LIVRE DEUXIÈME
chacune de ces formes. Mais on rencontre des sujets où la nature en question est plus dans sa force qu'elle ne s'y trouve *dans tous les autres, ce qui est l'effet de Tabsence des obstacles ou de la prédominance de son action. Les eccemples de ce genre sont ceux qui dévoilent le mieux la forme , et sont par conséquent les plus ostensifs. Mais ces exemples mêmes exigent aussi certaines précautions ; et pour empêcher l'entendement d'en abuser, il faut réprimer son impétuosité naturelle : car tout ce qui semble étaler la forme et la forcer de se présenter à l'esprit doit être tenu pour suspect ; et alors, pour éviter toute méprise, il faut recourir à une eoDcltbsive exacte et sévère.
Supposons, par exemple, que le sujet de la recherche soit la chaleur : alors Veocemple vraiment ostensif du mouvement d'expansion qui , comme nous l'avons dit , est la partie principale de la forme de la chaleur; cet exemple, dis-je, c'est le thermomètre à l'air. En effet, quoique dans la flamme l'expansion soit manifeste, cependant, comme elle s'éteint à chaque instant, on n'y peut observer que le progrès de cette expansion. L'eau chaude, vu la facilité avec laquelle ce liquide se convertit en vapeur et en air, ne montre pas non plus assez bien l'expansion de Teau proprement dite et supposée demeurant dans l'état de corps tangible. Enfin , loin que le fer rouge et les autres corps de cette nature laissent apercevoir ce progrès, leur esprit mollissant, au contraire, pour ainsi dire, contre leurs parties grossières et compactes qui lui opposent une résistance invincible, il arrive de là que l'expansion n'y est point du tout sensible. Mais le thermomètre montre parfaitement cette expansion dans la masse d'air qu'il contient; il la rend visible, il rend sensible sa dilatation progressive et continue.
Supposons encore que la nature à définir soit le poids ou la pesanteur. V exemple ostensif, relativement à la pesanteur, c'est )e mercure, il l'emporte par son poids sur tous les autres métaux; excepté l'or , qui cependant n'est pas beaucoup plus pesant. Mais l'exemple tiré du mercure indique beaucoup mieux la forme de la pesanteur que celui qui se tire de l'or, car l'or, outre son grand poids, a aussi de la consistance et de la solidité , genre de qualité qui semble se rapporter à la densité; au lieu que le mercure, tout liquide et tout abondant en esprits qu'il est , ne laisse pas d'être beaucoup plus pesant que le diamant et que ceux d'entre les autres corps qq'on regarde comme les plus solides. Ce qui prouve que la forme du poids ou de la pesanteur ne dépend pas d'un tissu plus serré et d'un assemblage plus ferme, mais simplement de la quantité de matière.
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XXy . Nous mettrcms au quatrième rang les exemples ckmdeiUnê^ que notre. coutume est de nommer aussi exemples de crépuscule. Ceux-ci sont en quelque manière opposés aux ecoemples ostensifs. Ce sont ceux qui présentent la nature donnée à son degré le plus faible et comme à son berceau , et comme faisant ses premières tentatives, ses premiers essais, mais masquée et vaincue par sa contraire. Les eocempks de ce genre sont d'une grande utilité pour la découverte des formes; car, de même que les es^emples ostensifs conduisent aisément aux différences, les ecoemples clandestins mènent aussi aisément aux genres, c'est-à-dire à ces natures com^; munes dont les natures à définir ne sont que iBs limitations.
Supposons par exemple que la nature en question soit la consistance, ou cette propriété par laquelle un corps a des limites fixes, des dimensions déterminées ; nature dont la contraire est la liquidité ou la fluidité ; \ç& exemples clandestins sur ce sujet sont ceux qui présentent dans un fluide quelque faible degré de consi-e stance. Telle est une bulle d'eau, laquelle n'est autre chose qu'une sorte de pellicule qui a quelque consistance et des dimensions fixes ; pellicule composée de la substance même de l'eau propre-: ment dite et dans l'état de corps tangible. Il en est de même de ce qu'on observe dans les gouttières; lorsque l'eau y est en assez grande quantité pour fournir à un écoulement continu, elle prend la forme d'un filet délié, de peur que sa continuité ne soit inter-; rompue. Mais s'il n'y a point assez d'eau, elle tombe en gouttes rondes, figure qui de toutes est la plus propre à garantir l'eau de sa solution de continuité. Mais à l'instant même où le filet se rompt et où elle commence à tomber goutte à goutte, elle revient tout à coup de bas en haut et évite ainsi la solption de continuité. Je dirai plus : on observe le même phénomène dans les métaux, qui étant fondus sont liquides et coulants, mais plus tenaces, plus adhérents ; leurs gouttes se retirent aussi de bas en haut, mais elles demeurent aussitôt adhérentes. Enfin on aperçoit quelque chose de semblable dans ces espèces de petits miroirs que font les enfants avec leur salive et à l'aide de tuyaux de jonc; miroirs pu Ton voit aussi une pellicule d'eau qui a quelque consistance. C'est ce dont les enfants, dans leurs jeux, fournissent un exemple encore plus frappant lorsqu'ayant pris de l'eau repdue un peu visqueuse par le savon qu'ils y ont fait dissoudre, ils la souillent à l'aide d'un chalumeau et en forment une espèce de château de bulles, qui, par l'interpositiqii de l'air, acquiert un certain degré de consistance, et un degré tel qu'on peut jusqu'à un certain point l'agiter dans tous les sens et le projeter sans rompre sa continuité. C'est ice qu'on voit encore mieux
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dam récume et dan» la neige, qui acquièrent une telle conslstanee qu'on pourrait presque les couper, quoique chacune de ces deux substances ne soit qu'un composé de l'air et de l'eau, qui tous deux aoift fluides dans leur état ordinaire. Tous ces exemples prouveni assez que les idées qu'on attache communément à ces mots de consistance et de liquidité sont des notions purement populaires, et que ces deux dénominations n'expriment que de simples relatioiis aux sens; qu'ail existe réellement dans tous les corps une tendance à éviter la solution de continuité ; que dans les corps homogènes^ tels que les liquides , cette tendance est faible et languissante; mais que dans les corps composés dé parties hétérogènes elle est plus active et plus forte, parce que rapproche d'une substance hétérogène les resserre en déterminant leurs parties avec plus de fbrce les unes vers les autres; au lieu que l'introduction d'une substance homogène les dissout en relâchant leur assemblage.
Supposons de même que la nature en question soit l'attràctloii on la tendance des corps à s'unir ; je dis que de tous les exemptée relatifs à sa forme, le plus ostensif est l'aimant. Car la nature contraire à l'attraction est la non-attraction, quoique dans une substance semblable à tout autre égard. Tel est l'exemple du fer dans son état ordinaire, lequel n'attire point d'autre fer; pas plus que le pbmb n'attire d'autre plomb, le bois d'autre bois, ou l'éau d'autre eau. Mais un ^cemple vraiment clandestin sur ce sujet, c'est l'aimant armé de fer, ou plutôt le fer dans un aimant armé ; car la loi de la nature porte qu'à une certaine distance un aimant armé n'at«> tire pas le fer avec plus de force que ne le fait un aimant non armé; mais si vous approchez davantage le fer, alors l'aimant armé por-^ tera un poids beaucoup plus grand que le même aimant sans armure ; différence qui n'a d'autre cause que l'analogie de substance du fer avec d'autre fer; mais cette propriété-là était tout à fait clandestine et voilée dans le fer avant qu'on se fût avisé de le mettre en contact avec l'aimant. D'où il suit évidemment que la forme de l'attraction est quelque chose qui dans l'aimant est fort et actif, mais qui dans le fer est faible et caché. On a aussi observé que de petites flèches de bois sans pointes de fer décochées à l'aide de grandes arbalètes pénétraient plus avant dans le bois, par exemple^ dans le flanc d'un vaisseau, que ces mêmes flèches armées de pointes de fer; ce qui vient encore de l'analogie de substance du bois ayec le bois, quoique cette propriété du bois y fût tout à fait cachée avant qu'on en eût fait l'expérience. Dé même, quoique l'air n'attire pas plus l'air que l'eau n'attire l'eau lorsque ces deux fluides font partie de masses un peu grandes de leur espèce; ce-»
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pendant deux bulles étant approchées l'une de l'autre, leur action réciproque fait que chacune se dissout plus aisément que si l'autre n'était pas là : phénomène dont la véritable cause est l'attraction que l'eau exerce sur d'autre eau, et l'air* sur d'autre air. Ainsi bes eoaemples clandestins, qui sont d'un si grand usage, comme nous l'avons déjà dit, c'est dans les plus petites et dans les plus subtiles portions de la matière qu'ils se présentent le plus souvent; les plus grandes masses de corps suivant des formes plus communes (ou obéissant à des lois plus générales), comme nous l'observerons encore dans le lieu convenable.
XXVI. Au cinquième rang doivent être placés les eacemples constitutifs que nous appelons aussi ordinairement eocemples par poignées (ou poignées de faits). Il s'agit de ceux qui constituent une espèce de nature à définir ; espèce envisagée alors comme une sorte de forme mineure. Car les véritables formes, qui seules sont conversibles avec les natures à définir, étant pour ainsi dire cachées à une grande profondeur et difficiles à découvrir, la faiblesse de l'esprit humain nous fait une nécessité de ne point négliger^ et même de remarquer avec la plus grande attention ces formes particulières qui, rassemblant, non pas la totalité, mais seulement un certain nombre de faits d'un même genre , et en formant comme une poignée, les réunissent sous quelque notion commune ; tout ce qui tend à montrer la liaison et Tenchaînement des parties de la nature, même d'une manière imparfaite, ne laissant pas de frayer le chemin à la découverte des formes. Ainsi les exemples qui mènent à ce but ne sont nullement à mépriser et doivent jouir de quelque prérogative.
Mais on ne doit pas en faire usage sans de grandes précautions ; car il est à craindre que l'entendement, après avoir trouvé un certain nombre de ces formes particulières et en avoir tiré certaines divisions ou partitions de la nature , ne se repose entièrement làdessus; qu'au lieu de faire de nouveaux efforts pour découvrir la grande forme, il ne se hâte de supposer que dès la racine la nature est ainsi morcelée et divisée en un grand nombre de parties essentiellement différentes; et que, préoccupé de cette idée, il ne dédaigne et n'abandonne pour toujours les recherches tendantes à réunir encore davantage ces parties, les regardant comme une spéculation aussi inutile que difficile, et qui ne peut aboutir qu'à de pures abstractions.
Soit, par exemple, la nature en question, la mémoire ou le moyen d'exciter et aider la mémoire. Les exemples constitutifs, par rap-* port à cette nature , sont d*abord l'ordre et la distribution métho-
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dique, qui aide visiblement la mémoire ; à quoi il faut ajouter les lieux dont on fait usage dans la mémoire artiGcielle, et qui peuvent être ou des lieux proprement dits, comme une porte, un coin, une fenôlre et autres semblables ; ou des personnes connues et familières, ou toute autre espèce d'objets qu'on voudra y substituer (pourvu toutefois qu'on les dispose dans un ordre fixe], tels que des animaux, des plantes, des mots, des lettres, des caractères, des personnages historiques; objets qui, à la vérité, peuvent être plus ou moins commodes. Or, l'expérience prouve que des lieux de celte espèce aident singulièrement la mémoire et la portent quelquefois à un point qui surpasse infiniment celui où elle pourrait atteindre par ses seules forces naturelles. De même les vers sont plus faciles à apprendre par cœur et à retenir que la prose. Ainsi, de cette poignée de trois exemples, savoir : l'ordre, les lieux de la mémoire artificielle et les vers , se compose déjà une première espèce de secours pour la mémoire, et, cette première espèce, on peut avec raison la qualifier d'abscission de Vinfini, Car, lorsqu'on fait effort pour se rappeler quelque chose , si Ton n'a quelque prénotion ou perception de ce qu'on cherche , on le cherche long-temps avec beaucoup de peine et quelquefois en vain ; l'esprit alors va, pour ainsi dire, courant çà et là, et comme se perdant dans l'infini. Mais a-t-on une certaine prénotion de cette même chose , dès lors Tinfini est comme rogné et réduit à un petit espace où la mémoire ensuite trouve plus aisément ce qu'elle cherche. Or, dans ces trois exemples que nous venons de donner, la prénotion est claire et déterminée. Dans le premier exemple, ce doit être une image qui ait quelque relation, quelque analogie avec le lieu déterminé où on la place. Enfin, dans le troisième, ce doivent être des mots qui s'ajuslent.à la mesure du vers. C'est ainsi que l'indéfini est limité et réduit à une classe peu étendue. D'autres exemples nous donneront une autre espèce fondée sur ce principe : que tout ce qui ramène les idées abstraites à des idées sensibles, et leur donne, pour ainsi dire, un corps (moyen qui est d'un grand usage dans la mémoire artificielle), aide aussi la mémoire. De quelques autres exemples nous formerons une troisième espèce, en partant de ce principe : que tout ce qui est imprimé dans la mémoire par une passion forte, par exemple, que tout ce qui excite la crainte, l'admiration, la honte, lé plaisir, etc., s'y grave plus profondément et facilite les opérations de cette faculté. D'autres exemples encore composeront une quatrième espèce, fondée sur cet autre principe : Tout ce qu'on apprend dans les moments où l'esprit est libre , ceux où il n'est pas oncore ou n'est plus préoccupé, par exemple IL 12
Id4 NOUVEL eilGAIlUlf.
ee qu*efi appt^dd dttra&t Vmfûhc& <m avant ûé M livrer au ëom- Ineil, enfin les Choses qui but lieu pour la première fois, toutes t^ choses, dis-je, se grëveut aussi plus profondément dans le mémoire. On formera aisément tine cinquième espèce, si Ton considère oombièn la multitude des circonstances et des prises qu'on donne â la mémoire aide ses opérations, tel est Fusage d^écrire pat* parties détachées ce qu'on veut se rappeler, de le lire, dd de le réciter à haute Voit. Enfin, d'autres exemples donneront cette siiième e&pèce i qui prend pour principe : que les choses qui sont attendues , et qui par cette cause excitent l'attention , se gravent plus âisémedl dans l'esprit que celles qui ne font, pour ainsi dire, qu'jr pdsser; Aussi Vous aurez beau lire vingt fois tin écrit, vous ne l'apprefidrez pas aussi aisémetit par cœur que si, de temps en temps^ vous essaf iéi^ de le réciter, et èh regardant le livre quand votre mémoire se trouve eh défaut. Voilà donc six formes ou genres d'exemples qui comprennent autant de moyens d'aider la mé-^ hioire^ savoir : là limitation de l'infini, la déduction de l'intellectuel au sensible, l'impr^ission faite par une forte affection , l'impressioii faite dans l'esprit Hbre^ la multitude des prises et l'attente.
Soit etiGore prise pour exemple la nature du goût ou de-lti gustation ; on peut regarder les faits suivants comme autant d'eaxmples constitutifs par rapport à cette faculté. D'abord ceux que la nature a totalement privés de l'odorat ne discernent point au goût un aliment rance ou putride ; ils ne distinguent pas mieux ceux où en^ trent de l'ail, de l'eau de rose, etc. De plus, si les personnes qui ont les narines bouchées par quelque cause accidentelle, un rhume, par exemple ; si ces personnes, dis-je, ayant dans la bouche ou au palais quelque substance fétide ou d'odeur agréable, viennent à se tnoucher avec force, dans l'instant niéme elles en sentent l'odeur; exemples qui donneront et constitueront cette espèce ou partie dû goût, savoir : que le sens du goût n'est, en grande partie, qu'une sorte d'odorat intérieur qui, passant, descendant des deux orifices intérieurs du nez, se répand de là dans la bouche et le palais. Âti contraire, les saveurs salées, douces, acres, acides, amères, etc.^ toutes ces saveurs-là, ceux qui sont totalement privés de l'odorat ou en qui l'organe de ce sens est accidentellement obstrué, les per^ çoivent tout aussi bien que les autres individus. D'où il suit évidemment que le sens du goût n'est qu'un composé d'un odorat intérieur et d'une sorte de tact très-fin. Mais ce n'est pas ici le lied de traiter en détail un tel sujet.
De même, supposons que la nature en question soit la commu-^ nicatioli d'une qualité quelcotique sans communication de substance.
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L'exemple de la lumière constituera une espèce de communication, la chaleur et Taimant constitueront Tautre; car la communication de la lumière est comme instantanée, et cesse dès qu'on éloigne la lumière originelle. Mais la chaleur ou la vertu magnétique, une fois transmises ou, plutôt excitées dans un corps, s'y attachent en qaeU que manière et y subsistent assez long-temps^ quoiqu'on en éloigna le premier moteur.
ÉnGn, la prérogative des easemples constitutifs est d'autant miems fondée qu'ils sont d'une grande utilité pour les définitions (surtout pour les définitions particulières) et pour les divisions ou partitions des natures. C'est le vif sentiment de cette utilité qui a fait dire à Platon : « Tout homn^e en état de donner de bonnes définitions et de bonnes divisions doit être regardé comme un dieu. »
XXVII. Nous mettrons au sixième rang, parmi les prérogatives des faits, les exemples de conformité ou proportionnés^ que nous désignons aussi quelquefois par les dénominations de parallèles et de similitwks physiques. Ce sont ceux qui montrent, en effet, les similitudes, les convenances et Ips analogies des choses, non dans les formes mineures (ce qui est la fonction propre des eoDemple^ constitutifs)^ mais dans les composés mômes (dans le concret); ces exemples sont comme le premier étage , les premiers degrés par lesquels on s'élève à l'unité des lois de la nature. Ce n'est pas qu'ils
{)uissent servir à établir, dès le commencement, tel ou tel axiome; eur destination est seulement d'indiquer certaines corrélations entre les corps. Cependant , quoiqu'ils n'accélèrent pas beaucoup la découverte de la forme, ils ne laissent pas d'ôtre d'une grande utilité en dévoilant la liaison, l'analogie et l'enchaînement des parties de l'univers ; ils font des membres de ce grand corps une sorte d'anatomie, et par conséquent ils mènent, comme par |a main, 9 des axiomes plus élevés et plus importants, surtout à ceux qui ont pour objet la configuration et le tout ensemble de l'univers, axiom^l4 auxquels ils conduisent plutôt qu'aux natures et aux formes simples. Parn^i les exemples de conformité, on peut ranger les suivants : un miroir et l'œil, 1^ structure de l'oreille et les lieux qui rendent des échos. Or, de cette conformité de Ippr structure, outre rojsser-ï vation même de leqr analogie, qui fournit une iqfinjté d'applica-r tiens, découle naturellement et se forme cet axiome: que les organes des sens et les corps qui occasionnent des réflexions vers les sens sont de nature analQgu0. De plus, l'entendement, éclairé par ce premier aperçu, parvient sans peine à certain axiome plus grand et plus élevé, savoir : qu'il n'y a entre les corrélations ou les sympathies des corps doués de sentiment et celles des corps ina-
nimés qui en sont privés, d'autre différence sinon que les premiers ont de plus l'esprit animal logé dans un corps disposé à le recevoir et organisé pour cette fin, au lieu que cet esprit ne se trouve point dans les derniers : en sorte qu'autant il y a de corrélations et d'analogies dans les corps animés , autant il y aurait de sens dans les animaux, si la nature eût percé, dans les corps animés, des trous en nombre suffisant et de grandeur ou de figure convenable pour que Tesprit animal y trouvât un lieu où il pût aller et venir librement, et exécuter tous ses mouvements comme une machine appropriée à ce but; et que, réciproquement, autant il y a d'espèces de sensations dans les animaux, autant il y a d'espèces de mouvements dans le corps inanimé où l'esprit animal ne se trouve pas, quoique, pour le dire en passant, les mouvements, dans les corps inanimés, soient nécessairement en beaucoup plus grand nombre que les espèces de sensations dans les corps animés, vu le très-petit nombre des organes du sentiment. C'est ce dont on voit un exemple fort sensible dans les différentes espèces de sensations douloureuses. En effet, comme il est, dans les animaux, différentes espèces et^ pour ainsi dire, différents caractères de douleurs, telles que celles d'une brûlure, d'un froid âpre, d'une piqûre, d'une foulure, d'une distension violente et autres semblables , il n'est pas douteux que les différences corrélatives , du moins quant au mouvement , se trouvent aussi dans les corps inanimés, tels que le bois ou la pierre, lorsqu'ils sont brûlés , resserrés par la gelée, percés , coupés , fléchis ou écrasés ; et ainsi des autres , quoiqu'ils n'en aient pas lé sentiment, à cause de l'absence de l'esprit animal.
D'autres eocemples de conformité (ce qui pourra paraître étrange), ce sont les racines et les branches des plantes : car tout végétal, en vertu de l'action qui opère son développement, s'enfle et pousse ses parties du centre à la circonférence, tant vers le haut que vers le bas ; et il n'y a point , au fond , entre les racines et les branches, d'autre différence sinon que les premières sont renfermées dans la terre, au lieu que les dernières sont exposées à l'air et au soleil. En voici la preuve : si, ayant pris sur un arbre une branche tendre et vigoureuse , on la plie pour la faire entrer dans quelque motte de terre non adhérente au sol, elle poussera non une branche, mais une racine. Si, au contraire, ayant mis la racine en dessus, on la couvre d'une pierre ou de quelque autre substance dure qui arrête la pousse de bas en haut, et qui empêche la plante de pousser des feuilles, elle poussera des branches de haut en bas, en vertu de l'action de l'air auquel elle est exposée.
On peut encore ranger parmi les exemples de conformité les gom-