LIVRE DEUXIÈME. H
hétérogènes, attendu que la chaleur des corps célestes et celle des animaux ont la faculté d'engendrer et de conserver, au lieu que la chaleur du feu dissout et détruit tout. Ainsi l'exemple d'alliance sur ce sujet est cette expérience assez connue : si Ton introduit une branche de vigne dans quelque partie d'une maison où Ton fasse du feu continuellement, les raisins mûrissent un mois plus tôt qu'ils n'auraient fait au dehors. Voilà donc la maturité d'un fruit encore suspendu à l'arbre avancée par le feu , et qu'on regardait pourtant comme l'effet propre de l'action du soleil. Ainsi, de cette première indication, l'entendement, rejetant toute idée d'hétérogénéité essentielle , s'élève à la recherche des vraies différences qu i se trouvent entre la chaleur du soleil et celle du feu , et s'excite à chercher pourquoi leurs effets sont si différents, quoiqu'ils participent d'une nature commune.
Or ces différences sont au nombre de quatre. La première est que la chaleur du soleil est beaucoup plus douce et plus modérée que celle du feu. La seconde consiste en ce que cette chaleur, telle du moins que l'air nous l'apporte, est beaucoup plus humide. En troisième lieu (ce qui est le point le plus essentiel), la chaleur du soleil est extrêmement inégale : elle va tantôt s'approchant et aug- . mentant, tantôt s'éloignant et diminuant ; variation qui est une des plus puissantes causes de la génération des corps. Car ce n'est pas sans fondement qu'Aristote prétend que la principale cause de ces générations et de ces corruptions que nous voyons à la surface de la terre est la route obiique que parcourt le soleil dans le zodiaque : obliquité qui, en partie par la succession alternative du jour et de la nuit, en partie par celle de l'été et de l'hiver, rend cette chaleur extrêmement inégale. Mais, cette remarque si juste, le tranchant personnage ne manque pas de lui ôter aussitôt tout son prix , car, se constituant à son ordinaire l'arbitre de la nature, il assigne magistralement pour cause de la génération l'approche du soleil , et son éloignement pour cause de îa corruption ; quoique l'une et l'autre, savoir, l'approche du soleil et son éloignement, soient, non pas distinctement, mais presque indifféremment, causes tant des générations que des corruptions, attendu que l'effet de l'inégalité de la chaleur est tout à la fois la génération et la corruption des composés, et que son égalité n'a d'autre effet que leur conservation. Il est une quatrième différence entre la chaleur du soleil et ceHe du feu, différence très-importante : elle consiste en ce que la chaleur du soleil , croissant et décroissant avec beaucoup de lenteur, insinue ses effets par périodes fort longues; au lieu que le feu, vu l'impatie^nce humaine, agit brusquement et par intervalles
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de temps fprt courts. Mais s'il se trouvait m homme bien assidu qui, tempérant d'abord la chaleur du feu et la ramenant à un degré plus modéré et plus doux (effet qu'il est aisé d'obtenir par plus d'un moyen), sût ensuite y mêler quelque peu d'humidité, mais qui, sur toutes choses, sût patienter et attendre tout du temps, non pas tout à fa|t ,d'un temps proportionné à 1^ lenteur des effets du soleil, n^^is d'un |;emps du moins beaucoup plus long que celui de là djifféi^ de P09 opérations à l'aide d^ feu ; cet hpmme-là 4étruir^|( ppur toujours le préjugé de l'hétérogénéité de cps deux esppces dq ch^lp^r^ et il tienterait ou il égalerait, et quelquefois mjâm^ s|)Pr pa^rall;, à l'aide du feu, le^ opératiqns du soleil. Un ai^treecpemf^l^ d'alUfii^ce, c'est encpre cette e^périenpe où Toi^ ressuscite , par 1^ moyer^ fi'unp chaleur ^ouce, des papillons engpurdis p^r le frpjd et restés comme morts ; expériences qui propvept que le feii n'a pas inoips la propriété de yivjfîer le^ animaps c(ue pelle de mûrir |e? végétaux. AjQutez-y la célè)3re invention de Fracas-, tQF* • iPR^He 4^ cettjB poêfp fortement chauifép dont les médecin^ en^)upent l^ tête des apoplectiques désespérés; ppêle dont Is^ grande chalejir, dilatant manifestement les esprits animaux pom-rprimés par les Jji|meurs qui obstruent le cerveau, et presque éteints, rptablit ainsi lepr mpuvepoent (précisément de la ipême n^api^re que }e feu agit sur l'eau et sqr l'^ir), et qui, en conséqpppce de ce mopvpqfient, les vivifie et les ranime. On fait aussi quelquefpis éclpre ^es œufs à l'aidp fjp feu ; effets tout ^ fait semblable^ à pepx de la chaleur animale, ainsi qu'une infinité d'autres, d'après lesquels il n'est plus perrpis dp dquter que la chaleur du feu pp puisse être modifiée dans certains sujets, de manière à imiter 1^ ph^leur des corps célestes et celle des animaux.
pe n)|èrpe, supposons que les natures en question soient le mouvemepjî e|; le repos ; c'est encore une division fameuse et qui sepible tirée des profondeurs de la philosophie que de dire : Oq les corps, naturels se meuvent circulairement , pu ils se meuvent en lignp droite, ou ils demeurent en repos ^ car, ajoute-t-pn, entrp le mouvement sans terme, le repos dans un terme et le rpouveniept vprs un terme, jl n'est point de milieu. Or, quant au mouvement perpétuel de circulation, il paraît être propre aux corps célestes ; l'immobilité ou le repos semble l'être au globe terrestre. Quant aux autres corps, dont les uns sont qualifiés de graves et les autres de légers, corps qui sont placés hors des lieux propres à ceux de leur espèce, ils se portent en ligne droite vers les masses ou assemblages dejeurs congénères ou analogues, savoir, les corps légers en haut,
1. Fracastor, médecin, philosophe et poète, né à Vérone en 1483, mort en 1563.
vers 1;^ circpr)^é^erl|C^ des cipux ; ^t les corp9 gr4v@s e^^ bas, yeps la terre : toutes distioctipns fort belles sans doute, ipais ppur le discours.
Un exemple d^ alliance çfai détruit toutes ces divisions, c'est celqj d'une ppmète fort bas$e et qui, bien que située fort au-dessQus ()e^ cieux, ne laisse pas d'avpir un napuvement circulaire. Quat|t à ck conte d'Aristote, qui suppose que la cpmète est liée à quelque astr^ ef fprcép de \p suiyre , jl y a Ipqg-tpmp* qu'jl îi'pfi eçt plus qup^ tipp ; npn p^s Règlement parce que la raison qu'i} en donne n'est nullpnien( probable, i|iai$ bie^^ parce que cette l^ypptlièse e^t ipa-^r Qjfpstem^ftt démeptie par rpbsenratiop , quj a démontré l'irrégularité {du mouvement des comètes^ )esqi|elle$ se meuvent dan^ tputeg sortes de directions.
IJn autre ecc^ple ^ulU^ncç sur le mêqae sqjet, G'^st la iQpuye<T ment de Tair qui, pntra le^ tropiques, où les cercles du mopvaiipent diurne spnt plus grands , paraît circuler lui-mêmp f}'priept en pp^ cident.
Oa peut encore regarder cpipi^e un exemple d'alliance le flo^ et le reflux de la mer , si , d'après les observations , l'oa trouvait que les eaux elles-mêmes opt d*orjent en occident iin mpuyemeut cirpulaire, mais lent et presque Insensible, de manier^ cependant que deux fois par jour il soit répercuté (rétrograde). Sj donc l'on trouve que les clioses se passent ainsi , il s'en^pit ^yi-: demment que ce mouvement de circulation iie se termine pas ai)^ corps célestes, mais qu'il est communiqué à l'air et à l'eau.
On pourrait dire aussi que la tendance en vertp de laquelle ç)^ suppose que Ips corps légers se portept de bas pu l^aut est quelque peu douteuse, et on pourrait décider cette question en prepant ppur eçcemple d'alliance la bplle d'eau. En effet, tant que l'air eM sous Teau, il s'élève rapidement à la surface dp cp flpide, ep yertq de ce mouvement que Démpcritp appelle mouvement de plaie., par lequel l'eau, en se portant vers le bas, frappe l'air et le force à s'élever, et non pas en vprtu d'ube tendance naturelle et ppsitivp de l'air mênje à monter. Or, lorsque ce fluide est arrivé à |a sprfacp dp l'eau , la cause qui l'empêche quelque temps de s'élever davantage, c'est cette légère résistance qu'il éprouve de la part de l'eau , qui d'abord ne se laisse pas aisément diviser ; en sorte qu'il n'est rien de plus faible que cette tendancp de l'air à s'élever.
Supposons encore que la nature ep question soit la pesanteur : suivant la division reçue, les corps depses et solides se portent vefs le centre de la terre ; les corps rares et ténus vers la circopférenc^ des cieux , les uns et les autres tendant aux lieux qui leur sont
propres. Or, quant à la supposition de ces lieux , tout accréditée qu'elle est dans les écoles, je dis que c'est une idée tout à fait inepte et puérile que de supposer ainsi que le lieu puisse quelque chose. En effet, les philosophes semblent plaisanter lorsqu'ils disent que , si l'on perçait la terre, dès que les corps graves seraient ar-* rivés au centre ils s'y arrêteraient. C'est attribuer bien de la vertu et du pouvoir à un point mathématique, à un pur néant, que de le supposer capable de faire telle chose et d'attirer telle autre. Disons plutôt que la seule chose qui puisse agir sur un corps c'est un autre corps. Mais cette tendance à se porter vers le haut ou vers le bas dépend soit de la texture du corps qui se meut, soit de sa sympathie ou de ses corrélations avec un autre corps. Et si l'on trouve quelque corps dense et solide qui, malgré cette densité et cette solidité, ne se porte point vers le centre de la terre, c'en est fait alors de cette belle division. Or, si l'on adopte le sentiment de Gilbert, qui prétend que la force magnétique par laquelle la terre attire les graves ne s'étend pas au delà de sa sphère d'activité (car toute vertu, toute force n'agit que jusqu'à une certaine distance), et que, cette hypothèse, on puisse la vérifier par quelque fait, ce fait sera un exemple d'alliance sur ce sujet. Cependant il ne se présente à mon esprit pour le moment aucun fait certain et probant sur cette question. Ce qui paraît en approcher le plus , ce sont les trombes que l'on voit quelquefois dans la mer Atlantique, près des Indes occidentales'; car la force et la masse des eaux que ces trombes répandent tout à coup sont si grandes, qu'on doit croire que cet amas d'eau s'était fait auparavant, qu'il était demeuré suspendu à cette hauteur, et qu'ensuite il a été plutôt jeté, poussé hors de là par quelque cause violente, qu'il n'en est tombé en vertu de sa seule pesanteur naturelle : en sorte qu'on peut conjecturer qu'un corps d'une grande masse, fort dense et fort compacte,^qul serait placé à quelque dislance de la terre , y demeurerait suspendu comme la terre elle-même, et n'en toml^erait pas à moins qu'il n'en fût chassé par quelque cause extérieure ; mais c'est un point sur lequel nous ne pouvons rien assurer. Quoi qu'il en soit , par ce genre d'observations et par beaucoup d'autres que nous citons, il est aisé de voir combien notre histoire naturelle est pauvre, puisqu'au lieu de faits certains nous sommes réduits à alléguer des faits si douteux, de pures suppositions.
Soit enfin la nature en question les mouvements ou les opérations de l'esprit, on croit avoir fait une division bien exacte lorsqu'on les a divisés en raison humaine et instinct des brutes. Cependant il est telles actions qu'on voit faire à ces brutes et qui porteraient