‹ Œuvres de BaconChapitre 56 sur 170 · LIVRE DBUXIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE DBUXIÈMB

dont le principal inconréiiient esl d'abattre et d'atterrër en quelque manière l'6nteadement«

En effet f il est à craindre qu'à la vye de ces chefs^d'œurre de l'art^ qui sont comme les sommités ou le combie dé rindustrie bumaine, l'entendement , frappé d'une excessive admiration, ne soit arrêté dans sa marche et lié comme par une sorte de maléfice fe^ lativement aux inventions en ce genre; qu'il ne puisse plus s'aoeoutumer à d'autres opérations, et ne pousse la prévention jus-^ qu'au poidt de s'imaginer qu'on né peut plus rien exécuter dans le tnéme gehre qtf en suivant précisément les mômes procédés^ ou tout au plus en redoublant d'attention ^ en opérant avec pluâ de précision et faisant ses préparatifs avec plus de soin^

Mais en doit au contraire tenir pour certain que tous les procédés inventés et observés jusqu'ici ne composent qu'une pratique assez pauvre et assez mesquine; que tout grand accroissement de puissance dépend et doit être dérivé avec méthode des sourcèâ mêmes des formes dont aucune encore n'a été découverte.

Âinsij cotnme nmis l'avons dit ailleurs, si un homme eût tourné son attention vers les Jséliers et autres machines dont les anc^iehs faisaient usage dans les sièges, avec quelque effort et quelque tenue qu'il eût médité sur ce sujet, y eût-il même consumé sa vie entière, jamais pour cela il ne serait parvenu à l'invention de l'ar^ tillerie et autres armes à feu, qui doivent tout leur effet à la poudre. De même on aurait eu beau méditer sur les étoffes fabriquées sôit avec la laine ou avec les fils tirés des végétaux, jamais pour cela . on n'aurait découvert la nature du ver à soie et celle du &1 que fournit cet insecte.

Une autre observation à faire sur ces inventions qu'on peut avec raison regarder comme les plus belles et les plus utiles, c'est qu'on ne les doit nullement à cette espèce de génie assez médiocre et de méthode assez facile qui développe et étend les arts, mais au pur^ au seul hasard. Et ce hasard , qui le plus souvent ne multiplie les inventions qu'à force de siècles , il n'est qu'une seule chose qui puisse le suppléer et le prévenir , savoir : l'invention des formes. Or, ces chefs-d'œuvre de l'art sont en si grand nombre que cette multitude même nous dispense d'en donner des exemples. Reste donc à visiter et à considérer de plus près les arts mécaniques et même les arts libéraux , quant à leur pratique , afin d'en tirer des matériaux pour une histoire particulière toute composée des plus beaux secrets, des œuvres de main de mettre, en un mot des productions les plus parfaites de chaque art, en y joignant ' une description bien circonstanciée de leurs procédés. " i

144 ISOUVEL ORGANUM.-

Dans celte collection , que nous exhortons à faire avec le plus grand soin , nous ne prétendons pas qu'on doive s'astreindre aux seuls. chefs^'œuvre de chaque art, aux seuls ouvrages qui excitent Tadmiration; car Tadmiration est fille de la rareté, et les choses rares, quoiqu'en général elles tiennent à des natures assez communes, ne laissent pas d'exciter ce sentiment.

Mais, au contraire, des choses qui seraient faites pour attirer l'admiration à cause de telle différence vraiment spécifique qui les distingue, pour peu néanmoins qu'elles deviennent familières, n'excitent pas même l'attention. Cependant les exemples monodi-^ ques de l'art ne doivent pas être observés avec moins d'attention que les exemples monodiques de la nature, dont nous venons de parler. Et de même que nous avons rangé parmi les eosemples monodiques de la nature le soleil, la lune, l'aimant et autres corps semblables qui sont fort connus , mais qui, considérés par rapport à leur nature , sont presque uniques , il faut en faire autant pour les eooemples monodiques de Tart.

Si nous cherchons dans les arts des exemples ^monodiques , nous trouvons d'abord le papier, matière extrêmement commune, mais dont la texture ne laisse pas d'être singulière; car la plupart des matières qui sont des produits de l'art ou qui ne sont que de purs tissus sont à chaîne et à trame (à fils directs et transverses] : telles sont les étoffes de soie ou de laine, les toiles, et autres semblables; ou ce sont des espèces de concrétions de sucs épaissis et durcis: ^ tels sont la brique , l'argile de potier , le verre , l'émail , la porcelaine, et autres de cette nature, qui, lorsque leur grain est fin et serré , ont du brillant et de l'éclat , mais qui , dans la supposition contraire, se durcissent seulement jusqu'à un certain point et sans avoir ce luisant que leur donnerait une texture plus serrée. Cependant toutes ces substances formées de concrétions sont fragiles, elles ont peu de cohérence et de ténacité ; au lieu que le papier est une substance tenace, susceptible d'être découpée et déchirée : en un mot, il ressemble fort et le dispute presque à la peau et aux membranes des animaux, ou aux feuilles des végétaux, ou à toute autre matière de cette espèce composée par la nature même; car il n'est ni fragile comme le verre , ni tissé comme les étoffes et les toiles. Que s'il a aussi des fibres, ce ne sont pas des fibres distinctes et régulièrement arrangées, mais des fibres disposées confusément et qui se croisent dans tous les sens, précisément comme dans les substances naturelles ; en sorte que , parmi les matières qui sont le produit de l'art , il serait difficile de retrouver quelque chose de semblable, et qu'il est tout à fait monodique. Mais parmi

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