LIVRE DEtnciÈm:. m
Soit, par exemple, la nature en question la chaleur, alors Veomiple de concomitance sera la flamme. En effet, dans l'eau, dans Pair, dans les pierres, les métaux, et une infinité d'autres corps, la chaleur n'est que,passagère et purement accidentelle ; mais toute flamme est chaude , en sorte que la chaleur entre perpétuellement et nécessairement dans la composition de tout corps enflammé. Mais nous ne trouvons point autour de nous d'exemple hostile pav rapport à 1^ chaleur, car nos sens ne nous apprennent rien de ce qui se passe dans le sein de la terre ; et quant aux corps que nous connaissons, il n'est aucun composé qui ne soit susceptible de chaleur.
Puis, en renversant le problème, supposons que la nature en question soit la consistance ou la solidité ; l'exemple hostile en ce genre, c'est l'air; car le métal peut être tantôt solide, tantôt fluide; il en est de même du verre ; et l'eau elle-même peut, par sa congélation, acquérir de la solidité. Mais il est impossible que l'air devienne jamais solide et se dépouille de sa fluidité.
Il nous reste à donner sur les propositions fixes dont nous veinons de parler deux avertissements utiles à notre objet actuel : l'un est que, si. la proposition universelle, soit affirmative, soit néga^ tive, dont on a besoin, manque absolument, il faut avoir soin de remarquer ce déficit même comme une sorte de non-être ( de privation totale], et c'est ce que nous avons fait par rQpport à la chaleur; question où l'universelle négative (du moins quant aux êtres qui sont parvenus à notre connaissance) manque absolument dans la nature des choses. De même, soit la nature proposée l'éternité ou l'incorruptibilité : dans cette question, l'affirmative universelle n'a lieu relativement à aucun des corps qui nous environnent; par, ni sous les cieux ni dans les parties supérieures de la terre, il n'est de corps dpnt on puisse dire qu'il est éternel ou incorrup-^ tible. L'autre avertissement est qu'aux propositions universelles , tant affirmatives que négatives, qu'op forme pqr rapport à quek que composé , il faut joindre les autres composés qui paraissent approcher le plus de la totale privatioi) de la nature affirmée dans ces propositions , ou au contraire. Or telles sont, par rapport à la chaleur, les flammes très-faibles et qui brûlent très peu, et, par rapport à l'incorruptibilité , l'or, qui est presque dpqé de cette qualité. Car ce rapprochement des deux extrêmes dans chaque genre indique les limites de la nature entre l'être et le non-être ; et aidant à circonscrire les formes , il empêche qu'en s'étendant excessivement, et s'éloignant des propriétés réelles et positives de la m9tière, elles n'aillent se perdre dans les abstractions.
XXXIV. Nous mettrons au douzième rang, parmi les prérogatives des faits^ les exemples mêmes dpnt nous parlions dans l'aphorisme précédent, auxquels nous donnions le nom (ïeosemples subjonctifs, et que nous qualifions aussi quelquefois d'exemples de la fin ou de limites. Or les exemples de ce genre ne sont pas seulement utiles en tant qu'on les joint aux propositions fixes, mais ils le sont aussi par eux-mêmes et en vertu de leur propriété particulière. En effet, ils indiquent très-clairement les vraies divisions de la nature et les mesures des choses ; ils montrent jusqu'à quel point la nature fait ou permet de faire telle ou telle opération, et marquent ainsi son passage d'un genre ou d'une espèce à l'autre. Tels sont l'or par rapport au poids, le fer relativement à la dureté, la baleine pour la stature des animaux, le chien par rapport à la finesse de l'odorat, l'inflammation de la poudre à canon pour la promptitude de l'expansion, et autres natures semblables. Et il ne faut pas moins présenter dans ces exemples les qualités qui se trouvent au degré le plus faible que celles qui sont portées au plus haut degré, comme Tesprit-de-vin pour le minimum de pesanteur spécifique, la soie pour celui de la mollesse, la peau d'un ver très-délié pour celui de la quantité de matière dans les animaux, etc.
XXXV. Au treizième rang nous mettrons les escemples d'alliance ou d'union. Ce sont ceux qui confondent et réunissent les natures qu'on regarde ordinairement comme hétérogènes et que les divisions reçues supposent telles.
Mais les exemples d'alliance montrent que les effets qu'on attribue à tels de ces corps réputés hétérogènes , et qu'on regarde comme leur étant propres, appartiennent aussi à ceux qu'on croit d'une espèce différente, afin qu'on soit bien convaincu que cette hétérogénéité n'est point réelle ou du moins essentielle , et qu'elle n'est autre chose qu'une simple modification d'une nature commune. Ces exemples sont d'un grand usage pour élever l'entendement des différences aux genres. Ils dissipent les trompeuses apparences des choses et font pour ainsi dire tomber leur masque ; car dans les composés oi!i elles sont combinées, elles se présentent comme masquées.
Par exemple , soit la nature en question la chaleur ; c'est une division fameuse , et en quelque sorte authentique , que celle par laquelle on distingue trois genres de chaleur, savoir : la chaleur des corps célestes, celle des animaux et celle du feu , prétendant que ces chaleurs (surtout l'une d'entre elles comparée aux deux au^ très), sont essentiellement, spécifiquement différentes et tout à fait