‹ Œuvres de BaconChapitre 65 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sera aisé de distinguer à cause de la différence des deux couleurs) est toujours pyramidale, ou si plutôt elle n'affecte pas une figure sphérique, vu qu'ici elle ne trouve plus rien qui la comprime et la détruise. Si elle prend en effet cette dernière figure, on peut en inférer avec certitude que la flamme demeure la tnême individuellement tant qu'elle est environnée d'une autre flamme, et que l'air, son ennemi, ne peut lui faire violence.

Voilà ce que nous avions à dire sur les exemples de la croix; nous nous sommes fort étendu sur ce sujet afin qu'on s'accoutume peu à peu à juger de la nature d'après des exemples de cette espèce ou des expériences lumineuses, et non d'après de purs raisonnements et de simples probabilités.

XXXVII. Nous placerons au quinzième rang, parmi les prérogatives des faits, les ecoemples de divorce, qui indiquent la séparabilité de certaines natures qu'on trouve le plus souvent réunies; ils diffèrent de ceux *qu'on joint aux exemples de concomitance en ce qife ces derniers prouvent la séparabilité de telle nature d'avec tel composé, auquel elle semble être familière, au lieu que ceux dont il s'agit montrent la séparabilité de telle nature d'avec telle autre nature. Ils diffèrent aussi des exemples de la croix en ce qu'ils ne sont point décisifs et qu'ils avertissent seulement que telle nature peut être séparée d'avec telle autre. Leur destination est de déceler les fausses formes, de détruire les conjectures hasardées sur ce sujet et de dissiper les illusions que font naître les choses trop familières ; ils sont comme le lest de l'entendement.

Par exemple, soient les natures en question ces quatre natures que Telesio veut qu'on regarde comme inséparables et comme étant, pour ainsi dire, de la même chambrée ; je veux dire, la chaleur, la lumière, la ténuité et la mobilité. On trouve plusieurs exemples de divorce entre ces quatre natures. Par exemple l'air est ténu et fort mobile sans être ni chaud ni lumineux, la lune est lumineuse sans être chaude, l'eau bouillante est chaude et n'est pas lumineuse; une aiguille de fer, quoique très-légère et très-mobile sur son pivot, n'est pourtant qu'un corps froid , dense et opaque , et ainsi des autres.

De môme, soient les natures en question la nature corporelle et l'action naturelle. Il semble que nous ne connaissions aucune action naturelle sans quelque corps où elle subsiste. Nous ne laisserons pas toutefois de trouver , sur ce sujet même , quelque exemple de divorce. Telle sera, par exemple, l'action magnétique en vertu de laquelle le fer se porte vers l'aimant, comme les graves se portent vers le ç;lobe terrestre ; à quoi l'on peut ajouter certaines actions qui

Ont lieu à distance et sans contact immédiat, car une action de cette espèce a^exerce dans un certain temps divisible en plusieurs moments et dans un certain espace divisible aussi en parties ou degrés. Il est donc, dans le temps, tel moment, et, dans le lieu, tel intervalle, oii cette action , cette vertu réside dans le milieu situé entre les deux corps qui produisent le mouvement. Ainsi, le point précis de la question est de savoir si ces deux corps, qui sont les termes du mouvement, disposent ou modifient les corps intermédiaires, et de telle manière que la vertu passe de l'un de ces termes à l'autre, par une file de corps vraiment contigus, qui la reçoivent et la transmettent successivement, et que, durant tout ce temps là, elle ne subsiste que dans le milieu même, ou s'il n'y a ici autre chose que les deux corps, la vertu et l'espace. Or, dans l'action des rayons lumineux ou sonores , dans celle de la chaleur et d'autres natures qui se portent à distance, il est probable que les corps in>termédiaires sont disposés, modifiés d'une manière analogue à cetjte action qu'ils transmettent, «et cela d'autant plus qu'il faut que*le milieu qui sert de véhicule à ces actions ait certaines qualités ; mais la vertu magnétique se transmet à travers toutes sortes de milieux indifféremment, et il n'en est aucun qui l'intercepte. Or, si cette vertu ou action n'a rien à démêler avec le milieu, il s'ensuit qu'il est une vertu ou action qui , durant un certain temps et dans un certain espace, peut subsister sans corps, attendu qu'alors elle ne subsiste ni dans les deux termes extrêmes de l'action ni dans le milieu. Ainsi, l'on peut regarder l'action magnétique comme un exemple de divorce sur la nature corporelle et sur l'action naturelle. A quoi l'on peut ajouter , comme une sorte de corollaire ou de profit qui n'est pas à négliger, que, même dans le sens philosophique, on peut alléguer tel fait qui prouve qu'il y a des êtres, des substances distinguées de la matière et incorporelles. En effet, si la vertu ou action naturelle émanée d'un corps peut subsister absolument sans corps durant un certain temps et dans un certain espace, la conséquence immédiate de cette proposition est que cette vertu peut bien aussi, dans son origine, émaner d'une substance incorporelle; car il semble qu'une nature corporelle ne soit pas moins nécessaire pour conserver et transmettre l'action naturelle que pour la produire ou l'engendrer.

XXXVIII. Voici le lieu de placer cinq ordres ou classes d'exemples, que nous' comprenons sous la dénomination générale d'cocemp/e de la lampe, ou de première information, et dont la destination est de prêter secours aux sens. En effet, comme V interprétation de la nature, partant des sens et de leurs perceptions, conduit par un

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