LIVRE DEUXIÈME. Ifl
d'une cavité où elle puisse pour ainsi dire s'essayer et jouer librement. Ainsi la cause qu'ils assignent est tout à fait insuffisante pour expliquer un mouvement si violent. Mais la vérité est que la génération des flammes flatueuses de ce genre, de ces espèces de vents ignés, a pour cause le conflit, la lutte de deux substances de na-* tare diamétralement opposées, savoir: le soufre, substance émi* nomment inflammable, et l'esprit cru renfermé dans le nitre ; sub-stance aériforme qui a une sorte d'antipathie ou d'horreur pour la flamme, en sorte qu'il se livre là un combat terrible, le soufre s'enflammant autant qu'il le peut (car la troisième substance, savoir : le charbon , n'a ici d'autre fonction que celle d'incorporer et de bien lier ensemble les deux autres] , tandis que l'esprit de nitre , lequel s'échappe autant qu'il le peut, se débande avec la plus grande force (propriété commune à l'air, à Feau et à toutes les substances crues lorsqu'elles sont dilatées par la chaleur], et dans l'instant même de cette fuite, de cette éruption, les parties de l'esprit souf&ant pour ainsi dire en tous sens la flamme du soufre , comme feraient des milliers de petits soufflets cachés dans l'intérieur de cette substance qui prend feu.
On pourrait trouver sur ce sujet deux espèces d'esoemp^ea de la croix, les uns tirés des substances les plus inflammables, telles que le soufre, le camphre, la naphte et autres semblables, en y joignant leurs combinaisons, toutes substances qui s*enflamment plus promp» tement et plus aisément que la poudre à canon ; ce qui montre assez que cette inflammabilité ne peut par elle-même produire de si puissants effets; les autres tirés des substances qui ont de l'antipathie avec la flamme et qui la repoussent , tels que sont tous les sels. En effet nous voyons que si on les jette sur le fëu ils s'en échappent avec bruit plutôt que de s'enflammer; décrépitation qu'on observe aussi dans les feuilles qui ont un peu de consistance et de raideur , les parties aqueuses s'en échappant avec violence avant que les parties huileuses s'enflamment. Mais la substance où ce phénomène est le plus marqué, c'est le mercure, et ce n'est pas sans fondement qu'on le qualifie d'eau minérale; car, sans inflammation et par le simple effet de son éruption et de son expansion, il déploie son action avec presque autant de violence que la poudre à canon. On dit même que mêlé avec la poudre il en augmente beaucoup la force. >
De même supposons que le sujet en question soit la nature transitive de la flamme et son extension de moment en moment. On ne voit pas que la nature de toutes les f|ammes que nous connaissons ait rien de fixe et de constant, mais il parait qu'elles s'allument
et s'éteignent presque à chaque instant; car il est clair que, dans celles de ces flammes qui sont de quelque durée, ce .n'est pas la même flamme individuelle qui subsiste ainsi , mais une succession de flammes toujours nouvelles qui s'engendrent à mesure que les autres s'éteignent. C'est sur quoi il ne restera aucun doute pour peu que l'on considère que, si l'on ôte à la flamme son aliment, elle périt aussitôt. Or voici la double supposition qui se présente sur ce sujet : cette nature instantanée de la flamme vient de ce que la cause qui l'a d'abord produite s'affaiblit, comme dans la lumière, les sons, et les mouvements ordinairement qualifiés de violents; ou il Jaut dire que près de 'nous la flamme pourrait, sans aliment, subsister dans sa nature, si les natures contraires qui l'environnent ne lui faisaient une sorte de violence et ne la détruisaient.
Ainsi le fait suivant nous fournit un eocemple de la croix sur ce sujet. Nous voyons que dans les grands incendies les flammes s'élèvent extrêmement haut, la hauteur du.sommet de la flamme étant toujours proportionnée à la largeur de sa base. Aussi voyons-nous que l'extinction commence toujours par les côtés, parties où la flamme est comprimée et en quelque manière violentée par l'air; au lieu que les portions centrales de cette flamme, qui ne sont pas en contact avec l'air, mais environnées en tout sens des parties latérales, demeurent les mêmes individuellement et ne s'éteignent point jusqu'à ce que l'air ambiant, dont la pression rétrécit la flamme de plus en plus à mesure qu'elle s'élève, la réduise enfin à rien. Voilà pourquoi toute flamme a la forme d'une pyramide dont la base, située autour de son aliment, est plus large, mais dont le sommet, qui est en contact avec l'air (substance ennemie) , et qui de plus manque d'aliment, est plus aigu. Au contraire, la fumée est plus étroite à sa base ; elle s'élargit à mesure qu'elle s'élève et prend ainsi la forme d'une pyramide renversée. L'air livre aisément passage à la fumée , au lieu qu'il comprime là flamme ; car il ne faut pas s'imaginer, avec certains rêveurs, que la flamme ne soit qu'un air enflammé, ces deux substances étant tout à fait hétérogènes.
On aurait un exemple de la croix plus exact et mieux approprié à la question, si, à l'aide de deux flammes de couleurs différentes, on pouvait réaliser cette conjecture aux yeux de l'observateur. Prenez un petit seau de métal , fixez sur le fond de ce vaisseau une petite bougie allumée; mettez le seau dans une cuvette où vous verserez de l'esprit-de-vin en telle quantité que cette liqueur ne s'élève pas jusqu'au bord du seau, puis allumez l'esprit-de-vin.' Cette liqueur donnera une flamme bleue, et la mèche de la bougie une flamme jaune. Ainsi voyez si la flamme de l'esprit-de-vin (qu'il