre ou de celles de Teau , et l'insertion de l'air qui reste ensuite disséminé entre ces parties. Et ce n'e^t pas ayqir fait ppq de progrès vers la découverte de la blancheur que de savoir que deujf corps diaphanes par eux-mêmes, mais plus ou moins, tels qi{^ l'air et l'eau, ou l'air et |e vprre, étant inèjés ensenil|ie par petite^ portions, produisent la blapcheur par l'effet de rinégaîe p éfraction des rayons de lumière.

Mais nous devons donner auss} un exemple de j'incoi^v^niei^t auquel, comme nous l'avons dit, on est expqç^ en employant ce genre d'exemples, et des précautions à prendfe pour le prévenir. Voici en quoi consistent le mal et le remède ; l'entendement, dé-; pravé par la considération trop fréquente des causes efficientes d§ cette espèce , sera porté à croire que l'air est essentiel à la formç de la b)eincheur , et que les corps diaphanes sont les seuls quj

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puissent engendrer cette couleur; deux opinions tout à fait erronées et convaincues de faux par plusieurs exclusions. Mais si Ton pèse plus mûrement les deux faits dont il s'agit ici , en laissant de •côté et l'air et toute conjecture de cette espèce, on concevra aisément que les corps d'une texture tout à fait uniforme (quant à leurs portions optiques] donnent la transparence ; que les corps inégaux, quant à leur texture simple, donnent le blanc; que ceux dont la texture composée est inégale , mais régulière , donnent toutes les autres couleurs, excepté le noir; enfin que les corps dont la texture composée est tout à la fois inégale, irrégulière et confuse, donnent le noir. Tel est V exemple de migration générative dans- la recherche qui a pour objet la forme de la couleur blanche. Vexempk de migration destructive , relativement à cette même forme , c'est récume dissoute; car dès qbe Teau, une fois débarrassée de Tair, est redevenue homogène et se trouve réduite à ses parties propres, elle recouvre sa transparence.

Or, ce qu'il ne faut pas non plus oublier, c'est que sous ce nom d*eocemples de migration on doit comprendre non-seulement ceux des natures qui sont actuellement engendrées ou détruites dans un même sujet, mais encore ceux des natures qui y sont croissantes ou décroissantes, attendu que ces derniers mènent également à la découverte de la forme, comme on le voit clairement par la .définition même que nous avons donnée des formes en général et par la table des degrés. Par exemple, le papier, lorsqu'il est sec, est blanc ; mais , lorsqu'on l'a mouillé , alors excluant l'air de ses pores et y recevant l'eau, il devient moins blanc et quelque peu transparent. Ainsi cette substance , présentant les mêmes phénomènes que les deux exemples proposés plus haut , mène aux mêmes conséquences.

XXIV. Nous placerons au troisième rang les exemples ostensifs dont nous avons parlé dans la première vendange relativement à la chaleur! Nous les qualifions aussi assez souvent de coups de lumière, d'eccemples de liberté, d'eocemples de prédominance. Ce sont ceux qui présentent la nature en question comme toute nue et subsistante par elle-même, ou encore dans son étal d'exaltation, dans le plus haut degré de sa puissance, c'est-à-dire émancipée et, sinon débarrassée, du moins victorieuse de tous les obstacles par sa grande intensité , anéantissant leur effet et rendant leur opposition inutile. Comme tout corps réunit en soi les formes d'un grand nombre de natures, lesquelles, en s'y combinant, forment un tout, il en résulte quelles s'émoussent, se rabattent, se rompent et se brident réciproquement, ce qui obscurcit et masque pour ainsi dire

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