‹ Œuvres de BaconChapitre 54 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

mes des arbres et la plupart des pierres précieuses que l'on tire des rochers; car les unes et les autres ne sont autre chose que le produit de certaines exsudations et Bltrations de sucs. Dans les corps de la première espèce, ce sont les sucs des arbres, et dans ceux de la seconde les sucs pierreux ; de là le brillant et l'éclat qu*on remarque dans les unes et les autres, éclat qui a pour cause une filtration très-exacte et très-délicate des sucs. C'est par une cause toute semblable que les poils des animaux ne présentent pas des couleurs aussi belles et aussi vives que les plumes des oiseaux ; cette différence vient de oe que la peau n'est pas un filtre aussi délicat et aussi fin que le tuyau de la plume.

Nous pouvons encore regarder comme exemples de conformité le scrotum dans les animaux mâles et la matrice dans les animaux femelles ; en sorte que cette structure admirable qui fait la différence des sexes (du moins dans les animaux terrestres) semble se réduire à la très-légère différence qui peut se trouver entre deux parties de même conformation, dont l'une est intérieure et l'autre extérieure : la chaleur, qui a plus de force et d'intensité dans le sexe masculin , poussant au dehors les parties génitales ; au lieu que dans les femelles, où la chaleur est trop faible pour produire un semblable effet, ces parties restent en dedans.

Nous regarderons aussi comme eocemples de conformité les nageoires des poissons, les pieds de quadrupèdes, ainsi que les pieds et les ailes des oiseaux ; à quoi Aristote a ajouté les quatre flexions d'où résulte le mouvement sinueux des serpents , en sorte que dans la totalité de l'univers les mouvements les plus ordinaires des êtres vivants paraissent s'exécuter par le moyen de membres et de flexions toujours au nombre de quatre.

Les dents des animaux terrestres, comparées au bec des oiseaux, sont encore un exemple de conformité; d'où il résulte que dans tous les animaux parfaits une certaine substance dure est déterminée vers la bouche.

Ce ne serait pas non plus abuser de l'analogie que d'appeler l'homme une plante renversée; car la tête est comme la racine des nerfs et des facultés animales ; et les parties séminales sont en bas, en comptant pour rien les extrémités des bras et des jambes. Au contraire, dans les plantes, la racine, qui est comme leur tête, est ordinairement placée dans le lieu le plus bas, et la semence dans la partie supérieure.

Mais un avertissement bien nécessaire ici, et que nous ne nous lasserons point de donner, c'est qu'en rassemblant et choisissant les faits pour en composer une histoire naturelle il faut suivre un

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plan tout à fait contraire à celui au'oq se fait ordin9ir6(QeT)t, e)^ se pénétrer d'un esprit tout opposé; car jusqu'ici, à la vérité, le^ hommes n'ont pas manqué d'jntelligence et d'activité dans l*étu(|p de la nature , mais ils l'ont envisagée selon la diversité des êtrQS pu des phénomènes, et ils ont poussé l'exactitude en ce genre jus::7 qu'au point de remarquer et d expliquer les plus minutieuses différences des animaux, des végétaux et des fossiles : différences qui, ie plus souvent j ne sont tout au plus que de^j^ux de |^ i)atur^\ et non des objets dont la considération puisse être vraiment qtije âpx sciences. Ces sortes d'observations sont fort agréable^ ^^^^ doute et sont même de quelque utilité dans la pratique : ni^i^ s'9gi{>il de pénétrer dans les profondeurs de la nature , de telles connaissances sont alors d'une utilité médiocre, pour né pas dire njilïe : i| faut donc tourner principalement son aitention vers les similitude^ et les analogies , tant dans 'les composés que dans leurs parties. C'est là proprement la marche qui peut nous metlpe pq elat dé saisir l'ensemble de la nature et le premier fondemept de la véritable science.

Mais ces rapprochements ne doivent être faits qu'avec précaution; ils exigent de la circonspection et de là sévérité. Il np faut donner ce nom d* exemple de proportion et de conformi^ qu'aux faits qui, comme nous l'avons dit en comniençant, présentent fies sinailitudes physiques, c'est-à-dirq réelles, substantielles, et ayant leur racine dans la nature même , non des similitudes hasardées 1 Spécieuses, moins encore de pes analogies superstitieuses dont se berce une coupable curiosité et semblables a celles qu'iétal^nt s^n^ cesse les auteurs qui traitent de la magiie naturelle; genre (j'écrjvains frivoles et superficiels , qui dans un sujet ^ussi grave m|éritent à peine d'être nommés . et dont la sotte vanité va dlébitanl des similitudes aussi stériles qu'imaginaires et quelquefois môme controuvées à dessein.

Mais , laissant de côté ces chimères , nous dirons qu'il ne faut pas non plus négliger les exemples de conformité relatifs à là configuration du globe terrestre, du moins quant à sqs grandes parties : telles sont, par exemple, l'Afrique et la région du Pérou, y compris les contrées plus méridionales même du continent, lesquelles s'étendent aussî et s'allongent jusqu'au détroit de Magellan ; car sur ces deux continents on voit des isthmes et des promontoireà tout semblables , ce qui ne sera pas arrivé par hasard et doi); être l'effet d'une cause commune.

Il en est de même du nouveau monde et de l'ancien, comparé^ ensemble selon leur totalité ; car tous deux soiit fort larges vep le

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nord et fort étendus de Test à Touest , mais au contraire tous d^u:^ fort étroits et d'une figure qui va ep s'aiguisant de plus ,ep plu^ vers le midi.

li est encore deux exemples de conformité qui ipéritent d'êtrp remarqués : c'est d'abprd ce froid si âpre qui règpo dan$ ce qu'on appelle la moyenne région de Tair, puis ces feux ^i actifs qm s'élancept avec up ^rpit tprrible des entrailles de 1^ tfsrre ()jans les éruptiof^ç volcaniques; deux pliénopoj^nè^ qu'on peut regarder comme dés maximum^, comm^ àe3 extfémes de la naturç, sdvoip : l'un, de la nature chaiide, vers |a concavité des cieux ; l'autre, d^ la nature froide, vers les entpaille^ de la terr^ ; double pi^^ppm^npj di^-je, dont lî( c^use jBst rantipérjstase ou l'^c^ioQ répul^iyp qpe chacune des deu^ natures e^ercQ %wv sa coqtrs^ire.

Enfin r^nalogip de certaip? axiomes pri^ daps les fjjffépeptp^ sciences fqurnit encore une cpn/brrfitt? d'exemples ^g^leq^^nt r^T marquablps : par éxerpple , }^ figure d^ rbétorique qu on nqîpnip contre-V attente est analogue à 1^ figure musicale appelée aécU-: naison de la cadence. De mepe l'axiome mathématique : Depx choses égales à une troisième sont égales entre elles, rappelle celui qui est la base de toute la structure dq syllogisme» forjne de Raisonnement miç .jaauelle op unit (Jeu^ idées qui s'accprdept pap rapport à une troisième, savoir, c^lle du moypp tprmp. Pnfip, upQ des qualités le plus souvent utiles en philosophie, c'est une certaipé sagacité active, qui repd capable de chercher ^^ de ^ajsir les ponfprmités et les similitudes physiques.

XXYIÏÏ- Parmi les prérogatives des faits, nous mettrons au septième rang lès eocemples monodiques, que iious qualifiops qqssi assez souvent d'jBxeipples irréguliers ou hétéroclites (en en]pruritapt un terme des grammairiens). Les exernples dp cette classe désignent, parmi les composés divers, ceux qui semblent n'être que 4es extravagapces , des bizarreries de la nature, des espèces dfi sauts, et qui n'ont aucupe analogie avec les choses du même.genre. En effet, îes exemples de conformité sont ceux qui ont de l'analogijE) avec d'autres ; au lieu que les temples monodiqws sont ceux qu j ne ressemblent qu'à eux-mêmes. La destination de ces derniers est précisément la même qqe celle des exemples clandestins : ils aidept l'esprit à s'élever à l'unité de la nature, à réunir ses parties sou^ les mêmes id?es, pour découvrir les genres et les qualités communes, qualités qui ensuite doivent être particularisées et limitée^ par les vraies différences des choses à définir; car il pe faut pas se désister de la recherche qui a pour objet les propriétés ou qualités observées dans dés sujets qu'on peut regarder comrpe des prodiges

de la nature, jusqu*à ce qu'on soit parvenu à les ramener ù quel^ que classe de faits connus et à les comprendre sous quelque forme ou loi certaine, en sorte qu*on voie clairement que toute cette apparente régularité ou singularité tient à quelque forme commune , et que tout le miracle n'est que Teffet naturel de certaines nuances délicates, d'une proportion et d'une combinaison rares dans les causes productrices , et non d'une différence vraîn)ent spéci6que. Mais aujourd'hui on ne fixe pas long-temps son attention sur les raretés de ce genre : on se contente de les appeler les secrets , les grands mystères de la nature; on les qualifie d'inexplicables, d'exceptions aux règles générales, et on s'en tient là.

On peut regarder comme des eocemples monodiques le soleil et la lune parmi les astres, l'aimant parmi les pierres, le mercure parmi les métaux, l'éléphant parmi les quadrupèdes, le sens vénérien parmi les différents genres de tact, la finesse de l'odorat du chien parmi les différentes espèces d'odorat ; et même la lettre S dans la grammaire peut être* regardée comme monodique, vu la facilité avec laquelle elle se prête à une combinaison avec d'autres con^ sonnes, quelquefois avec deux , quelquefois même avec trois. Or, les exemples de ce genre sont très-précieux ; ils vivifient l'étude de la nature et aiguisent l'intelligence humaine , ils rectifient Tenten^ dément dépravé par l'habitude et trop frappé de ce qui arrive le plus souvent.

XXTX. Au huitième rang parmi les prérogatives des exemples, nous mettrons les exemples, de déviation : c'est-à-dire les erreurs de la nature, ses écarts, les monstres, en un mot tous les sujets ou elle semble s'écarter de sa route ordinaire et s'égarer ; car les erreurs de la nature diffèrent des eocemples monodiques en ce que ces derniers sont des prodiges d'espèce , au Jieu que les premiers sont des prodiges d'individus. Mais ceux dont nous parlons ici ne laissent pas d'avoir précisément la même destination; leur usage est aussi de rectifier l'entendement asservi par l'habitude et de dé-voiler les formes communes. Quand on rencontre de tels exemples, il ne faut pas non plus se désister de la recherche qu'on n'ait découvert la cause de cette espèce d'écart. Cependant cette cause même ne s'élève guère jusqu'à quelque forme proprement dite, mais seulement jusqu'au progrès caché vers la formei^ car qui connaîtrait bien les voies de la nature connaîtrait par cela seul ses déviations, et qui connaîtrait bien ses déviations serait aussi en état de montrer ses voies.

Les exemples de déviation diffèrent encore des exemples monordiqiies en ce qu'ils fournissent de plus puissants moyens pour la

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